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Maroc : arabe ou français ?

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20 août 2019 - 14h40 - Culture

Interviewé par l’hebdomadaire Jeune Afrique, l’écrivain franco-marocain, Tahar Ben Jelloun, a donné son opinion sur le système éducatif au Maroc. Tout en reconnaissant que l’arabe classique est délaissé au profit des langues étrangères, l’auteur pense que la connaissance de plusieurs langues est également à l’avantage de l’élève.

"L’enseignement des matières scientifiques en français s’impose. Cela ne veut pas dire qu’on abandonne l’arabe classique", fait remarquer le poète et peintre franco-marocain. Toutefois, il reconnaît que le bilinguisme est une réalité au Maghreb. Pour le lauréat du Prix Goncourt, avec son roman, ’’La nuit sacrée’’, on ne devrait pas en faire un problème. "Plus on apprend de langues, mieux ça vaut", assure-t-il.

En réaction à la comparaison de la langue française à un "butin de guerre" par Kateb Yacine, l’auteur marocain de 74 ans croit comprendre son collègue algérien qui, selon lui, très jeune, a assisté au massacre de Sétif en 1945. "C’était le début de la guerre... Il (Kateb Yacine) dit que la langue n’appartient pas aux militaires mais à ceux qui s’en emparent pour dire l’intolérable, pour dénoncer la colonisation de l’Algérie, pour réclamer l’indépendance et la dignité". En revanche, il ne manque pas de faire observer que celui-ci demeure l’auteur maghrébin qui a le plus utilisé ce "butin de guerre", en référence à son roman, ’’Nedjema’’, paru en 1956, qui, pour le Franco-marocain, méritait d’obtenir le Nobel. "C’est un grand écrivain, un grand poète, un grand homme", fait observer Tahar Ben Jelloun.

Si, au Maroc, comme en Algérie, beaucoup d’auteurs maghrébins ne sont pas enseignés dans les classes, Ben Jelloun rappelle que la scène littéraire française, en revanche, fait une place non négligeable aux auteurs maghrébins, comme Boualem Sansal, Kamel Daoud, Hédi Kaddour, Fouad Laroui et Meryem Alaoui. "Même si la littérature arabe dans sa diversité n’est pas bien connue en Europe, la France, avec la Corée du Sud, est l’un des pays qui traduit le plus de littérature dite étrangère", fait-il remarquer.

Au regard de la sacralité de la langue arabe, l’auteur franco-marocain n’a de cesse de reconnaître que cette langue ne lui aurait pas permis d’aborder un certain nombre de sujets, dont la sexualité. "Il est vrai que lorsque j’ai commencé à écrire, il me semblait difficile de dire certaines choses en arabe, notamment, dans le domaine de la sexualité. Je n’en étais pas capable, ce qui ne veut pas dire que des écrivains égyptiens ou irakiens n’ont pas abordé ces questions. Je me disais à l’époque que l’arabe était une langue sacrée". De nos jours, il estime que les choses ont évolué, "l’arabe est une langue qui peut évoluer et inventer de nouveaux concepts", conclut-il.

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