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Moi, Donia, victime d’esclavage en France

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20 octobre 2019 - 18h20 - Société

Animée d’une grande volonté, Donia, une Marocaine qui compte 40 printemps, semble beaucoup plus jeune. Déterminée à vaincre ses douleurs du passé et à refaire sa vie, la jeune femme participe aujourd’hui à l’atelier de théâtre à la Maison des Femmes de Montreuil. Il y a de cela quelques années, en effet, Donia a vécu en France une situation d’esclavage chez un couple de commerçants franco-marocains.

Après avoir travaillé comme "petite bonne" dans une famille marocaine au pays, Donia, qui n’a jamais mis les pieds à l’école, est repérée dans un salon de coiffure par une femme qui lui demande de garder ses enfants en bas âge, rapporte le journal l’Humanité.

Quelques temps après, sa nouvelle patronne lui propose de la suivre à Paris où la famille allait s’installer. Hésitante au départ, elle sera convaincue par son employeuse qui lui fait la promesse d’un salaire de 300 euros mensuellement et de la prise en charge de tous les frais pour sa venue en France. Mieux, elle pouvait soigner un léger handicap qui la complexait, lui avait-on promis.

Arrivée à Paris, Donia sera bouleversée par son nouveau mode de vie. Elle devait faire face à une énorme charge de travail et à une absence totale d’intimité. En réalité, les conditions de ­logement du couple chez qui elle travaillait étaient exécrables.

"Les parents et leurs deux enfants vivent dans un studio, dans le 5e arrondissement. Le couple couchait sur un clic-clac, les deux enfants dans un lit double à côté. Et moi, sur un carton au milieu. Je reste traumatisée de cette absence d’intimité", décrit la jeune femme qui doit s’occuper des enfants, mais aussi préparer les repas et faire le ménage.

Le premier mois, Donia reçoit 100 euros, comme salaire, puis au bout de trois mois, rien. Le couple affirme lui envoyer directement son argent à sa famille au Maroc. Ce que sa vie d’esclave privée de tout ne lui permet pas de vérifier. Plus tard, quand le couple ouvre un bar à chicha au rez-de-chaussée de leur logement, Dounia doit y travailler jusqu’à la fermeture, sans broncher, malgré toute la fatigue qu’elle éprouvait après 17 à 18 heures de travail par jour.

Dans le bar, elle travaillait avec une autre fille que le couple avait fait venir. Après la fermeture du bar, toutes les deux sont "enfermées dans un réduit sans fenêtre au fond de l’établissement, où elles dorment, enfermées à clé", raconte-t-elle.

C’est notamment grâce à sa camarade d’infortune qui a accès aux réseaux sociaux que Donia réussit à contacter un compatriote. "Sa femme, française, a beaucoup parlé avec moi, elle m’a dit qu’il fallait que j’apprenne le français et m’a trouvé des cours à la Maison des femmes de Montreuil", raconte la jeune femme qui sera récupérée par ce couple.

Donia, qui garde aujourd’hui encore le souvenir de ces années de malheur passées chez le couple de commerçants franco-marocains, a pu régler son problème de santé et travaille comme femme de chambre dans un hôtel.

Pour vaincre son traumatisme profond, elle tente d’exister à la Maison des Femmes de Montreuil où elle suit des cours de français et participe à l’atelier de théâtre. "Sur scène, j’existe, je me prends pour une star", confie-t-elle, toute joyeuse ! 

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