L’Algérie et le Maroc sur le devant de la scène

- 12h53 - Maroc - Ecrit par :

Pour son dernier film sélectionné en compétition, le Français Jacques Doillon a planté sa caméra au Maroc pour un jeu de l’amour et du hasard en terre arabe. Frédéric, la quarantaine oisive, a fui la France suite à des histoires d’amours malheureuses et vit dans une grande demeure entouré par deux servantes toutes à la fois cuisinières et confidentes.

Il tombe amoureux de Raja, une très jeune fille venue travailler dans le jardin de la propriété. Raja s’en amuse tout d’abord, puis résiste car elle a un petit ami. Fred ne sait comment la séduire car Raja, qui vit dans un pays de culture arabe, n’a pas les mêmes codes amoureux que lui, ni la même langue. Raja, qui n’a personne à qui se confier car elle est orpheline, se laisse petit à petit envahir par cette passion douloureuse. Suit alors un chassé-croisé amoureux digne de Marivaux, où chacun, tour à tour, séduit l’autre, puis le repousse sans jamais trouver la voie qui lui ouvrirait la porte du bonheur. Raja, trop effrayée de s’écarter du droit chemin, un mariage avec un garçon de son âge, et Fred trop coupable d’avoir séduit et aimé une jeune fille sans défense. Jacques Doillon donne une nouvelle version des sentiments amoureux : peut-on s’aimer malgré les barrières de l’âge, du statut social, de la langue ? Le film est tourné en français pour Fred et en arabe pour Raja. La jeune Najat Bensallem, qui interprète Raja, en est à sa première apparition au cinéma, où elle joue avec beaucoup de sincérité et de conviction. Elle est d’ores et déjà sur les rangs pour un prix d’interprétation. A ses côtés, Pascal Gregory, acteur fétiche de Rohmer et Chéreau, apparaît en homme troublé par sa passion. De son côté, Amal Bedjaoui, d’origine algérienne, réalisatrice et productrice de son premier moyen métrage, Un fils, après trois courts métrages, a surpris par la dureté et la densité de son sujet (section Nouveaux territoires). Ce long métrage raconte Selim, un jeune homme à la dérive qui se travestit et se prostitue pour amasser de l’argent. Cet argent si durement gagné, il l’offre à son père pour qu’il puisse se payer l’opération chirurgicale dont il a besoin. Mais Omar se mure dans la solitude depuis la mort de sa femme et refuse non seulement l’argent mais la sollicitude de son fils dont il ne comprend pas le mode de vie à Paris. Lui, le travailleur émigré, a toujours suivi le droit chemin. Repoussé par son père et malgré l’amitié de Louise, sa compagne de jeux sexuels, il plonge dans le désespoir et la mort. Omar, qui découvre enfin le métier de son fils, comprend trop tard qu’ils auraient pu se comprendre et s’aimer. C’est une uvre forte, dense, presque trop car il manque quelques pauses pour laisser respirer les personnages. Amal Bedjaoui, formée à l’IDHEC à Paris et titulaire d’un DEA de cinéma, a attaqué son sujet sans tabou avec aussi beaucoup de talent. Elle nous fait aussi découvrir un acteur remarquable, Mohamed Hicham, qui a fait ses débuts dans Meilleur espoir féminin de Gérard Junot. A ses côtés, Hammou Graïa, dans le rôle du père, et la frêle Isabelle Picaud, qui donne à Louise beaucoup de sensibilité et d’humanité. Le soleil assassiné d’Abdelkrim Bahloul retrace la courte vie du poète Jean Sénac assassiné en 1973. Ce poète libre penseur et épris de liberté naquit en Algérie de mère espagnole. Il se considéra toujours comme algérien et participa à la guerre de Libération. Il lui fut bien vite reproché sa liberté de ton et de murs (il était homosexuel). Il sera expulsé de son logement, privé de son émission poétique à la radio algérienne, il perdit pied. Ce douloureux cheminement est vu par les yeux de Hamid et Belkacem, deux jeunes étudiants amoureux de théâtre et de poésie qui vont devenir les intimes du poète. Charles Berling est tout à fait formidable dans le rôle de Sénac, tour à tour enthousiaste, fiévreux, désespéré. Il donne à son personnage une intensité inoubliable. Medhi Dehdi (jeune Belge d’origine algérienne dont c’est le premier rôle au cinéma) et Oussini Emarek (comédien vivant en France et plus expérimenté) sont tout aussi sensationnels à la fois plein d’énergie avec la fougue de leur jeune âge. Le public italien qui a découvert Jean Sénac a vibré à cette histoire hors du commun. Produit par la France (Martine de Clermont Tonnerre), coproduit par la Belgique (les frères Dardenne) et, côté Algérie, par la Télévision algérienne et l’Année de l’Algérie, tourné en Tunisie et en Algérie, il est l’exemple de ce qui peut rapprocher les rives de la Méditerranée.
D. L. pour http://www.lematin-dz.net

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