Quand la France organisait le commerce du cannabis au Maroc

6 mai 2021 - 18h00 - France - Ecrit par : P. A

L’histoire coloniale révèle que le Maroc, sous protectorat français entre 1912 et 1954, servait de base à la France qui y organisait son commerce de cannabis à travers la Régie des tabacs et du kif.

La France n’a pas toujours été dans la dynamique d’interdire l’usage et la commercialisation du cannabis. Au contraire, elle a même organisé le commerce du cannabis au Maroc, alors sous protectorat français, en y installant la Régie des tabacs et du kif qui avait le monopole sur ce commerce jusqu’à l’indépendance du Maroc, rappelle Franceinfo. Ainsi, le commerce d’État du cannabis prit fin, mais la Régie qui était située à Tanger, continuait à transformer le cannabis et le tabac désormais destinés à la consommation locale, et à contrôler les terres marocaines allouées à la culture du tabac et du cannabis.

« La culture traditionnelle du cannabis, qu’on appelle le kif au Maroc, devient, au moment de la colonisation, un enjeu politique et économique, car elle est la deuxième recette des budgets coloniaux après les droits d’importation. Les différentes puissances européennes vont donc se battre autour du contrôle de l’Europe sur cette ressource. À la fois par intérêt économique, mais aussi par intérêt politique et stratégique : en contrôlant le monopole du cannabis, on contrôle de fait l’État. », explique Yann Bisiou, maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’université Paul-Valéry Montpellier 3, et auteur de l’ouvrage « Histoire des politiques criminelles : le cas des régies françaises des stupéfiants ».

« Il est intéressant de voir que les décisions ont toujours été prises sur un enjeu sécuritaire », développe Yan Bisiou qui ajoute qu’il « faudra attendre 1916 et la Première Guerre mondiale pour que soit votée une grande loi de prohibition ». En 1925, la France a interdit le cannabis en tant que stupéfiant, mais a autorisé sa forme mélangée au tabac, produite et vendue au Maroc par la Régie. Mais c’est finalement en 1970 que la France a voté une loi pour pénaliser l’usage des drogues y compris le cannabis, ceci après le décès tragique par overdose d’une jeune fille dans une boîte de nuit de Bandol.

Bladi.net Google News Suivez bladi.net sur Google News

Bladi.net sur WhatsApp Suivez bladi.net sur WhatsApp

Sujets associés : France - Drogues - Histoire - Cannabis

Aller plus loin

Cannabis : l’Europe doit aider à la mise en place de cette industrie au Maroc

La légalisation de la culture du cannabis au Maroc pour des raisons médicales et industrielles rendrait la vie meilleure à plus d’un million d’agriculteurs marocains. Il est...

Le cannabis et ses dérivés débattus à Tanger

La ville de Tanger abrite du 20 au 22 mai, le premier congrès marocain sur l’utilisation des dérivés du cannabis sous le thème  : « Y a-t-il des limites à la recherche...

Une importante quantité de cannabis marocain saisie en Seine-et-Marne

La police judiciaire de Meaux a procédé, samedi 6 mars, à la saisie de 814 kg de cannabis marocain stockés dans un entrepôt de Serris, et à l’arrestation de neuf trafiquants...

Cannabis médical : ce que va gagner le Maroc à l’échelle internationale

À l’heure où bon nombre de pays légalisent le cannabis à usage thérapeutique, le Maroc pourrait faire de même et tirer grand profit d’un marché mondial en pleine expansion.

Ces articles devraient vous intéresser :

Plan de sauvetage des monuments marocains après le séisme

Le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication, Mohamed Mehdi Bensaid, a assuré vendredi de la forte implication de son département dans le plan de reconstruction des sites historiques touchés par le séisme.

« L’Escobar du désert » fait tomber Saïd Naciri et Abdenbi Bioui

Plusieurs personnalités connues au Maroc ont été présentées aujourd’hui devant le procureur dans le cadre de liens avec un gros trafiquant de drogue. Parmi ces individus, un président de club de football.

"L’boufa", la nouvelle menace pour la société marocaine

Le Maroc pourrait faire face à une grave crise sanitaire et à une augmentation des incidents de violence et de criminalité, en raison de la propagation rapide de la drogue «  l’boufa  » qui détruit les jeunes marocains en silence.

"Lbouffa" : La cocaïne des pauvres qui inquiète le Maroc

Une nouvelle drogue appelée « Lbouffa » ou « cocaïne des pauvres », détruit les jeunes marocains en silence. Inquiétés par sa propagation rapide, les parents et acteurs de la société civile alertent sur les effets néfastes de cette drogue sur la santé...

« La marocanité du Sahara est irréfutable »

La souveraineté du Maroc sur le Sahara est irréfutable si l’on s’en tient aux documents royaux historiques, a affirmé jeudi Bahija Simou, la directrice des Archives royales, lors d’une conférence organisée par l’Association Ribat Al Fath pour le...

Boufa, la drogue qui terrifie le Maroc

Le Maroc mène des actions de lutte contre les drogues dont la « Boufa », une nouvelle drogue, « considérée comme l’une des plus dangereuses », qui « envahit certaines zones des villes marocaines, en particulier les quartiers marginaux et défavorisés. »

Pufa, la "cocaïne des pauvres" qui déferle sur le Maroc

Pufa, la « cocaïne des pauvres » s’est installée progressivement dans toutes les régions du Maroc, menaçant la santé et la sécurité des jeunes. Le sujet est arrivé au Parlement.

Le Maroc face à la menace de la « Poufa », la cocaïne des démunis

Le Maroc renforce sa lutte contre la « Poufa », une nouvelle drogue bon marché, connue sous le nom de cocaïne des pauvres », qui a non seulement des répercussions sociales, notamment la séparation des familles et une augmentation des suicides et des...