Islam de France : Comment Alger et Rabat s’impliquent dans la bataille

- 10h22 - France - Ecrit par :

Engagés dans un bras de fer avec les islamistes, les pouvoirs algérien et marocain perçoivent dorénavant la France comme leur arrière-cour. Ils s’inquiètent d’y retrouver l’affrontement entre l’islam traditionnel et l’islam politique et internationaliste qu’incarne la mouvance des Frères musulmans.

Pour contrer l’hégémonie de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) lors des prochaines élections au Conseil français du culte musulman (CFCM) et sa progression parmi leurs ressortissants, les chancelleries ont tenté, une nouvelle fois en décembre, d’établir une entente entre la Mosquée de Paris (GMP, proche de l’Algérie) et la FNMF (proche du Maroc). Depuis, l’accord reste à géométrie variable, évoluant au gré des ruptures et des réconciliations. Mais un front commun contre l’UOIF se dessine.

Le report des élections du Conseil français du culte musulman est le fruit de ce rapprochement. Ce matin-là, les représentants de la FNMF arrivent remontés. Leur président, Mohammed Bechari, veut accroître sa capacité de négociation avec les autorités, alors qu’en coulisse se discute la répartition de trois « places fortes » de l’islam de France : le CFCM, la future Fondation des oeuvres islamiques et le contrôle de l’émission hebdomadaire de France 2 « Vivre l’islam ».

Dalil Boubakeur paraît confirmé dans son poste de président. Les rumeurs annonçant sa disgrâce auprès des autorités française et algérienne se sont tues et l’affable recteur s’est une fois de plus, semble-t-il, imposé comme le représentant d’un islam modéré. Chacun a dû accepter la donne.

Dans ce scénario, le Maroc refuse cependant d’être lésé et tente d’obtenir une place de choix dans la fondation ou, à défaut, de l’influence sur l’émission de télévision. Quant à Mohammed Bechari, il joue une double carte. Toujours menacé au sein de la FNMF, il sait son sort lié aux résultats des élections du CFCM. Il a besoin de gagner du temps pour mobiliser.

Dimanche matin, décidé à faire reporter les élections, il profite d’une modification du règlement électoral adoptée samedi et jugée trop favorable à l’UOIF pour mettre le feu aux poudres. La commission d’organisation avait résolu, en petit comité, d’accepter que soient représentées toutes les mosquées ouvertes au public avant le 7 mars.

La FNMF s’insurge : « Cela favorise les fraudes, les achats de garages transformés à la dernière minute en mosquées. C’est une mesure pour les organisations qui ont des liquidités. » La Mosquée de Paris, qui dispose surtout d’édifices anciens, l’approuve. La date limite d’homologation est finalement ramenée au 31 décembre 2004.

Mais l’épisode a nourri les soupçons : le ministère favoriserait l’UOIF. Ensuite, les rares représentants présents de la Mosquée de Paris se concertent et décident de s’associer à la FNMF pour voter le report des élections. Tous espèrent ainsi améliorer leurs fortunes électorales alors que les consulats d’Algérie et du Maroc commencent seulement à s’impliquer dans la bataille.

Le Figaro

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