Une Espagnole vit avec 300 euros par mois au Maroc et tacle les « expats de luxe »
Jana Pugès, 23 ans, a troqué Barcelone pour un village de pêcheurs au Maroc, où elle vit avec un salaire local de 300 euros. Parfaitement intégrée grâce à sa maîtrise du darija, la jeune femme porte un regard critique sur les expatriés privilégiés et les illusions des réseaux sociaux.
Installée dans la région de Taghazout, sur la côte ouest du royaume, cette jeune femme originaire de Gavà a fait le choix radical de l’immersion totale. Arrivée en juin 2024 pour un simple volontariat d’un mois, elle a finalement décidé de s’établir définitivement après un coup de foudre pour l’ambiance et la culture locale. Contrairement à de nombreux étrangers qui restent dans leur bulle, Jana a fait de la langue sa priorité absolue. Pour elle, apprendre le darija est « le minimum à faire » pour être traitée comme une locale. Cette maîtrise linguistique lui a permis de tisser des liens profonds avec la population, au point qu’elle évite désormais de fréquenter d’autres étrangers pour privilégier exclusivement son cercle marocain.
À lire : La France veut contrôler les pensions des retraités installés au Maroc
Son quotidien est loin du cliché de l’expatrié doré. Jana mène une vie austère avec un revenu mensuel d’environ 300 euros, qu’elle tire notamment de cours de danse dispensés dans le village voisin de Tamraght. Avec cette somme, elle assume son loyer, la location de son studio professionnel et sa nourriture, admettant que les prix des supermarchés sont élevés et qu’elle ne peut jamais se permettre de dîner au restaurant. Cette réalité économique nourrit sa colère envers un certain type d’immigration occidentale : elle se dit « totalement contre » les expatriés qui débarquent avec des salaires suisses pour ne dépenser que 200 euros sur place, reproduisant selon elle les mécanismes de gentrification qu’elle fuyait en Catalogne.
Sa critique s’étend aux touristes influencés par TikTok, souvent déçus par le décalage entre les vidéos virales et la réalité. Face à des Espagnols surpris par l’aspect rustique de Taghazout, elle rappelle avec ironie que ce village de surfeurs n’est pas fait de cafés branchés, mais de chèvres, de vaches et parfois de déchets. Pour Jana, la valeur du Maroc réside dans cette authenticité rurale et la générosité désintéressée de ses habitants, loin du luxe artificiel des grandes villes comme Marrakech qu’elle compare à un « Barcelone du siècle dernier ».
À lire : Dubaï, le nouvel eldorado des jeunes musulmans français ?
Cette immersion lui a aussi permis d’observer la condition féminine de l’intérieur. Si elle constate une certaine pression sociale qui « bride » les femmes dès la naissance, elle a créé via ses cours de danse un espace de liberté où Européennes et Marocaines se mélangent. Elle raconte avec fierté voir ses élèves locales s’exprimer sans retenue sur des rythmes « sexy style », loin des regards extérieurs. Malgré cet attachement viscéral et une philosophie de vie calquée sur le « carpe diem » marocain, l’aventure a une date de péremption. Faute de pouvoir épargner avec ses revenus actuels, Jana prévoit de quitter le Maroc l’été prochain à la fin de son bail, pour retourner travailler en Espagne et renflouer ses caisses avant de chercher de nouvelles vagues ailleurs.