Discriminations à l’embauche : ça ne va plus être possible

- 14h35 - France - Ecrit par :

La photo de groupe a de quoi surprendre. Côte à côte, l’éminence grise du patronat français, Claude Bébéar, président du Conseil de surveillance d’AXA et stratège, chez Vivendi, de l’éviction de Messier ; les PDG de Schneider, Suez, Mac Donald’s et... Malek Boutih, président de SOS Racisme.

Inutile de chercher l’intrus, il n’y en a pas : à la fin du mois d’octobre, la fine fleur du patronat français et l’association anti-raciste ont décidé d’unir leurs efforts pour remédier au récurrent problème de la discrimination à l’embauche qui frappe les jeunes diplômés issus de l’immigration ou simplement nés dans des quartiers jugés sensibles. Les initiateurs de cette campagne baptisée « Ça va être possible » (allusion à la chanson de Zebda « Ça va pas être possible ») se sont mis d’accord pour, dans une première phase, trouver 1.000 emplois à ces jeunes diplômés. SOS Racisme centralise les CV puis les dispatche vers les entreprises partenaires de l’opération, à charge pour elles d’assurer les entretiens d’embauche. Le recrutement n’aura rien de mécanique. L’opération offre avant tout la possibilité, pour de jeunes diplômés, d’accéder à ces fameux entretiens et d’y faire valoir leurs compétences. Car trop souvent, leur patronyme les en exclut d’office. L’initiative marque une rupture dans l’histoire déjà longue du traitement des discriminations : « Les avancées législatives ne permettent pas à elles seules de mettre un terme aux discriminations », indique SOS Racisme. C’est donc en fait la notion de discrimination positive qui fait son apparition. Selon Claude Bébéar, « on les prend parce qu’ils ont la qualification demandée, mais à niveau égal, on les choisira pour rétablir l’équilibre ».

UN MAL RECURRENT
Même si un chiffrage précis est impossible, il ne fait aucun doute que les discriminations taraudent toujours la société française. Dès 1998, le Haut Conseil à l’Intégration tirait la sonnette d’alarme : « Loin d’avoir régressé, les discriminations en matière d’emploi n’ont cessé de s’étendre sous l’effet du chômage et de la progression de la xénophobie dans le monde du travail ». En 1999, l’INED et l’Insee ont évoqué une « sous-employabilité des jeunes d’origine étrangère, alors qu’ils ont atteint des niveaux élevés de diplômes ». En mai dernier, enfin, le Conseil économique et social enfonçait le clou en évoquant « des pratiques discriminatoires récurrentes et qui ont tendance à s’accroître ». Les PME sont certes plus ouvertes, certains métiers, notamment l’informatique, sont plus facilement intégrateurs. Mais une sorte de loi semble interdire durablement à certains les fonctions commerciales, comme si les DRH anticipaient le racisme des clients. De même, l’avancement est plus délicat pour les jeunes beurs. Quelques histoires individuelles jettent une lumière crue sur les humiliations subies. Ainsi, l’an dernier, Abdelatif, 25 ans, Deug d’allemand et BTS commercial en poche, est devenu Thomas, après passage devant le juge des affaires familiales. Un changement patronymique qui lui a quasi instantanément ouvert les portes des Directions de ressources humaines, après de longs mois passés sans la moindre réponse. Mais est-il sain d’en arriver à cette extrémité ? Certains professionnels du recrutement en doutent. Mais le problème reste entier : comme en témoigne l’expérience d’une promotion de 75 élèves de DUT en région parisienne. A la fin de leurs stages en entreprise, presque tous ont été embauchés. Sauf huit : huit maghrébins....

A suivre ...

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