Affaire BP Paris : Le naufrage des crédits

- 09h58 - Maroc - Ecrit par :

Après l’analyse du cas de Abdelatif Laraki, celui de l’affaire Aït Mena et la gestion bizarre de certains comptes, le dossier des crédits constitue le dernier chapitre du scandale de la Banque Populaire de Paris.

Cela remonte à 1972. La création d’une succursale en France devait servir initialement au transfert des fonds de MRE. L’activité fortement rentable, l’établissement continuera ainsi à prospérer jusqu’en 1991, année à laquelle la présidence entame une politique d’ouverture sur les autres métiers de la banque, notamment les crédits.
Mal lui en a pris. Cette même année marquera le début des problèmes financiers. Les différentes inspections dont elle fera l’objet souligneront unanimement son incompétence dans le domaine. Un constat sans appel sera relevé par la Commission marocaine de 1996 (Finances, Office des Changes, Bank Al-Maghrib et le commissaire au gouvernement auprès de la BCP) : “Toutes les PME financées ont fait faillite”. Pourquoi cet énorme taux d’échec ? s’interroge la police judiciaire, avant de donner une ébauche d’explication.
Les enquêteurs relèvent deux raisons.
D’abord, l’incompétence de la banque et son manque de savoir-faire. Abdelatif Laraki, PDG du groupe bancaire, aurait commis un premier impair en mettant à la tête de la succursale, au moment de la diversification de son activité, une personne qui n’a pas l’expérience des crédits. Il s’agit de Mohamed Benkiran, actuellement en détention préventive. Cet informaticien de formation a été coopté par Laraki pour présider la succursale parisienne en mars 1994. Il restera à sa tête près de deux ans avant d’être rappelé au siège en janvier 1996. Benkiran avait comme objectif prioritaire la refonte du système d’information jugé coûteux. Ensuite, et par la force des choses, il a eu la charge de superviser le lancement de la BP Paris dans l’activité crédit. Son passage par Paris est sévèrement jugé par la police. Dans ses deux missions, il aurait failli. Les preuves avancées par les enquêteurs sont difficilement irréfutables.
D’une part, les dépenses en informatique ont explosé de près de 100%. A l’arrivée de Benkiran, la banque dépensait en moyenne 3,7 millions de francs français par an. En 1995, les coûts avoisinaient les 5,2 millions de francs. D’autre part, sa gestion des crédits a été jugée singulièrement désastreuse. L’échec a même été cautionné par le comité de crédit à Casablanca. La plupart du temps, il aurait été induit en erreur. L’échantillon analysé par la fameuse commission de 1996 a relevé des irrégularités dans la constitution des dossiers. Pis, “la direction parisienne dissimulait la situation réelle des entreprises financées au moment du reporting”.
Les différentes inspections ont souligné “un manque de traitement objectif des dossiers”. En d’autres termes, les prêts étaient souvent débloqués sur recommandation de la hiérarchie ou sur caution personnelle.
La capacité financière réelle des entreprises bénéficiaires n’était pas scrutée, à tel point que lors des contentieux, les tribunaux tenaient la succursale pour responsable et la condamnait, rapportent les enquêteurs de la police judiciaire.
Enfin, le gendre de Laraki, Jean-Louis Perez, a bénéficié durant l’ère Benkiran (en mars 1995) d’un prêt de 870.000 francs français sur 15 ans et à un taux préférentiel de 10%. Alors qu’elle plongeait dans le gouffre financier, la banque se permettait le luxe d’offrir des conditions meilleures que le marché français. Benkiran prenait soin d’exiger des écrits de la part de son président, mais cela ne minimise en rien sa responsabilité, estiment les enquêteurs de la PJ. Il connaissait l’irrégularité et la destination de ces prêts, argumentent-ils.

L’économiste

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