Sans papiers, ce Marocain travaillait jusqu’à 60 heures par semaine et dormait derrière l’épicerie

- 05h00 - France - Ecrit par : Betty de G.

Un jeune Marocain sans papiers affirme avoir travaillé jusqu’à dix heures par jour dans une supérette de l’Essonne. Il dormait sur un canapé dans l’arrière-boutique, dans l’espoir que cet emploi lui permette un jour de régulariser sa situation en France.

Le jeune homme a été employé et hébergé entre 2022 et 2024 par le gérant d’une épicerie de Boutigny-sur-Essonne. À l’audience, il a expliqué avoir accepté ces conditions parce qu’il voulait travailler, construire son avenir en France et obtenir ses papiers grâce à cet emploi, rapporte Le Parisien.

Selon son récit, il travaillait six jours sur sept, parfois pendant dix heures au cours d’une même journée. Son avocate estime que son temps de travail dépassait 60 heures par semaine et accuse l’employeur de n’avoir respecté aucune de ses obligations.

Le Marocain ne disposait pas non plus d’un véritable logement. Il dormait sur un canapé dans un local situé à l’arrière du commerce. Les conditions d’hébergement ont été décrites devant le tribunal comme particulièrement dégradées.

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La situation a été découverte lors d’un contrôle du Comité opérationnel départemental antifraude dans la supérette. Les agents ont alors constaté que le salarié sans titre de séjour travaillait dans le commerce et vivait directement sur place.

L’affaire rappelle celle d’un boulanger marocain qui avait raconté quatre années d’exploitation en France. Lui aussi disait avoir supporté des horaires très lourds et un logement indigne dans l’espoir d’obtenir une régularisation par le travail.

L’ancien employeur conteste son récit

Le gérant de l’épicerie, âgé de 75 ans, a comparu mardi 15 septembre devant le tribunal correctionnel d’Évry-Courcouronnes. Il est notamment poursuivi pour avoir soumis une personne dépendante ou vulnérable à des conditions de travail et d’hébergement incompatibles avec la dignité humaine.

L’ancien employeur conteste toutefois les déclarations du jeune Marocain. Le tribunal doit donc départager deux versions opposées : celle d’un salarié affirmant avoir travaillé plus de 60 heures par semaine tout en dormant derrière le magasin, et celle d’un commerçant qui nie les faits qui lui sont reprochés.

La situation irrégulière du salarié occupe une place centrale dans le dossier. Dépourvu de titre de séjour et dépendant de son emploi pour espérer obtenir des papiers, il se trouvait, selon la partie civile, dans une position qui limitait fortement sa capacité à refuser les conditions imposées ou à dénoncer son employeur.

D’autres travailleurs marocains ont récemment décrit des mécanismes similaires. Dans une affaire jugée à Montauban, des saisonniers avaient affirmé avoir payé jusqu’à 10 000 euros pour venir travailler en France, avant de se retrouver sans papiers et avec des salaires très faibles.

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Le jeune homme résume sa démarche en une phrase prononcée devant les juges : « Je voulais seulement travailler, avoir un avenir ici et pouvoir faire mes papiers grâce à cet emploi. » C’est précisément cet espoir de régularisation par le travail qui aurait, selon son avocate, permis à la situation de durer pendant près de deux ans.