Tomates marocaines : La France avoue sa dépendance
Le ministère français de l’Agriculture confirme que la production locale de tomate ne couvre plus la demande, validant la dépendance aux importations marocaines et le rôle central de Perpignan pour redistribuer ces flux vers toute l’Europe.
Le déficit est structurel. Les Français consomment environ 700 000 tonnes de tomates par an, alors que la récolte nationale plafonne péniblement à 480 000 tonnes en 2024. Ce fossé contraint le marché à s’approvisionner massivement à l’étranger, principalement auprès du Maroc et de l’Espagne, durant la fenêtre critique allant de novembre à avril.
L’analyse ministérielle révèle l’ampleur du transit logistique via la plateforme de Saint-Charles. La France a exporté près de 300 000 tonnes de tomates vers l’Union européenne en 2023, mais ce volume ne provient pas des serres locales. Les autorités admettent qu’il s’agit majoritairement de produits marocains réexportés. Cet « effet Perpignan » fait du sud de la France le point de dédouanement et de redistribution incontournable pour les fruits et légumes à destination du marché communautaire.
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Bruxelles écarte toute renégociation de l’accord agricole avec Rabat. Le ministère précise que l’Union européenne tire de nombreux avantages de ce traité et refuse de mettre ces acquis en péril. Face à la compétitivité tarifaire des producteurs marocains, les professionnels des deux pays ont choisi la voie du pragmatisme. Un accord signé lors du Salon international de l’agriculture de Meknès en avril 2025 a instauré un cadre de concertation pour réguler les échanges et prévenir les perturbations, une démarche validée par les gouvernements français et marocain.
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La surveillance des flux reste active. Le Conseil général de l’alimentation scrute les importations pour protéger la filière française, tandis que Paris tente de restaurer sa compétitivité par des leviers fiscaux. Un dispositif sur les travailleurs saisonniers a été pérennisé dans le budget 2025 pour alléger le coût de la main-d’œuvre face à la pression des pays voisins.