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“Je tue et je découpe les corps des mécréants”

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3 août 2002 - 17h46 - Maroc

Avec une trentaine de jeunes islamistes, Youssef Fikri a décidé de combattre l’empire du mal et les impies. Il est vigoureusement convaincu qu’il a une seule et unique mission sur terre : "conseiller le bien et dissuader du mal". Il est devenu tueur en série

C’est l’arrestation d’un jeune voyou par la police de Tanger, le 24 juillet 2002, qui va mettre la Brigade nationale de la Police judiciaire (BNPJ) sur les traces du GIA marocain. L’interrogatoire minutieux du jeune malfrat a révélé sa véritable identité. Personne à Tanger ni à Casablanca ne soupçonnait que Youssef Fikri était l’émir de “Al Hijra wa takfir", un groupuscule islamiste extrémiste et violent qui a semé la terreur aux quatre coins du Royaume.

Radioscopie d’un gang à la mode islamiste. Aziz Assadi est un jeune notaire casablancais, porté disparu depuis septembre 2001 et dont le corps a été retrouvé dans un puits au quartier Bernoussi à Casablanca, après les aveux de Youssef Fikri. Selon le rapport du médecin légiste de la morgue de Casablanca, la victime a été égorgée au niveau de la nuque. Il a succombé quelques secondes plus tard au coup mortel de ses agresseurs. Triste fin pour un jeune notaire qui avait toute la vie devant lui.

Enlèvement

Aziz Assadi avait été enlevé sur le Bd Mohammed V à Casablanca, dans la nuit du 10 septembre 2001. Coïncidence macabre, c’était la veille des attentats du 11 septembre. À bord d’une Fiat Siena, retrouvée plus tard calcinée dans la forêt d’Ain Harrouda, un groupe de 5 personnes l’avait embarqué de force au quartier Bernoussi à Casablanca. Plus exactement à proximité de la résidence Anassi. Là, ils ont pratiqué sur lui toutes sortes de barbaries avant de l’exécuter. Selon le témoignage de Fikri, le regretté Assadi aurait résisté au chantage. Il a été tué pour ses idées marxistes. Auparavant, c’était le propre oncle de Fikri qui avait été assassiné car il sentait l’alcool.

D’autres viendront. Un couple résidant au Douar Sekouila, à Sidi Bernoussi, a été exécuté pour la simple raison qu’il était en perpétuelle querelle. Un policier de Salé, lui, parce qu’il était au mauvais endroit au mauvais moment. Il voulait, selon le témoignage de Fikri, intervenir pour arrêter un massacre. Les aveux de Fikri sont allés encore loin. Il a reconnu, sans aucune contrainte, 154 autres agressions perpétrées dans plusieurs villes du Royaume. Natif de Safi en 1978, yeux noirs, brun de teinte, 1m66 cm et 62 kilo, Fikri a installé, depuis 1999, sous sa férule 6 groupes armés, de 5 personnes chacun, qui sillonnaient inlassablement le pays pour appliquer la chariâa sur le champ. À l’actif de cet émir sans domicile fixe six meurtres avec préméditation : son oncle de Safi, le couple du Bidonville Sekouila, le policier de Salé, le notaire de Casablanca et son propre co-locataire à Nador.

Les références de cet émir, qui a quitté le collège sans décrocher le brevet, sont afghanes. Avec une trentaine de jeunes islamistes, il a décidé de combattre l’empire du mal et les impies. Il est vigoureusement convaincu qu’il a une seule et unique mission sur terre : Conseiller le bien et dissuader du mal. La manière importe peu.

Puisqu’il est décidé à mettre de l’ordre dans une société marocaine décadente. Comme ses confrères du mouvement “Sirat Al Mostaqim” qui avait mis fin aux jours d’un ivrogne, il y a quelques mois de cela à Casablanca, au quartier Sidi Moumen, il se propose de pallier les carences des services de l’ordre public. C’est ce qui explique d’ailleurs le classement de plusieurs plaintes de nombreux citoyens qui avaient eu à subir les foudres de ce rigorisme à la saoudienne.

Jugement

La BNPJ a procédé à la confrontation des 5 malfaiteurs avec quelques victimes qui avaient porté plainte contre X à l’époque, et qui ont reconnu les coupables. D’ailleurs les PV de la BNPJ révèlent que les fidèles de Fikri ont collaboré, sans aucune contrainte, à déterrer les corps de leurs victimes. Une manière d’exprimer haut et fort leur fierté de commettre leurs crimes.

Ils ont avoué également qu’ils étaient en contact permanent avec leur chef spirituel, un certain dénommé Bendaoud, herboriste de son état. Qualifié comme dangereux criminel par la police, ce dernier est toujours en cavale.

Exécution

Il est natif du Bidonville “Sekouila" à Casablanca, une sorte de gourou qui puise les fondements de son action dans ce qu’il appelle le Jihad. Ce dernier encourageait ses fidèles à confisquer tout ce qu’ils pouvaient trouver chez leurs victimes. Que ce soit de l’argent, des bijoux, de la marchandise de valeur, des cartes bancaires… Le vol, dans ce cas, est licite aux yeux des “moujahidines". Endoctrinés au point d’exécuter leurs proches parents, les fidèles du mouvement Al Hijra Wa Takfir du Maroc sont implantés dans toutes les villes du Royaume. On ne connaît pas exactement leur nombre ni quand et où ils vont frapper. Quelques portraits robots circulent, entre autres ceux de Damir et Bouzakar, au niveau de la BNPJ. Signalés dangereux, Ils sont tous ou presque, selon les éléments de l’enquête, natifs des milieux déshérités et leur niveau intellectuel est inférieur à la moyenne.

Ils ne regrettent rien. Ils sont convaincus qu’ils n’ont fait qu’appliquer la chariâa. Leurs sentences sont exécutées souvent la nuit et selon un simulacre de procès islamique. Devant ses justiciers, si “le mécréant" reconnaît ses péchés et demande le pardon, il est gracié et s’en sort avec une bonne raclée. Dans le cas contraire, il est exécuté par l’un des membres, habituellement l’émir du groupe, et abandonné comme une charogne sur les lieux du crime, les mains ligotées avec du fil de fer.

À l’opposé des islamistes softs, ceux de l’émir Youssef prêchent le djihad, recrutent de nouveaux combattants, des dizaines de jeunes pour les endoctriner, les former au combat, à la clandestinité et n’hésitent pas à faire la loi dans les quartiers périphériques. Les cinq membres du groupe arrêtés ont été déférés devant la Cour d’appel de Casablanca le mercredi 31 juillet 2002. Mais le gros de la troupe est toujours en cavale.

Source : Maroc Hebdo

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