Les festivals, un business qui rapporte très peu mais qui marche

31 juillet 2008 - 15h22 - Ecrit par : A.S

C’est connu : lorsqu’un concept ou un business réussit, tout le monde s’y met. L’animation culturelle n’y échappe pas. Ce n’est pas un hasard si, depuis quelques années, les festivals de musique fleurissent un peu partout dans le pays avec, tout naturellement, une forte concentration durant le printemps et l’été. Actuellement, on en compte une quarantaine, et tous sont, bien sûr, à la recherche de sponsors.

En 2008, les grandes entreprises et les mécènes ont vu les demandes de partenariat et de sponsoring quadrupler par rapport à 2007. « C’est à se demander s’il y a un public pour tous ces festivals », s’interroge Zakia Hajjaji, responsable de communication chez Méditel. Bien évidemment, le succès n’est pas toujours au rendez-vous, sachant que, pour beaucoup d’évènements, les moyens financiers ne suivent pas.

Selon Mohamed Merhari, organisateur du festival L’Boulvard, il existe trois types de festivals. Ceux de « l’Etat », généralement organisés par des préfectures, wilayas, communes ou autres organismes étatiques, disposent aussi bien de financements que du soutien des autorités. En un mot, ces manifestations ont tous les moyens à portée de main.

Il y a ensuite les manifestations, certes indépendantes et d’initiative privée, mais soutenues par des personnalités influentes qui disposent des mêmes facilités, notamment financières. Enfin, conclut M. Merhari, « il y a les festivals indépendants, ceux qui doivent galérer chaque année pour continuer d’exister ». C’est dire qu’un « festival n’est pas une activité destinée à générer des bénéfices. Pour une agence de communication nouvellement créée, il constitue une excellente carte de visite pour se faire connaître et gagner en visibilité », explique une autre organisatrice de festivals qui vient d’ailleurs de lancer le sien, baptisé « Moonfest ».

La notoriété, élément-clé pour avoir des sponsors généreux

La plupart des promoteurs s’accordent à affirmer qu’un festival n’est pas une affaire rentable. Pour Fatim-Zahra Ammor, directrice du festival Timitar, par exemple, il faut, néanmoins, « rentrer dans [ses] frais », alors que la plupart des festivals sont d’accès gratuit. « Concevoir un festival sans sponsors et sans l’appui des autorités publiques relève de la mission impossible », confie Naila Tazi, DG de l’agence A3 Communication et productrice du Festival Gnaoua d’Essaouira.

D’ailleurs, quel que soit le type de festival, indépendant ou institutionnel, tous sont sponsorisés sachant que l’accès est gratuit, sauf dans de rares cas comme le festival des musiques sacrées de Fès (pour certains spectacles) et Tanjazz de Tanger. Autrement dit, les organisateurs ne réalisent aucune recette directe. En moyenne, entre 20 et 30% du budget sont couverts par des dons en nature (hébergement, fourniture de différents produits, billets d’avion gratuits, espaces de communication offerts par différents supports...) et le reste par des dons en espèces.

Pour attirer les sponsors, il faut cependant présenter un concept novateur qui puisse inciter ces derniers à y associer leur nom car l’objectif d’un tel moyen de communication est de gagner en notoriété et d’être proche de sa cible. Ce qui explique que les opérateurs en télécommunications investissent beaucoup dans le secteur de la musique.

Pour Raja Bensaoud, directrice de la communication à Royal Air Maroc, l’engagement de la compagnie « dépend essentiellement du nombre de clients qu’un évènement va drainer ». Les gratuités se calculent alors en fonction de la notoriété à l’international.

Le cachet des artistes peut représenter jusqu’à 40% des charges

Cela étant, le soutien des autorités est toujours nécessaire, insistent les différents acteurs du domaine. Selon les cas, un festival requiert la présence des forces de sécurité, celle des pompiers ainsi qu’une permanence médicale. Dans l’absolu, le plus délicat est d’obtenir les autorisations nécessaires et des lieux aptes à abriter l’évènement.

Il est en outre nécessaire de disposer des services de nettoyage ainsi que de l’alimentation en courant électrique. Sans compter le recours aux stagiaires bénévoles, attirés par le côté glamour et l’aventure humaine. Autant d’éléments difficiles à chiffrer.

Selon les informations recueillies, produire un festival coûterait entre
500.000 DH (le Festival Gnaoua a démarré avec un budget de 600.000 DH) et 20 MDH. Le cachet des artistes (40% des charges s’il s’agit de stars internationales) absorbe une bonne partie des ressources. S’y ajoutent les charges liées à la sécurité, la rémunération des techniciens (monteurs, mécano...) et du petit personnel de soutien, ainsi que les dépenses d’intendance constituées en gros par les repas, le transport et l’hébergement des organisateurs (10 personnes au minimum).

Un festival est donc un événement très lourd à gérer. Financièrement, les organisateurs indépendants sont obligés de mettre la main à la poche, parfois à perte. « Il faut quelques années avant d’atteindre l’équilibre », note Mme Tazi. Et pour perpétuer une date, la machine organisationnelle ne s’arrête jamais.

Dès qu’une programmation s’achève, la suivante est lancée. Il faut en effet recommencer à discuter avec les sponsors, rechercher les talents, confirmer les valeurs sûres, en somme faire une première pré-programmation, une deuxième, etc. Ainsi, l’équipe organisatrice travaille tout au long de l’année. Cependant, c’est six à trois mois avant l’évènement qu’elle est mobilisée à plein temps. Le reste du temps est consacré à des activités parallèles car l’organisation d’un festival ne « nourrissant pas son homme », il est nécessaire d’avoir plusieurs cordes à son arc.

Cela étant, et au-delà de l’aspect festif ou des contraintes matérielles, les retombées sociales peuvent être intéressantes. « On a assisté au développement d’un savoir-faire indéniable », analyse Neila Tazi. Ainsi, nombre de régisseurs, monteurs et mécanos ont été formés. Des jeunes ont appris un métier qui peut leur servir par la suite dans une activité professionnelle, permanente.

Source : La vie éco - Noredine El Abbassi

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