Expulsé de France après 20 ans, ce Marocain a risqué sa vie pour y retourner

- 12h00 - Maroc - Ecrit par : Nadia El Aoudani

Arrivé en France à 16 ans et pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance, Abdel Mounib y a vécu et travaillé pendant vingt ans avant d’être expulsé vers le Maroc. À 38 ans, il a tenté de rejoindre l’Europe à la nage, sans savoir nager.

Vingt ans de vie en France, puis un retour forcé au Maroc. Abdel Mounib n’avait que 16 ans lorsqu’il est arrivé à Grenoble en 2004. Pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du département de l’Isère, ce jeune Marocain a grandi, travaillé et construit sa vie dans l’Hexagone. Jusqu’en 2024, année où il a été expulsé vers son pays d’origine. Aujourd’hui âgé de 38 ans, il raconte son parcours à La Voix du Nord, qui l’a rencontré dans un camp de migrants à Ceuta.

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En France, Abdel avait obtenu un titre de séjour et enchaîné les emplois. Après une période de chômage, il avait retrouvé un CDI dans une brasserie. Le rachat de l’établissement par un autre propriétaire s’est accompagné d’une rupture conventionnelle. Son titre de séjour n’a ensuite pas été renouvelé. À 36 ans, il a été renvoyé au Maroc.

De retour dans la région d’Ouezzane, il sombre dans la dépression. Il passe ses journées à dormir, ne sort presque plus et supporte difficilement de se retrouver dans un pays qu’il avait quitté adolescent. Sa vie, ses habitudes et son parcours professionnel étaient désormais en France.

Une bouée fabriquée avec des bouteilles en plastique

Le 30 juillet, des vidéos annonçant l’ouverture de la frontière de Ceuta circulent sur les réseaux sociaux. Abdel décide de tenter sa chance. Vers minuit, il se présente au bord de l’eau avec un équipement de fortune : plusieurs bouteilles en plastique attachées entre elles avec le cordon de sa capuche.

« J’ai pris beaucoup de risques car je ne sais pas nager », raconte-t-il. Il attache cette bouée improvisée autour de sa taille et se jette à la mer. Pendant la traversée, un autre homme s’agrippe à lui et manque de l’entraîner sous l’eau.

Il parvient finalement à atteindre les rochers du côté espagnol. Des membres de la Guardia Civil tendent les mains aux migrants pour les aider à sortir de l’eau. Abdel découvre alors des corps recouverts de draps blancs et des familles à la recherche de leurs enfants. Quatre cadavres, affirme-t-il, sont restés gravés dans sa mémoire.

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Deux mois plus tard, Abdel vit toujours sur la plage du Trampolín, dans un abri de fortune. Blessé à la jambe, il partage le quotidien des migrants installés dans des campements précaires à Ceuta. L’homme qui possédait un emploi et un titre de séjour en France se retrouve désormais sans logement stable en Espagne.

Malgré cette situation, il refuse de retourner au Maroc. « Je connais plus la France que le Maroc », confie-t-il. Son objectif reste de regagner le pays où il a passé vingt ans de sa vie, de retrouver un emploi et de reprendre une existence tranquille.