Le Maroc multiplie les annonces d’usines, Bruxelles vérifie ce qui existe vraiment

- 12h00 - Maroc - Ecrit par : Betty de G.

Un rapport publié par la Commission européenne distingue les capacités industrielles déjà opérationnelles au Maroc des investissements encore annoncés ou en développement. Le Royaume produit des matériaux pour batteries et certains équipements énergétiques, mais plusieurs maillons stratégiques restent absents.

La Commission européenne a publié le 4 septembre une cartographie de l’industrie des technologies propres au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Pour le Maroc, l’étude s’appuie sur des données, une revue documentaire et des entretiens réalisés entre février et mai 2026.

Le rapport reconnaît au Royaume une base industrielle solide, notamment dans l’automobile, l’aéronautique, la chimie et les équipements électriques. Sa proximité avec l’Europe, ses accords commerciaux et les infrastructures de Tanger Med facilitent également son intégration aux chaînes de production internationales.

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Dans le solaire, la production marocaine reste concentrée sur l’assemblage et les équipements les moins complexes. Solaris dispose ainsi d’une capacité annuelle d’assemblage de modules de 1 GW. Le pays fabrique aussi des structures de montage, des câbles solaires basse tension et des chauffe-eau solaires. En revanche, aucune production opérationnelle de wafers, de cellules photovoltaïques ou de verre solaire n’a été identifiée. Les projets portant sur le silicium de qualité solaire n’ont pas encore atteint le stade industriel.

Le bilan est également contrasté dans l’éolien. Le fabricant Aeolon produit des pales au Maroc et les capacités métallurgiques nationales pourraient permettre la fabrication de mâts. Mais le rapport ne recense aucune production de turbines, de multiplicateurs, de générateurs ou d’autres composants éoliens avancés.

Les cellules de batteries toujours absentes

La filière des batteries concentre certains des investissements les plus importants annoncés au Maroc. COBCO produit déjà des précurseurs de matériaux actifs de cathode, tandis que les ressources marocaines en phosphate et en cobalt favorisent le développement d’un écosystème spécialisé. Des projets concernent aussi les cathodes, les anodes et les électrolytes.

La Commission établit toutefois une distinction nette entre ces activités et les projets de gigafactories annoncés au Maroc. Au moment de son évaluation, aucune fabrication de cellules de batteries n’était opérationnelle dans le pays. La majorité des investissements recensés demeurait en cours de développement.

L’écart est plus important encore dans l’hydrogène. Des industriels marocains peuvent fournir certains équipements périphériques, mais aucune production de piles d’électrolyseurs n’est opérationnelle. Les activités restent limitées aux études, aux projets pilotes et aux investissements proposés. Les ambitions marocaines d’exportation d’hydrogène vert vers l’Europe ne se traduisent donc pas encore par une véritable chaîne industrielle locale.

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Les équipements de réseau constituent la filière la plus avancée. Le Maroc fabrique des transformateurs, des tableaux électriques et des câbles basse tension. Il exporte déjà certains transformateurs et équipements de sous-stations, notamment vers les marchés africains. La production de câbles moyenne tension commence à se développer, mais celle des câbles haute tension n’est pas encore établie. Les équipements électroniques avancés de pilotage des réseaux restent eux aussi largement importés.

Plusieurs acteurs interrogés par les auteurs soulignent enfin les délais administratifs, les procédures d’autorisation et la lente mise en œuvre de certains mécanismes de soutien. Le capital humain, les infrastructures industrielles et l’attractivité du Maroc sont considérés comme des points forts, mais l’exécution des projets demeure un enjeu.

Le rapport européen ne remet donc pas en cause le potentiel industriel marocain. Il mesure uniquement les capacités réellement disponibles : une usine annoncée, même accompagnée d’un investissement important, n’est comptabilisée comme capacité nationale qu’une fois sa production effectivement lancée.