Ces MRE qui n’aiment pas leur pays

- 00h13 - Maroc - Ecrit par :

La coutume s’étant installée pour que chaque année, entre juin et août, il faut leur dérouler un tapis rouge médiatique qui sied à leur rang de nouveaux seigneurs d’un Maroc qui a besoin d’eux.

Quel rapport peuvent avoir certains d’entre eux avec leur pays d’origine ? Comment vivent-ils leur différence par rapport aux autres Marocains et quel regard portent-ils sur ce Maroc qui demeure en définitive leur patrie ? “J’aime pas ce pays, et à chaque fois, c’est la même histoire…” La même histoire, c’est-à-dire l’obligation familiale de venir pour quelques semaines revoir ce pays où les parents ont vu le jour et étrenner quelques épisodes heureux ou douloureux de leur vie. Et cela, les jeunes ne le connaissent pas. Les parents racontent, s’épanchent, reviennent sur leur vie dans le pays et brossent un tableau nostalgique de la vie au-delà de Gibraltar. Le père tente de
calmer son rejeton, en lui disant : “Mais ne dis pas ça, c’est pas bien”.
Le gosse, la vingtaine déjà entamée, grommelle un coup et crache par terre à notre endroit. Belle entrée en matière en cette journée estivale où l’on sent le chergui poindre du nez comme une menace de plomb sur les nerfs de tous dans ce port de Tanger gonflé à bloc.

Bienvenue chez vous

“Non, je ne suis pas Marocain et je ne vois pas pourquoi cela t’intéresse”. Là, c’est un autre jeune, le crâne presque rasé, une tête encore dans le cirage où les effluves d’une nuit jointée et tristement arrosée battent encore pavillon. Nous sommes devant le port de Tanger à 35 degrés. Température du sol, incalculable. Celle de l’air, un peu moite et fétide. Celle des âmes, vacillante entre gel et grosse chaleur. Les MRE, Marocains résidents à l’étranger, ont posé pied sur le sol marocain et pour la plupart, les ennuis commencent. Pour ceux qui les accueillent, les “emmerdes” prennent corps. Nous ne sommes plus dans les slogans publicitaires et les paroles vides de sens. Là, c’est la réalité du terrain qui dicte sa vérité sur les lèvres des uns et des autres. On sent la tension envahir l’air pollué du port. Un douanier que l’on a connu dans d’autres circonstances affiche une mine grise, un peu palot et le regard bizarre. “J’espère que cette journée passera très vite. Vous allez voir de vos propres yeux tout ce que mes collègues vous ont raconté. A vous de juger si c’est publiable ou pas. Pour ma part, je prie pour garder mon calme, sinon, je buterai quelqu’un et tant pis pour ce boulot”. Le bruit est assourdissant dans ce port. On crie de partout et certains ont fait des engueulades un sport pour la journée. On dirait que le travail ne peut se faire qu’en empestant la vie et ses tracas. On descend du bateau et les gens se mobilisent comme pour partir au front. On sent l’appréhension et la crainte. Pour d’autres, plus rôdés, “c’est normal, ils nous prennent tous pour pire que des bêtes”. Nous ne sommes plus dans la littérature politiquement correcte qui voudrait dépeindre l’arrivée des Marocains vivant à l’étranger comme une rencontre entre un pèlerin et sa terre promise. Nous sommes de plein fouet devant la crudité des lieux, des sentiments et des propos.

La Gazette du Maroc

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