Le Maroc accusé de « tuer à petit feu » l’agriculture espagnole
Le malaise grandit dans les campagnes espagnoles. Confrontés à une chute brutale de leur production et à une rentabilité en berne, les agriculteurs ibériques pointent du doigt un coupable tout désigné : la concurrence « féroce » des pays tiers, avec le Maroc en première ligne des critiques.
L’orange espagnole a le blues. Les prévisions pour la campagne 2025/2026 sont alarmantes : la récolte devrait chuter à 5,44 millions de tonnes, soit une baisse de près de 11 % par rapport à l’année précédente. C’est le chiffre le plus bas enregistré depuis seize ans. Face à cette hécatombe, les producteurs locaux dénoncent l’effet dévastateur des accords commerciaux de l’Union européenne qui ouvrent grand la porte aux importations.
À lire : Le Maroc va augmenter sa production d’orange Navel pour concurrencer l’Espagne
Pour les syndicats agricoles espagnols, la compétition est jugée insoutenable. Ils accusent le Maroc, l’Égypte et l’Afrique du Sud de pratiquer une concurrence déloyale en inondant le marché avec des fruits produits à moindre coût. L’argumentaire est rodé : une main-d’œuvre moins chère et une législation phytosanitaire jugée trop « laxiste » chez les voisins du Sud permettraient de casser les prix, indique El Debate.
La colère se traduit par des gestes désespérés. En Andalousie, des agriculteurs ont commencé à arracher leurs orangers, incapables de rivaliser. « Merci à nos politiciens de nous ruiner », ironise un producteur de Cordoue dans une vidéo devenue virale, expliquant que ses arbres ont désormais plus leur place au Maroc ou en Afrique du Sud qu’en Espagne.
À lire : L’Europe pourrait durcir l’entrée des agrumes marocains
Si le Maroc est une cible traditionnelle, l’Afrique du Sud cristallise aussi les tensions cette année. Depuis octobre 2025, les agrumes sud-africains entrent dans l’UE sans droits de douane. Résultat : les importations ont bondi de 42 %.
Une ouverture qui pose aussi des questions de sécurité sanitaire. À peine dix jours après la levée des barrières douanières, un lot de clémentines sud-africaines a été épinglé par le système d’alerte européen pour un taux excessif de pesticides, renforçant l’argumentaire des Espagnols sur le manque de réciprocité des normes.