Défendre les libertés individuelles relayé par la presse marocaine

- 11h55 - Maroc - Ecrit par : L.A

Quinze titres marocains publient une pétition initiée par l’association Bayt Al Hikma pour défendre les libertés individuelles. Pourquoi soutenir cet appel ? Ahmed Réda Benchemsi, directeur de TelQuel, l’une des quinze publications ayant soutenu cette initiative, part d’un constat : Le "camp d’en face" (celui des islamistes plus ou moins extrémistes et de tous les populistes qui, objectivement, font leur jeu), dispose d’un cadre idéologique clair : la religion et la morale islamique "pures et parfaites" - ou du moins, c’est ainsi qu’ils la fantasment.

"L’autre camp" (celui des démocrates, libéraux et autres humanistes) a, lui, un problème : son discours ne s’inscrit pas dans un corps de doctrine clair et ouvertement affirmé. Ce camp-là se contente de dire, à chaque fois que l’actualité l’exige : "Ce n’est pas bien de juger et de condamner autrui sur la base de choix de vie personnels"... mais sans dire, en contrepoint : "Voilà ce qui est bien, et voilà la doctrine universellement reconnue dans laquelle notre condamnation s’inscrit". Cette doctrine, qu’il s’agit désormais de revendiquer haut et fort, porte un nom : cela s’appelle les "libertés individuelles". C’est en ces termes que le directeur de TelQuel explique les raisons de son adhésion à ce manifeste qui commence comme suit :

"Depuis quelques années, on assiste au Maroc à une inquiétante prolifération des menaces et agressions (verbales ou physiques) à l’encontre de divers groupes ou individus." Les auteurs de cette pétition estiment que des "campagnes de stigmatisation religieuse émanent de divers groupes intégristes, y compris des titres de presse et constituent de graves atteintes aux libertés individuelles.

En effet, fin 2007, une véritable joute, par éditoriaux interposés, avait opposé les titres indépendants francophones Telquel et Le Journal Hebdomadaire au quotidien arabophone Al Massae suite à la publication par ce dernier d’images d’une soirée privée qui allait ainsi devenir l’affaire du « mariage supposé homosexuel ».

Rappelons les faits : Le 18 novembre, plusieurs dizaines de personnes assistent à une fête dans une maison de Ksar El-Kébir, bourgade paisible au nord du Maroc. Des images prises pendant cette soirée privée se retrouveront sur le site de YouTube. Dans cette vidéo, on voit des hommes danser, l’un d’entre eux porte une tenue de mariée. Le lendemain, court la rumeur d’un « mariage gay ». Certains medias, dont le quotidien arabophone Al Massae, l’un des meilleurs tirages du pays, rendent compte de l’affaire. Les jours qui suivent, des manifestants homophobes, et parfois violents, prennent d’assaut les rues tranquilles de Ksar El-Kébir.

La semaine suivante, six personnes soupçonnées d’avoir eu des relations homosexuelles au cours de cette soirée sont arrêtées. Le 10 décembre, le tribunal de première instance de Ksar El-Kébir condamne six hommes à des peines de prison. Le 15 janvier, la cour d’appel confirme la peine de dix mois de prison ferme pour le principal accusé, inculpé pour « homosexualité » et « commerce illégal d’alcool », et deux à quatre mois de prison ferme pour ses coaccusés.

L’association Bayt Al Hikma, fondée et présidée par la militante des droits de l’homme Khadija Rouissi, a été crée en juillet dernier dans le but de défendre les libertés individuelles. L’affaire de Ksar El-Kébir montre combien son combat est nécessaire.

APN

L’appel :

  • Procès en diffamation contre le journal Al Massae

    Le directeur du journal arabophone al Massae est poursuivi pour diffamation par un procureur et son procès s'ouvrira le 22 février devant le tribunal de première instance de Rabat.

  • Le directeur d'Al Masae, en procès pour diffamation, agressé

    Le directeur du journal marocain Al Massae, Rachid Nini, a été victime dimanche à Rabat d'une agression par trois hommes qui l'ont blessé à la main. "Trois hommes m'ont roué de coups dimanche à 20h dans une rue avant de me blesser à la main et de me voler mon cartable qui contenait notamment un ordinateur portable. J'ai l'intention de déposer une plainte contre X", a affirmé Rachid Nini, dont le journal tire à plus de 110.000 exemplaires - le plus grand tirage d'un quotidien arabophone au Maroc.

  • De 4 à 10 mois prison pour les accusés du mariage homosexuel à Ksar El Kebir

    Le tribunal de première instance de la ville de Ksar El-Kébir a condamné le principal accusé d'une peine de 10 mois de prison ferme et d'une amende de 1000 dirhams pour des délits de perversion sexuelle. Trois autres accusés ont écopé de 6 mois de prison ferme pour perversion sexuelle assortie d'une amende, tandis que deux autres prévenus auront à purger quatre mois de prison ferme après avoir bénéficié de circonstances atténuantes.

  • Pétition internationale pour dépénaliser l'homosexualité au Maroc

    Une pétition internationale en faveur de la dépénalisation de l'homosexualité consentie au Maroc a été lancée par deux organisations des droits de l'Homme américaine et marocaine après la récente condamnation de six personnes dans le nord du royaume. Human Rights Watch basée à New York et l'Association marocaine des droits humains appellent le gouvernement marocain abroger la loi condamnant à des peines de prison des actes d'homosexualité librement consentis.

  • Al Massae condamné à 6 millions de dirhams d'amende

    Le directeur du quotidien marocain arabophone indépendant Al Massae, Rachid Nini, a été condamné mardi à verser la somme de 6 millions de dirhams en faveur de quatre substituts au ministère public pour délit de diffamation et d'injures. Le tribunal de première instance de Rabat a condamné, en outre, le journal à verser 120.000 dirhams au profit de la trésorerie publique.

  • Human Rights Watch réclame la libération des 6 comdamnés pour homosexualité

    L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch a demandé jeudi l'annulation des peines de prison prononcées lundi à l'encontre de six Marocains condamnés pour homosexualité et a réclamé leur libération.

  • Condamné à une lourde amende, Al Massae craint pour son avenir

    Les responsables du quotidien marocain Al Massae condamné récemment à une lourde amende pour diffamation envers des magistrats, ont affiché lundi leur détermination à sauver leur journal.

  • Procès contre Rachid Nini, la partie civile réclame 6,5 MDH

    Le tribunal de première instance de Rabat rendra son verdict le 25 mars dans trois procès en « diffamation et injure » intentés par trois substituts du Procureur du Roi près le tribunal de 1ère instance de la ville de Ksar El Kébir au directeur du journal Al-Massae, Rachid Nini.

  • Affaire Al Watan Al An : Mustapha Hormatallah, retour à la case prison

    Dans la soirée du mardi, Mustapha Hormatallah, reporter de l'hebdomadaire Al Watan Al An, a été remis en détention à la prison de Oukacha. Quelques jours auparavant, le pourvoi en cassation interjeté par ses avocats avait été rejeté par la Cour suprême de Rabat. Hormatallah avait été condamné en août à huit mois de prison après la publication de son article sur “Les rapports secrets derrière l'état d'alerte au Maroc”.

  • Arrestations dans l'affaire du prétendu mariage homosexuel

    La pression exercée par la rue a fini par pousser le procureur du Roi près le tribunal de première instance de la ville de Ksar El Kébir à procéder à l'arrestation de certaines personnes ayant participé à une fête dite de « mariage homosexuel ».