« Nous voulons un débat politique, non des allusions »

- 05h03 - Maroc - Ecrit par :

Aboubakr Jamaï est directeur de la publication du Journal Hebdomadaire (Maroc). L’éditorial de dernière livraison évoque la « réforme » d’un système où l’autorité monarchique est fondée sur la confusion entre les pouvoirs politique et religieux.

Cet hebdomadaire a déjà été interdit de parution en 2000 et son staff dirigeant bat les records de condamnations et d’amendes.

Le Journal Hebdomadaire a lancé, dimanche, un débat sur « l’immuabilité » du régime politique marocain et ses fondements religieux. Qu’est-ce qui a motivé cette « sortie » ?

Ce n’est pas une première. D’autres journaux ont parlé de l’immuabilité dans le pouvoir. Pour ce dernier éditorial, nous avons rebondi sur le changement du ministre des Waqf (affaires religieuses), qui avait tenu dans son poste pendant... 20 ans. C’était très significatif comme événement. Un bon prétexte pour aborder le sujet. Les gens doivent prendre conscience qu’il n’y a rien de magique, d’absolu dans le pouvoir. Que ce n’est qu’une affaire politique. C’est tout.

Les autorités ont retardé la parution de ce numéro quelques heures...

Les autorités ont les moyens de connaître la « Une » des journaux avant leur impression. Chose inadmissible et inacceptable ! La Une du Journal-Hebdomadaire de dimanche portait un grand titre : « Le Roi est Dieu ». Pour les autorités, il fallait bloquer la sortie du journal qui portait un tel titre. La mention de débat autour du principe du « commandeur des croyants » ne pouvait pas les laisser tranquilles. Samedi, la police secrète s’est déplacée chez l’imprimeur et le distributeur. Mais elle s’est rendu compte que l’éditorial n’était ni diffamatoire ni gratuit. Elle a alors lâché prise. Nous restons dans la limite de la loi marocaine, même si toute la presse est unanime à dénoncer la nouvelle loi sur l’information.

A part la « visite » des services secrets, quels ont été les échos après la parution de votre éditorial ?

Au Maroc, la presse prend un certain temps avant de réagir. C’est plutôt les lecteurs qui donnent ce feed-back. Les gens nous appellent de plus en plus depuis avant-hier. Le citoyen est conscient qu’il est libre. La question du pouvoir l’intéresse. Les autorités ne réagiront pas de manière directe ou officielle. Il faut décrypter les messages dans les déclarations et les interviews de hauts responsables. Des messages par allusions. C’est dommage. Je souhaite qu’il y ait débat autour de cette question.

Vous n’êtes pas à votre premier « coup » de force avec le pouvoir marocain. Ne craignez-vous pas des représailles ? Une fragilisation financière par exemple de votre journal ?

L’éditorial est l’identité même du journal. On ne peut la changer. Notre travail est de permettre au citoyen de mieux appréhender son environnement et ses enjeux. Le pouvoir politique est un enjeu important. C’est une priorité. On ne peut pas faire l’impasse sur ce sujet.

Quel regard portez-vous sur l’expérience médiatique en Algérie ? Peut-on comparer cette donne avec la donne marocaine ?

Je me méfie des comparaisons. Le mérite de la presse algérienne est d’avoir créé des espaces de liberté et de les défendre avec acharnement. Au Maroc, nous avons le journal satirique Demain qui se permet des choses vraiment fortes. Par contre, les médias audiovisuels marocains sont une calamité. Il règne en leur sein une telle répression de l’expression ! La presse écrite se porte mieux. Au Maghreb, la tendance va vers le gain de plus d’espaces de liberté. Dommage que cela se fasse sans l’aval des gouvernants.

Par Ad. M.

El Watan du 4 décembre 2002

  • Le nouveau gouvernement déçoit la presse indépendante

    La formation du nouveau gouvernement au Maroc dirigé par le Premier ministre Driss Jettou est accueilli vendredi avec déception par plusieurs titres de la presse indépendante marocaine.

  • Un an de prison pour souhaiter une monarchie qui "règne sans gouverner"

    Un militant de la Gauche socialiste unifiée (GSU), Mohamed Loukah, a été condamné à un an de prison ferme à Berkane (nord-est) pour avoir plaidé en faveur d'une monarchie qui "règne mais ne gouverne pas" au Maroc, a rapporté samedi Le Journal Hebdomadaire.

  • Regain d'inquiétude pour la liberté de la presse au Maroc

    Divers incidents mettant en cause la liberté de la presse ont suscité de sérieuses inquiétudes, notamment dans les principaux hebdomadaires marocains, quant à l'intention des autorités de s'en prendre à des journaux indépendants sous prétexte qu'ils porteraient atteinte aux "institutions sacrées" du royaume.

  • Le Maroc ou La fin de la politique ?

    Le choc, c'est d'abord la presse. Foisonnante, accrocheuse, un peu brouillonne parfois, elle déborde des étals et envahit les trottoirs, vendue à même le sol sur les avenues des grandes villes. Pour qui a connu le Maroc des années soixante-dix et quatre-vingt, quel changement, quelle révolution ! Les titres donnent le tournis.

  • Lalla Salma, épouse du roi Mohammed VI

    Lalla Salma, épouse du roi Mohammed VI, a été désignée lundi "personne de l'année" 2002 par l'hebdomadaire marocain Tel Quel pour "son apparition en public, son origine populaire et son caractère".

  • Le Maroc consolidera la liberté de la presse, assure un ministre

    Le Maroc entend consolider la liberté de la presse et écarter la censure qui ne constitue "pas une solution", a assuré lundi à Rabat le ministre marocain de la Communication, Nabil Benabdellah.

  • "Lettre ouverte" au roi du Maroc pour éradiquer la corruption dans l'armée

    Une "lettre ouverte" adressée au roi du Maroc Mohammed VI, publiée dimanche dans un hebdomadaire indépendant, appelle le souverain à "éradiquer" la corruption dans l'armée et à répondre aux revendications d'un "comité d'officiers libres" qui s'est récemment fait connaître.

  • Deux journalistes du Journal Hebdomadaire interrogés par la police

    Deux journalistes marocains du Journal Hebdomadaire ont été retenus pendant trois heures mercredi par la police et interrogés à propos de révélations sur des scandales financiers publiées dans le dernier numéro de cette revue, a déclaré à l'AFP la direction du journal.

  • Maroc : Le Journal Hebdomadaire va attaquer en justice la DST

    La publication marocaine Le Journal Hebdomadaire a annoncé jeudi à Casablanca sa décision de poursuivre en justice la Direction de la surveillance du territoire (DST, contre-espionnage marocain) pour avoir "arrêté arbitrairement", la veille, deux de ses journalistes.

  • Enquête sur un dérapage judiciaire au Maroc

    Alors que la guerre contre l'Irak se prépare, trois Saoudiens et sept Marocains sont jugés à Casablanca, accusés d'avoir voulu faire sauter des navires de guerre américains. Selon "Le Journal", ils auraient été torturés.