Huit ans d’attente, puis un nouveau report : le Maroc complique le calendrier entre Madrid et Alger

- 19h00 - Espagne - Ecrit par : Said A.

L’Espagne a décidé de reporter son sommet avec l’Algérie, prévu en octobre après huit années d’interruption. Une décision prise à quelques jours du déplacement de Felipe VI à Sebta et Melilla. Madrid invoque les prochaines élections, mais reconnaît aussi le poids des tensions avec le Maroc.

Le rapprochement était pourtant bien engagé. En juillet, Pedro Sánchez s’était rendu à Alger pour relancer les relations entre les deux pays, malmenées depuis quatre ans. Avec le président Abdelmadjid Tebboune, il avait convenu d’organiser à Madrid une rencontre entre les deux gouvernements, la première depuis 2018. Trois mois plus tard, le rendez-vous est remis à plus tard.

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Selon les informations du quotidien espagnol El País, confirmées jeudi 8 octobre auprès de sources gouvernementales, Madrid préfère désormais attendre les élections législatives anticipées du 29 novembre. Organiser un sommet aussi important à quelques semaines du scrutin n’aurait guère de sens, explique l’exécutif.

Sauf que le calendrier diplomatique s’annonce lui aussi compliqué. Mardi 13 octobre, Felipe VI et la reine Letizia sont attendus à Sebta, avant de rejoindre Melilla le lendemain. Une visite royale longtemps redoutée par Madrid en raison des réactions possibles du Maroc, et qui intervient après les tensions provoquées cet été par les arrivées massives de migrants à Sebta.

La crise de Sebta s’invite dans les relations avec Alger

Une source du gouvernement espagnol reconnaît d’ailleurs auprès d’El País que cette crise n’a pas facilité l’organisation de la rencontre avec Alger. Le sommet n’avait toutefois jamais reçu de date définitive, laissant à Madrid la possibilité de le repousser sans annuler un rendez-vous officiellement fixé.

L’enjeu dépasse largement une question d’agenda. En mars 2022, le soutien de Pedro Sánchez au plan marocain d’autonomie pour le Sahara avait provoqué une rupture brutale avec Alger. Les échanges commerciaux avaient été sévèrement perturbés, tandis que les livraisons de gaz algérien à l’Espagne étaient maintenues.

Depuis, les deux capitales tentent de renouer. Lors de sa visite de juillet, Sánchez avait notamment obtenu un accord pour augmenter les approvisionnements gaziers. Le gazoduc Medgaz, reliant directement l’Algérie à l’Espagne, dispose encore de capacités supplémentaires, tandis que les achats de gaz naturel liquéfié pourraient être doublés.

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Les intérêts économiques sont considérables. En 2025, les échanges entre l’Espagne et l’Algérie ont atteint 8,5 milliards d’euros, dont 6,3 milliards d’exportations algériennes, principalement énergétiques. Plus d’une centaine d’entreprises espagnoles sont également implantées sur le marché algérien.

À Alger, les autorités n’ont pas officiellement réagi au report. Un journal proche de la présidence a toutefois tenu à préciser qu’aucune visite de Tebboune en Espagne n’avait été programmée. La rencontre annoncée en juillet devait réunir les chefs de gouvernement des deux pays, et non leurs présidents.