Histoire d’un MRE plombé par le foncier

30 juillet 2008 - 10h11 - Ecrit par : L.A

Après un été chaud, festif et chaleureux, un autre Maroc dévoile sa face pour Abdeslam Zouitine et ses deux frères. En 1994, il décide de revenir s’installer au Maroc, monter une affaire à Casablanca et quitter définitivement la ville de Toulouse. Après une brillante carrière dans l’automobile, où ce natif de Fès (1956) a tout gagné ou presque, il passe sa vie à recueillir les diplômes, certificats, agréments et brevets. « Il est très difficile pour les émigrés de réussir dans l’automobile. Pour moi, la persévérance a fini par payer », explique-t-il.

En 1976, après un passage chez Ford, Caterpillar et General Motors, il rejoint Alpha Romeo où il occupe le poste de metteur au point et formateur. Quelques années après, il intègre l’équipe Ferrari, en tant que carburologue, motoriste (réfection boîte à vitesse) et essayeur unique des voitures après réparation. Il était aussi assistant technique pour les voitures de course (Formula 1). En 1983, il quitte la maison italienne pour créer Star Auto, une PME familiale spécialisée dans l’achat et la vente des voitures, et les services liés à l’automobile. Accompagné de ses deux frères, Abdeslam Zouitine dirige Star Auto avec brio. En 1988, l’entreprise est élue meilleur agent Renault et décroche la médaille d’or. Elle se classe, aussi, 2e en France en financement automobile.

Après les voitures, la famille Zouitine crée une autre société qui gère un restaurant marocain et une boucherie « Halal ». « Les voitures nous ont permis de nous lancer dans la promotion immobilière aussi », annonce-t-il. La famille Zouitine s’est spécialisée dans la location. Il possède une dizaine d’appartements à Toulouse et « 4 autres sont en cours de réalisation », se félicite-t-il.

Réservé aux Marocains !

Si les choses se passent bien en France, elles sont nettement différentes au Maroc. « On est venus 2 ou 3 fois au Maroc, on ne connaissait strictement rien de ce pays à l’époque », se souvient-il. Les frères Zouitine sont venus avec l’idée d’investir dans un grand garage spécialisé dans les grosses cylindrées. Ils avaient prévu ouvrir en parallèle un centre de formation dans les métiers de l’automobile. « Nous avons voulu partager notre expérience avec nos compatriotes », précise-t-il.

Un investissement de plusieurs millions de dirhams avec l’emploi « permanent » de 83 personnes. Ils importent le matériel et la technologie nécessaires (les machines moisissent maintenant dans un garage à Casablanca) pour se lancer dans l’affaire. Les prix du foncier à Casablanca dans les années 90 étaient exorbitants, comme encore aujourd’hui d’ailleurs. Devant cet obstacle, ils font une demande d’un terrain domanial. « Nous avons répondu à toutes les formalités, suivi toutes les procédures », se rappelle amèrement Abdeslam Zouitine. « Un haut fonctionnaire m’a répondu, un jour, que seuls les Marocains pouvaient bénéficier de ces terrains, comme si j’étais un étranger », informe-t-il. Ses deux frères ont fini par se décourager et rebrousser chemin. Lui, il insiste. Il a rencontré plusieurs ministres, et des hauts fonctionnaires qui gèrent le foncier public au Maroc. « Les services domaniaux m’ont répondu qu’il n’y a plus de terrain à Casablanca, j’ai, alors, fait ma propre enquête, et j’en ai trouvé trois qui correspondent à mon projet », lance ce père de famille.

Et même Abderrahmane Youssoufi, Premier ministre à l’époque, lui avait promis que sa demande sera traitée, mais en vain. Devant une bureaucratie excessive, il décide d’écrire une lettre et la garder dans sa voiture, en attendant de rencontrer le Roi. Chose faite. Il rencontre le Souverain dans un boulevard de Casablanca, et lui remet en main propre sa demande. « Le lendemain, une personne m’a contacté pour me proposer une place dans le quartier industriel, et j’ai expliqué que mon business doit être situé à bord d’une grande route, et la personne m’a dit qu’on me rappellera », explique-t-il. Depuis, plus de nouvelles. Entre-temps, Abdeslam Zouitine a ouvert une entreprise d’importation de pièces détachées (La Centrale de l’occasion) « parce qu’il fallait bien vivre ». Dans un secteur ravagé par l’informel, la nouvelle entreprise boit la tasse. Aujourd’hui, il travaille seul, en faisant l’expertise des voitures aux comptes des banques de leasing pour payer ses factures.

Abdeslam Zouitine estime ses pertes et celles de ses frères, depuis le retour au pays, à près de 6 millions de dirhams. « Des centaines de Marocains de l’étranger, très motivés, rêvent de rentrer et d’investir au Maroc, mais ils ont peur, très peur, et je pense que c’est leur droit », conclut-il.

Source : L’Economiste - A. El Yaakoubi

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