Maroc : dans le Rif, la fin de la peur pour les anciens forçats du cannabis
Des milliers de paysans du Rif quittent la clandestinité grâce à la culture encadrée de la marijuana. Si ce basculement vers l’économie formelle offre une sécurité inédite, le secteur naissant doit encore cohabiter avec un puissant marché noir et surmonter des défis logistiques.
Pour Mohamed Makhlouf, interrogé pat Associated Press, le bruit d’un moteur sur la route voisine n’est plus synonyme d’angoisse. Après des décennies à redouter la prison ou la destruction de ses récoltes, ce cultivateur de 70 ans travaille désormais à visage découvert. Ses plants, visibles depuis la route dans les montagnes du Rif, sont destinés officiellement à une coopérative. C’est la fin d’une clandestinité épuisante pour rejoindre la légalité. « La légalisation, c’est la liberté », résume-t-il. « Si vous voulez que votre travail soit propre, vous travaillez avec les entreprises. »
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Ce virage, amorcé législativement en 2021, vise à intégrer une population rurale marginalisée. Pour beaucoup, comme Abdelsalam Amraji, c’est une question de survie économique : les essais de cultures alternatives comme le blé ou les noix n’ont jamais été rentables. Si le marché légal rapporte parfois moins que le trafic, la sécurité prime. « Gagner de l’argent dans l’illégalité apporte la peur. Quand tout est légal, rien de tout cela n’arrive », assure-t-il.
L’État tente d’accélérer cette normalisation. En 2024, le roi Mohammed VI a gracié plus de 4 800 agriculteurs condamnés pour faciliter leur réinsertion. L’Agence de régulation (ANRAC) a délivré 3 371 licences l’an dernier pour une production avoisinant les 4 200 tonnes. La récolte alimente désormais une industrie de transformation (CBD, cosmétiques, chanvre industriel), créant un écosystème d’emplois qui dépasse le simple travail agricole.
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La transition reste toutefois complexe. Le marché licite, qui couvre 5 800 hectares, pèse encore peu face aux 27 100 hectares de cultures illégales recensés. Des tensions ont d’ailleurs éclaté en août dans la province de Taounate, où des agriculteurs ont manifesté pour réclamer leurs paiements en retard. Comme le note un rapport international, les deux économies « coexistent » pour l’instant. Reste que pour les bénéficiaires, le changement est radical : « Le cannabis est légal maintenant, tout comme la menthe », s’étonne encore Abdelsalam Amraji.