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Transit des MRE : Histoire d’une traversée...

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19 août 2002 - 10h20 - Marocains du monde - Par:

En Espagne, le transit connaît, en ce début du mois d’août, son point culminant. Les Marocains résidents à l’étranger (MRE) sont nombreux à opter pour la voie routière, plus de 1.200 km uniquement en Espagne. La traversée est presque devenue un rituel. Que ce soit pour ceux venant d’Italie, France, Belgique, Allemagne ou Hollande, leur premier point de rencontre se fait à partir de la frontière franco-espagnole, notamment entre Bayonne et Saint-Sébastien.

"A la sortie de Bayonne, le flux devient dense et l’embouteillage insupportable", raconte un chef de famille marocain résidant à Marseille, qui vient d’effectuer le voyage. "Partout, en ce mois d’août, il y a des bouchons, même au niveau des guichets de péage, et des accidents, surtout le week-end". Et pour cause, la majorité des ressortissants en Europe, marocains et même algériens, recourent au transit, surtout pendant le mois d’août, via l’Espagne, en plus des Ibériques qui vont vers le sud.

Sur le tronçon Malaga-Algésiras uniquement (140 km), des MRE affirment avoir fait plus de 4 heures de route. Et ce, en raison des travaux sur ce tronçon. D’habitude, ils font une heure est demie. Quoi qu’il en soit, les routes ibériques restent bien aménagées et équipées d’hôtels, motels, supérettes et aires de repos. A elle seule, la route nationale demeure de loin mieux lotie que nos autoroutes.

Ainsi, les MRE de France et d’Italie sont les plus nombreux à prendre la route, les résidents en Hollande, Belgique et Allemagne viennent en deuxième position. Ceux en provenance de Grande-Bretagne et des pays nordiques restent en revanche rares. Il faut dire aussi que la période de transit varie en fonction du pays d’accueil. A titre d’exemple, les Italiens préfèrent l’hiver et le Ramadan, les Français, Belges et Espagnols l’été... Une chose est sûre, le mois d’août connaît une grande affluence, tous MRE confondus, vacances obligent.

Pour les aborder, il a fallu se rendre sur les aires de repos où ils se détendent et passent même la nuit. Au port d’Algésiras, ils sont plus préoccupés par le ferry et les démarches à suivre. Ils appréhendent beaucoup les formalités douanières. Ils sont, pour la plupart, nostalgiques, pressés et enthousiastes de rentrer au pays, après des milliers de kilomètres parcourus.

Certains semblent avoir parfaitement intégré les us du pays d’accueil, notamment les plus jeunes. Particulièrement ceux issus des 2e et 3e générations et qui préfèrent venir légers. Une grande partie vient de France, Belgique ou Hollande en coupé et cabriolet. Parfois, ils n’ont pratiquement pas de bagages, d’autres remorquent des quads ou jet-ski. Parmi eux, certains profitent du transit pour passer un bref séjour à la Costa Del Sol. D’autres, plus âgés, préfèrent les monospaces, breaks, vans et fourgons. Ces véhicules offrent une grande capacité pour les bagages. Et les MRE en profitent. Ils les remplissent de tapis, valises, appareils électroménagers et vieux meubles. Parfois, les porte-bagages sont surchargés de marchandises recouvertes d’une bâche. Sur d’autres, des vélos viennent s’ajouter et ce, en plus du nombre de personnes à bord. Souvent, ces voitures sont à moteur diesel et chauffent en cours de route. Il est facile de les reconnaître grâce à leur capot ouvert. Beaucoup de MRE préfèrent prendre la route la nuit, non seulement, en raison de la fraîcheur, mais aussi pour éviter les embouteillages et les nuitées dans des hôtels.

L’excès de zèle de la Guardia cvivile

Une chose est sûre, pour les familles nombreuses, le voyage en voiture reste plus économique. La nuit, ils la passent dans des aires de repos. Ici, la Guardia civile fait des rondes, souvent avec un excès de zèle. "Il faut dire aussi qu’il y a beaucoup de voleurs", signale Rodriguo, un jeune Espagnol dans une station à Valence. Selon ce dernier, les voleurs arrêtés sont souvent d’origine maghrébine, des Subsahariens et des Sud-Américains (Equateur, Pérou...). Les femmes de MRE portent beaucoup de bijoux en or : il y a donc de quoi attiser les convoitises et la tentation !

En cette période de l’année, la chaleur en Espagne varie entre 35 et 40 degrés. "Beaucoup de personnes ont des problèmes de déshydratation", souligne Othmane, un jeune travaillant à Algésiras. Le consulat distribue de l’eau gratuitement, la Croix-Rouge et la protection civile interviennent également. Surtout à Algésiras, une petite ville de passage qui connaît la plus grande affluence de MRE. A quelques mètres du port, des montagnes de conteneurs, les bateaux, les blocs de béton et les usines sont visibles de loin. "Il y a beaucoup de problèmes de sécurité et des cas de voitures volées", soulignent des jeunes qui travaillent sur place. "Ce sont souvent des voitures achetées de Belgique, de garages et marchés qui font du trafic".

Des agents de la Guardia civile et de la police viennent souvent avec des chiens fouiller les camionnettes et remorques chargées. Ils font des descentes régulières aux environs du port. Ils y arrêtent des clandestins, surtout la nuit, dans des camions et conteneurs de passage. Souvent, ils les tabassent. "Il y a des abus de la part de la police espagnole, des interrogatoires sans raison, des propos virulents, des accusations sans fondement... ce qui gêne plus d’un. De plus, ils arrêtent les voitures de luxe et les fouillent, surtout les Mercedes, BMW et cabriolets. "Les Espagnols ne semblent pas aimer les Marocains immigrés qui roulent dans de belles voitures", ajoute Othmane. Des fois, quand ils déclarent une voiture volée, les familles restent sans véhicule et passent la nuit à la belle étoile à Algésiras.

Pour Hassan, manoeuvre à Huelva, "le personnel et gérants des aires de repos nous font souvent comprendre qu’on n’est pas les bienvenus". Et pour cause, la tension actuelle entre les deux pays, sans oublier que la majorité des MRE, de passage par le Royaume ibérique, ont des difficultés à parler espagnol et recourent aux services sanitaires des aires de repos sans y dépenser le moindre euro, au grand dam des commerces.

La cherté des produits espagnols dans les aires de repos y est également pour quelque chose. Parfois, les MRE se servent des tables pour manger des repas qu’ils ont préparés avant de prendre la route. Le poulet roti, cakes, fruits et eau minérale restent leurs provisions préférées durant ce long et épuisant périple. Plusieurs optent pour les autocars, notamment les étudiants et retraités. Ils font le voyage en moyenne en une journée et demie. Les tarifs varient en fonction de la période de l’année. Pour le mois d’août, un aller simple coûte en moyenne 1.000 DH, mais il faut réserver plusieurs jours à l’avance, haute saison oblige.

L’économiste

Mots clés: Espagne , Opération Marhaba 2021

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