Si une crise éclate avec le Maroc, l’Espagne pourrait avoir moins de moyens de pression, avertit un ancien responsable

- 11h00 - Espagne - Ecrit par : Farid Laamoudi

Les investissements énergétiques du Maroc suscitent des inquiétudes chez un ancien haut responsable espagnol. Manuel Argüelles, ex-directeur général de l’énergie de la région de Valence, estime que les nouveaux projets de Rabat pourraient réduire l’influence de Madrid lors de futures tensions diplomatiques.

L’électricité qui traverse le détroit de Gibraltar et le gaz qui transite par les installations espagnoles donnent aujourd’hui à Madrid un avantage stratégique. Mais combien de temps pourra-t-elle le conserver ? Dans une tribune publiée le 1er novembre par Economía Digital, Manuel Argüelles s’inquiète des conséquences du programme énergétique marocain.

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L’ancien directeur général de l’énergie de la Generalitat valencienne rappelle qu’en 2025, l’Espagne a exporté 3 880 gigawattheures d’électricité vers le Maroc, soit près de 8 % de la demande nationale. Le Royaume dépend également des terminaux espagnols pour importer du gaz naturel liquéfié, ensuite acheminé par le gazoduc Maghreb-Europe fonctionnant en sens inverse.

Selon lui, cette situation constitue un moyen d’influence pour Madrid. Or les investissements annoncés par Rabat pourraient progressivement modifier cet équilibre.

Le programme 2026-2030 de l’Office national de l’électricité (ONEE) prévoit notamment 3 744 mégawatts de nouvelles capacités de production au gaz, destinées à accompagner le développement des énergies renouvelables. Cette planification, confirmée par le ministère marocain des Finances, s’inscrit dans un programme d’investissement électrique de 177 milliards de dirhams.

Le terminal de Nador au cœur des préoccupations espagnoles

Pour Manuel Argüelles, le projet le plus déterminant est celui de Nador West Med. Le Maroc prévoit d’y développer ses propres installations d’importation de gaz, ce qui lui permettrait de s’approvisionner sur les marchés internationaux sans passer nécessairement par les terminaux espagnols.

Le communiqué du Cabinet royal du 28 octobre confirme qu’un terminal de gaz naturel liquéfié, capable de traiter jusqu’à cinq milliards de mètres cubes par an, figure dans le programme de développement du complexe portuaire.

L’ancien responsable espagnol observe aussi les projets de nouvelles connexions électriques. Le Maroc et le Portugal ont relancé leur coopération en juillet, tandis qu’un raccordement direct avec la France est également à l’étude. Ces liaisons offriraient à terme d’autres voies d’échange avec l’Europe.

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Argüelles estime que Madrid risque de voir diminuer son influence énergétique si ces infrastructures aboutissent. Il reproche aux responsables espagnols de ne pas accorder suffisamment d’importance à cette évolution.

Le Maroc présente, de son côté, ses investissements comme un moyen de diversifier ses approvisionnements et de renforcer sa sécurité énergétique. Pour l’ancien responsable valencien, leurs conséquences pourraient aller bien au-delà : lors d’une future crise entre les deux voisins, l’Espagne disposerait de moins de leviers qu’aujourd’hui.