Crise financière : Le licenciement sec a frappé les MRE

- 11h56 - France - Ecrit par : L.A

En ce dimanche, jour de marché bien automnal, le moral des Maghrébins faisant leurs emplettes à Barbès, n’est pas au beau fixe. De tous les immigrés de France, les Marocains semblent sans doute les plus démoralisés. Les cris des vendeurs égyptiens qui animent l’immense marché barbésien, ne drainent plus les euros des MRE de l’Île-de-France. Ici, les premières victimes de la crise sont déjà tombées.

Il y a seulement trois mois, on était « bikhir ». On a passé des vacances superbes au Maroc. Au retour, on est tombé dans la m… Le licenciement sec a frappé l’ensemble du personnel dans la boîte où je travaille. Pas moyen de se maintenir. Le patron lui-même s’est inscrit aux ASSEDIC (chômage) ». Abbès est sonné par le déluge social qui a commencé à sévir en France. Il ne comprend pas. Seule consolation : la recrudescence des licenciements parmi ses amis. Il sait aujourd’hui, qu’il ne pourra pas avant longtemps, envoyer un seul euro à Machrâa Bel Ksiri où ses parents et ses trois frères chômeurs subsistent grâce aux transferts qu’il leur fait parvenir par Western Union. Ici, ses deux jeunes enfants et sa femme doivent désormais sacrifier la sortie du samedi chez les cousins et amis et, plus encore, la récréation-café chez Robert, non loin de Tati. En réalité, les 3,5 millions de MRE dont les transferts constituent la principale source de devises du Royaume, ont vite intégré l’ampleur de la crise. Les faux frais, les voyages-éclairs au Maroc et les prêts au frère ou au cousin relèvent déjà du passé.

La peur des lendemains

La ceinture est serrée et la peur des lendemains sombres commande désormais les attitudes et les comportements. Bien sûr, les délégations des banques marocaines en Europe continuent à vanter leurs produits d’épargne, promettre des crédits immobiliers à bas taux et même bénéficier de report d’échéances. Mais chacun sait que l’horizon est sombre et qu’il est plus que jamais nécessaire de préparer des parades à la crise. Mustapha a déjà pris les devants. « Je me suis mis d’accord avec mon patron sur un licenciement pour faute grave. Cette formule me permet de m’inscrire au chômage en bénéficiant d’indemnités conséquentes durant 37 mois. Pendant ce temps-là, je travaillerai au noir à 60 euros par jour. Pas d’impôts, pas de tracasseries avec les services sociaux ! ». Mais tout le monde n’est pas électromécanicien, qui plus est spécialiste des semi-remorques comme Mustapha.

« Les difficultés que rencontreront les MRE durant cette crise, viendront du fait que ces derniers se composent majoritairement de deux grandes catégories : d’une part, les profils surdimensionnés qui ne peuvent trouver des emplois que - précisément -dans les niches frontalement frappées par la crise financière et économique et, d’autre part, les ouvriers non qualifiés », assure Sophie Achouchi, chargée de développement Europe chez une filiale de LVMH.

Cela dit, le pays d’origine souffrira autant de cette crise dont les prémisses se sont faufilées à travers le trapèze boursier, sans que l’on y prenne garde. Les transferts de fonds des MRE ont représenté plus du double des investissements directs étrangers et auraient atteint, en 2007, la somme de 57 milliards de dirhams. On a même pu enregistrer l’engrangement lors du premier semestre 2008 de 3,5 milliards de dollars, soit une hausse de 5% par rapport à la même période de l’année précédente. Mais la foudre a frappé aussitôt et les intempéries sont venues rappeler aux Marocains leurs fragilités diverses et variées.

Parmi ces fragilités, il est un fait peu connu du commun des Marocains : Citant le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM), l’Oxford Business Group (OBG, un cabinet d’intelligence économique basé à Londres) relève que le nombre des MRE a constitué 58% du nombre total des « étrangers » qui ont investi dans la Bourse de Casablanca.

Parallèlement, les Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), ou fonds mutuel, ont attiré le plus les MRE qui ont transféré 1,68 milliard de dollars au titre de l’année 2007 - soit une part de 27,8% de l’ensemble des investissements en titres d’OPCVM. Cette épargne boursière bien consistante des MRE a donc été pénalisée par la crise financière qui n’a pas épargné le Maroc. La crise n’a pas épargné l’informel non plus. Quartier Les Bosquets à Montfermeil. Ici, la mémoire collective garde jalousement les affrontements sanglants entre les jeunes des quartiers et les forces de l’ordre pilotées par l’ex-ministre de l’Intérieur Sarkozy. C’est ici que le Karcher fut évoqué par celui qui deviendra Président.

Fermetures d’usines

Le marché des Bosquets n’est que l’entrée en matière d’un véritable souk qui se tient deux fois par semaine à quelques enjambées de là : Clichy-sous-Bois. « Il y a quelques semaines encore, je pouvais dépenser sans lésiner sur les légumes, les fruits et la viande. Je ne peux plus acheter des sacs de 10 kg de pommes de terre, de carottes, d’oignons…etc. et des cartons de cinq poulets. Maintenant, je vais molo-molo. On ne sais pas de quoi demain sera fait », raconte Fatiha Lamrani, pourtant cadre moyen de la fonction publique territoriale du Département de Seine-Saint-Denis. Mère de deux enfants, elle n’hésite pas à dire qu’elle pourrait, le cas échéant, vendre sa maison de Mohammedia pour faire face à la panoplie de crédits qu’elle a contractés en France. Même les vendeurs à la sauvette qui peuplent l’intersection des boulevards Rochechouart et Barbès n’ont plus le vent en poupe. L’informel ne nourrit plus suffisamment son homme « Les gens vont vers les objets utilitaires plus que vers les gadgets », affirme kader, 15 ans de « business » à Barbès. Au commissariat du quartier, on n’établit plus mécaniquement les PV des ventes à la sauvette : « Si on n’est pas sur un flag, on laisse passer. La majorité de ces jeunes ont leurs papiers en règle. Ils ne trouvent pas de boulot. On ferme les yeux deux fois sur trois », assure un inspecteur accoudé à un bar de la rue Mira en sirotant un thé.

Place Clignancourt, sur le trottoir d’une rue adjacente au boulevard du même nom, trois ou quatre prostituées maghrébines se laissent glacer les jambes par un thermomètre à 2°c en ce début de soirée. Kamar, la Marocaine, y officie depuis déjà quelques années. « Je n’ai jamais vu une telle crise ! », affirme-t-elle. L’angoisse du lendemain terrifie et les images télévisées y rajoutent leur lot de fermetures d’usines, de faillites et de plans sociaux. Tati s’apprête à fermer ses magasins. « A la concurrence asiatique s’ajoute maintenant la fermeture des robinets bancaires pour le textile », explique l’un des cadres. « Où va-t-on », s’interroge-t-il.

Source : Gazette du Maroc - Abdessamad Mouhieddine

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