Montée de la criminalité, faut-il s’inquiéter ?

- 01h15 - Maroc - Ecrit par : L.A

Les Marocains ont-ils des raisons de s’inquiéter de la montée de l’insécurité dans les villes ? Il ne se passe pas un jour, en effet, sans que la presse quotidienne ne relate en manchette des affaires de criminalité où des citoyens sont lynchés, d’autres victimes de vol à l’arraché, où des bandes armées d’épées se mettent, pour une raison ou une autre, à terroriser la population dans cerains quartiers. Des bus sont attaqués à Casablanca par des bandes de malfaiteurs armés de coutelas, qui délestent les passagers de tous leurs objets de valeur ou de leur argent puis prennent la poudre d’escampette.

Faits divers isolés sans conséquence sur la sécurité générale des citoyens ? Ce serait sans doute le cas si la fréquence de ces méfaits n’était devenue quasi quotidienne. 28 novembre 2007, une demeure sis quartier Moulay Smaïl à Salé (une ville réputée pour son taux de criminalité supérieur à la moyenne nationale) est l’objet d’une attaque menée à 23 heures par une bande de six personnes armées d’épées. Deux habitants de la demeure sont grièvement blessés, les autres membres de la famille, surpris par l’ampleur de l’attaque, se mettent à crier au secours. Ce sont les voisins qui accourent pour sauver la maison attaquée et intercepter trois des six assaillants pour les livrer à la police. Règlement de comptes, explique l’un des témoins. « A Salé, on en voit tous les jours », dit-il.

On ne compte plus le nombre de vols à l’arraché de sacs à main, de GSM, et d’agressions dans la rue contre des personnes pour les dépouiller. Les parents se plaignent d’agressions perpétrées devant les établissements scolaires contre leurs enfants par des malfaiteurs armés d’objets tranchants, si bien que nombre de ces établissements recourent à des vigiles pour veiller à leur sécurité. De même, les établissements bancaires renforcent de plus en plus leur dispositif de sécurité pour se prémunir contre d’éventuelles attaques.

Une bonne part des faits recensés relève de la petite et moyenne criminalité

Il faut dire que l’année 2007 a été celle des braquages de banques. Les assaillants n’hésitent plus à brandir coutelas, épées, voire des armes à feu pour accomplir leur forfait. Ainsi, plusieurs banques, à Tanger, Casablanca, Nador, Tétouan ont été l’objet de hold-up spectaculaires, signe que le grand banditisme n’épargne plus le pays. L’un de ces hold-up, à Mohammédia, a particulièrement défrayé la chronique : le 6 décembre 2007, plusieurs malfaiteurs encagoulés, munis d’armes à feu et d’une bombe lacrymogène, se sont introduits dans une agence bancaire d’Attijariwafa bank pour s’emparer de 169 000 DH. Sept d’entre-eux ont été arrêtés quelques jours plus tard et déférés devant les tribunaux, mais un climat de psychose s’est emparé des milieux financiers, et des entreprises spécialisées dans le transport de fonds, et qui craignent désormais le pire.

A-t-on constaté objectivement, chiffres à l’appui, une recrudescence du taux de criminalité au Maroc ? Oui, si l’on en croit Chakib Benmoussa, ministre de l’intérieur, venu, le 28 novembre dernier, exposer devant la Chambre des représentants le bilan de la criminalité au Maroc dressé par ses services pour les neuf premiers mois de 2007. En hausse de 13 % par rapport à la même période de l’année 2006 (année qui avait connu elle-même une augmentation de 2% par rapport à 2005, selon les statistiques officielles), la criminalité s’aggrave, urbanisation effrénée oblige, explique le ministre, davantage dans les grandes villes que dans les campagnes. En tout, 240.000 plaintes ont été déposées au cours de cette période, dont 90 % ont été suivies (ont fait l’objet de poursuites judiciaires), et dont une bonne partie (62.023) pour atteinte aux mœurs.

Ces chiffres reflètent-ils l’état de la criminalité au Maroc ? Disent-ils toute la vérité ? Difficile de le savoir : dans tous les pays, les services de sécurité, notent les criminologues, ne lèvent que partiellement le voile sur le nombre des crimes commis pour ne pas alarmer l’opinion publique, et le Maroc n’échappe pas à la règle. C’est l’avis de Mohamed El Azhar, professeur de criminologie aux facultés de droit de Casablanca et de Mohammédia, et auteur d’un livre sur le sujet intitulé Principes de la science de la criminologie. Dans beaucoup de pays, affirme ce spécialiste à La Vie éco, « on rechigne, pour des considérations sécuritaires, politiques ou touristiques, à divulguer les chiffres réels sur la criminalité. A l’instar de nombre d’entreprises qui ne révèlent jamais leur vrai comptabilité pour échapper au fisc, ou pour obtenir des crédits bancaires. »

Si les 240.000 plaintes recensées par le ministre de l’intérieur ne disent pas tout, une chose est sûre : une bonne part des actes criminels ne franchissent pas la porte des tribunaux, les victimes renonçant souvent à porter plainte, et la majorité d’entre eux « relèvent de la petite et moyenne criminalité. Le Maroc n’est pas un pays où le grand banditisme a droit de cité. La grande criminalité, structurée en bandes armées, en bandes de trafiquants de drogues aux ramifications internationales..., ne constitue pas plus de 3 à 4 % de actes criminels », affirme pour sa part Abderrahim Jamaï, avocat au Barreau de Rabat et président de l’Observatoire marocain des prisons (OMP). De même, il doute fort, contrairement à ce qu’avance le ministre, que ce soient les atteintes aux mœurs qui arrivent en tête dans le registre de la criminalité marocaine, mais bien le vol à main armée ou à l’arraché et les attaques contre les individus. Ce dont est sûr cet avocat, en revanche, c’est que « le baromètre de la criminalité est monté sérieusement de 2000 à 2007. Il n’y a qu’à regarder les effectifs dans les prisons qui vont crescendo d’année en année. Et ce sont les jeunes de moins de trente ans qui sont les principaux auteurs de cette criminalité. »

La pauvreté ne rend pas forcément criminel, il y a en plus la pauvreté culturelle et éducative

Les causes de la criminalité, quant à elles, sont connues : précarité, chômage, drogue, difficultés sociales et scolaires d’une jeunesse frustrée et mal comprise, désintégration familiale suite à un divorce ou au décès de l’un des parents. La rue accueille chaque année une armée de délinquants potentiels dont certains deviendront des criminels aguerris. Mais la pauvreté d’un homme, soutient M. El Azhar, « ne le rend pas forcément criminel : il y a la pauvreté culturelle aussi et le manque d’éducation. L’immigration clandestine ne touche pas seulement les pauvres. Ceux qui partent cherchent désespérément une vie meilleure que leur font miroiter quotidiennement les chaînes satellitaires ».

Insuffisance des effectifs des forces de sécurité

Une autre raison à cette recrudescence est invoquée par un cadre de la DGSN : les effectifs des agents de sécurité sont insuffisants et certains quartiers périphériques de Casablanca sont abandonnés à leur sort. Selon certaines sources, « les 40.000 agents de police en fonction ne peuvent assurer la sécurité de 30 millions d’habitants, sans parler des moyens dérisoires de lutte contre la criminalité mis à leur disposition, et de leur démotivation en raison de leurs bas salaires. »

L’approche sécuritaire est-elle suffisante ? La dernière mesure en date dans le dispositif de lutte contre la criminalité est la promulgation de la loi 27-06, relative aux activités de gardiennage et de transport de fonds, qui donne le droit aux agents de sécurité privés chargés du transport de fonds de porter des armes pour se défendre contre le braquage. Pour certains, cette loi vient à point nommé pour tranquilliser milieux financiers et sociétés de gardiennage qui, sans armes, sont vulnérables face à des bandes organisées. Les services de sécurité de l’Etat, eux, ne voient pas d’un bon œil l’usage d’armes à feu par des agents privés. Au ministère de l’intérieur, une commission a été constituée en décembre 2007 pour étudier les modalités d’application de cette loi, et la DST aurait, selon le quotidien arabophone Assabah du 15 janvier courant, « proposé que les candidats au port d’armes à feu appartenant aux sociétés de transport de fonds soient encadrés et entraînés par les services de sécurité de l’Etat. Lesquels auraient le pouvoir de les maintenir ou de les suspendre selon les rapports reçus à leur propos. » Cette mesure est-elle réaliste avec tous les risques liés au terrorisme ? Rien de moins sûr, et ladite loi ne sera sans doute pas appliquée avant qu’un texte réglementaire ne vienne fixer les modalités de sa mise en œuvre.

Rachid El Mounacifi, président de l’Association professionnelle des agences de sécurité au Maroc (APASM), riche d’une longue expérience dans le domaine de la sécurité privée dans plusieurs pays européens (et qui a obtenu un diplôme d’études approfondies en sécurité en Suède), n’est pas non plus favorable au port d’armes à feu en dehors de la sécurité officielle. Pour lui, cette loi, si elle est imparfaite, constitue néanmoins une base de travail. « La sécurité privée a des limites, dit-il, et elle est encore très jeune au Maroc. Même dans les pays à longue expérience dans le domaine, on lui refuse parfois les armes à feu. Les transporteurs de fonds sont souvent attaqués par des bandes armées, et celles-ci deviennent encore plus agressives si elles font face à un adversaire armé. Mieux vaut que ces transporteurs de fonds changent constamment leur stratégie et leur tactique pour dérouter l’adversaire ».

La vie Eco - Jaouad Mdidech

  • Le grand banditisme frappe le Maroc

    En moins d'un mois, des cambriolages et tentatives de braquage de banques ont été signalés à Casablanca, Mohammedia, Kenitra, Rabat et Tanger. Le phénomène prend de plus en plus d'ampleur malgrés la sécurité des agences bancaires et des transports de fonds, délégués à des sociétés privées de sécurité.

  • 500 milliards de DH de dépôts et 378 milliards de crédits à fin 2007

    Les chiffres du secteur bancaire à fin 2007 font état d'une progression significative des principaux indicateurs d'activité des banques. Selon le dernier reporting du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), les ressources bancaires se sont établies à 521,8 milliards de DH, dont près de 500 milliards de dépôts de la clientèle (95,5%), en hausse de 17,1% par rapport à fin 2006.

  • Le taux de pénétration d'Internet au Maroc ne dépasse pas 1,72%

    Au Maroc, 20 millions de personnes sont des abonnés au mobile, près de 2,393 millions abonnés au fixe et 526 080 abonnés à l'Internet. C'est ce qu'a annoncé dans un communiqué, l'Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT). En ce qui concerne les abonnés aun mobile, l'ANRT a précisé qu'au terme de l'année 2007, ils ont atteint 20.029.300, soit une croissance annuelle de 25%.

  • 3.676 morts sur les routes marocaines en 2007

    Dans un communiqué, l'Observatoire national de la sécurité routière précise que le bilan des dix premiers mois de 2007 a connu une hausse de l'ensemble des indicateurs relatifs aux accidents de circulation, notamment du nombre des accidents (+9,02 pc), du nombre des tués (+1,80 pc), du nombre des blessés graves et légers avec respectivement +0,40 pc et +9, 31 pc.

  • La criminalité en hausse de 3,46% en 2009

    La criminalité au Maroc a augmenté de 3,46% en 2009 et la Marocaine en est la principale victime selon le ministre de l'Intérieur Taib Cherkaoui.

  • Recettes touristiques : 54,1 milliards de DH à fin novembre

    A fin novembre 2007, le volume des nuitées enregistrées par les établissements d'hébergement touristique classés, a progressé de 4% par rapport aux 11 premiers mois de 2006. Au total, 15,8 millions de nuitées ont été recensées contre 15,2 un an avant. Le dernier rapport sur les statistiques du tourisme publié par la tutelle indique que les résidents marocains ont généré près de 20% de ces nuitées, le reste provenant des non-résidents.

  • Hausse de 600% de drogue saisie dans le nord du Maroc en 2007

    La quantité des stupéfiants saisis en 2007 par les services de douane au niveau de la Wilaya de Tétouan, dans le nord du Maroc, a connu une hausse de 600% par rapport à 2006.

  • En 2007, ce sont les Russes qui se sont intéressés le plus au tourisme marocain

    En 2007, ce sont les Russes et les habitants des pays de l'Est qui se sont intéressés le plus au tourisme marocain. Avec une hausse de 52 % par rapport à l'année 2006, le nombre de touristes en provenance de cette région du monde a atteint les 85.000 en 2007. Et c'est ce nouveau marché qui a connu la plus forte progression. En effet, les marchés prioritaires ont enregistré une hausse de 12 %, passant de 2,761 millions de touristes à 3,1 millions de touristes lors de l'exercice précédent.

  • Sécurité renforcée autour des écoles marocaines

    Kenza, 13 ans, a peur d'aller à l'école. Après avoir été agressée et dépouillée de son cartable et GSM, elle refuse de se rendre ou de revenir seule du collège. Pourtant, l'école est en principe un lieu où l'on devrait se sentir en sécurité. Seulement, ces dernières années, les établissements scolaires sont la proie de délinquants. Les faits divers et les histoires que se racontent les familles sont légion. Régulièrement, des articles de presse paraissent sur le sujet. Le phénomène est en tout cas sérieux et préoccupent personnel pédagogique, psychologues et parents.

  • Les mariages ont augmenté de 9% en 2007

    Quelque 297.660 actes de mariages ont été conclus au Maroc en 2007 contre 272.989 en 2006, soit une augmentation de 9,04 pc. Quelque 18.751 jugements de validation des mariages ont été également rendus l'année dernière par les tribunaux contre 16.832 en 2006, soit une augmentation de 11,40 pc.