30 % de chômage chez les jeunes Marocains : Bruxelles mise sur le sport et la culture

- 18h00 - Maroc - Ecrit par : Said A.

La Commission européenne établit un lien direct entre le chômage des jeunes, les mobilisations apparues au Maroc fin 2025 et la stabilité du pays. Bruxelles débloque 16 millions d’euros, mais mise davantage sur la participation citoyenne, le sport et la culture que sur la création directe d’emplois.

Plus de sept millions de Marocains ont entre 15 et 29 ans et leur taux de chômage atteint 30 %. Pour la Commission européenne, cette situation ne constitue plus seulement un problème économique : elle représente désormais un enjeu de cohésion sociale et de stabilité chez un voisin stratégique de l’Union européenne.

Le constat apparaît dans le programme officiel « Maroc : jeunesse active et créative », adopté dans le cadre de la mesure européenne en faveur du Maroc pour 2026. Bruxelles y relève également les inégalités entre les villes et les campagnes ainsi que l’accès limité des jeunes aux espaces de participation civique.

La Commission se réfère explicitement aux mobilisations de la jeunesse observées à la fin de l’année 2025. Selon elle, ces mouvements ont exprimé une demande accrue de participation aux décisions, de justice sociale, d’accès aux services publics, d’égalité et de reconnaissance.

Le document fait ainsi écho aux manifestations de GenZ 212, au cours desquelles de jeunes Marocains avaient réclamé des hôpitaux et des écoles plutôt que des stades. Le chômage, la santé, l’éducation et la corruption figuraient alors parmi leurs principales revendications.

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Pour Bruxelles, l’autonomisation des jeunes constitue dans ce contexte « un facteur clé » de cohésion sociale et de stabilité au Maroc. La Commission précise même que cette stabilité participe de l’intérêt propre de l’Union européenne. Elle ne présente donc plus la politique marocaine de la jeunesse comme une question strictement intérieure.

Cette lecture intervient alors que le chômage global a reculé à 9,5 % au deuxième trimestre 2026. Cette amélioration masque toutefois une situation beaucoup plus difficile chez les jeunes, les femmes et les habitants de certains territoires.

Une réponse davantage sociale qu’économique

L’Union européenne consacrera 16 millions d’euros au programme sur une période indicative de 72 mois. Mais malgré le diagnostic posé sur le chômage, la réponse envisagée ne prend pas la forme d’un vaste plan européen de création d’emplois.

La répartition sectorielle annoncée réserve 45 % de l’action à la politique de la jeunesse et à la participation civique, 35 % à la culture, 10 % à l’égalité entre les femmes et les hommes et seulement 10 % au développement des compétences des jeunes.

Le programme doit notamment renforcer les maisons de jeunes et les foyers féminins, soutenir les associations, développer les compétences numériques et encourager le sport, le bénévolat et les projets culturels communs entre le Maroc et l’Europe. Des passerelles avec Erasmus+ et le dispositif européen de garantie pour la jeunesse sont également envisagées.

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La Commission rappelle que 2,9 millions de jeunes Marocains ne travaillaient pas, n’étudiaient pas et ne suivaient aucune formation en 2023. Plus d’un jeune de 15 à 29 ans sur trois se trouvait ainsi en dehors de l’emploi et du système éducatif. Environ 70 % de ces jeunes étaient des femmes.

Bruxelles compte aussi utiliser la Coupe du monde 2030 comme un outil de transformation sociale. L’objectif est de mobiliser des dizaines de milliers de jeunes dans le bénévolat, le sport et des initiatives citoyennes, afin de renforcer leur sentiment d’appartenance et leur participation à la vie publique.

Le raisonnement européen est clair : sans espaces d’expression, sans perspectives et sans participation réelle, le chômage et le décrochage risquent d’alimenter le désengagement et de nouvelles tensions. Pour l’Union européenne, aider la jeunesse marocaine relève donc autant du développement social que de la stabilité de son voisinage.