Ni Espagnols, ni Marocains : ces jeunes condamnés à une vie de « fantômes »

- 14h00 - Espagne - Ecrit par : L.A

À Ceuta, des descendants de migrants nés sur le territoire espagnol vivent dans une clandestinité totale. Dépourvus de documents officiels, à l’exception d’un simple acte de naissance qui prouve leur existence, ils se retrouvent de fait apatrides entre l’Espagne et le Maroc.

Selon les témoignages recueillis par El Faro de Ceuta, ces jeunes font face à une impasse bureaucratique majeure. L’administration espagnole leur refuse l’inscription au registre, tandis que le Maroc ne les reconnaît pas comme ressortissants en raison de leur naissance sur le sol ibérique. Sans papiers, ils ont l’interdiction de quitter l’enclave, rendant impossible toute démarche auprès du consulat marocain d’Algésiras.

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Ce statut irrégulier, souvent hérité des parents, conditionne chaque aspect de leur quotidien. L’accès à l’éducation de base ou aux soins médicaux relève du parcours du combattant. Pour l’aînée de ces jeunes, âgée de 21 ans, poursuivre une formation professionnelle ou obtenir un contrat de travail légal est strictement inenvisageable, la condamnant au marché noir.

L’avocate Yusra Abdelatif, qui défend bénévolement plusieurs familles concernées (dont un bébé de six mois), multiplie les recours en vain. Face aux rejets systématiques de l’administration et après l’échec d’une ultime demande d’asile, elle a récemment alerté le secrétariat d’État aux Migrations et le Défenseur du peuple pour dénoncer ce traitement.

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Aujourd’hui, l’unique espoir de ces résidents fantômes réside dans la nouvelle procédure de régularisation extraordinaire portée par le gouvernement central. Toutefois, l’inclusion d’une clause spécifique pour les enfants nés à Ceuta n’a pas été retenue dans la dernière ébauche du texte de loi, menaçant de les maintenir indéfiniment dans ce vide juridique.