"Moi, Faiza, 32 ans, à qui l’on interdit de devenir française..."

- 09h19 - France - Ecrit par : L.A

Le Conseil d’État s’oppose à la naturalisation d’une jeune Marocaine. Parce que, adepte d’une « pratique radicale de sa religion », elle porte le niqab. Rrencontre.

« Ce qui m’a le plus blessée, ce sont tous les mensonges que les médias français ont écrits sur moi », confie Faiza Silmi (32 ans) à Jeune Afrique (dans le seul entretien qu’elle a accordé à la presse francophone).

Dans son appartement au onzième étage d’une tranquille cité de La Verrière, petite ville-dortoir à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Paris, la jeune Marocaine raconte d’une voie monocorde ses déboires avec l’administration française. Le décor est sobre, dépouillé. À l’exception d’une vue de la Kaaba accrochée au mur du salon, rien n’indique que les locataires des lieux soient musulmans. Encore moins fondamentalistes.

Devant les étrangers, Faiza porte le niqab, ce voile d’origine saoudienne masquant l’ensemble du visage, à l’exception des yeux. Mariée depuis huit ans à un Français (d’origine marocaine) avec qui elle a eu quatre enfants, tous nés en France, elle s’exprime parfaitement dans la langue de Molière. Pourtant, le 27 juin, elle s’est vu refuser la nationalité française par un arrêt du Conseil d’État. « Je ne sais pas si j’aurai le courage d’entreprendre de nouvelles démarches », souffle-t-elle d’une voix lasse, tandis que Karim (33 ans), son mari, arborant barbe et qamis (la tunique islamique traditionnelle), sert le thé à la menthe.

Révélée par Le Monde du 12 juillet, l’« affaire de la burqa » a été aussitôt relayée par l’ensemble de la presse française. C’est en effet la première fois que le Conseil d’État invoque des motifs religieux pour justifier une de ses décisions - appelée à faire jurisprudence. À l’en croire, Faiza ne peut être française parce qu’elle « adopte, au nom d’une pratique radicale de sa religion, un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française et notamment le principe d’égalité des sexes ».

L’islam accusé

Le Conseil ne mentionne pas le niqab de Faiza, mais personne n’est dupe. Moins de deux mois après la polémique provoquée par l’annulation d’un mariage, à Lille, au motif que l’épouse avait menti sur sa virginité, l’islam - au moins, dans sa version salafiste - est une nouvelle fois sur le banc des accusés. Sauf que, cette fois, la décision du Conseil d’État suscite une approbation quasi générale.

De François Hollande, le premier secrétaire du Parti socialiste, à Fadela Amara, la secrétaire d’État à la Politique de la ville - qui, fidèle a elle-même, en profite pour comparer la « burqa » à une « prison » et à une « camisole de force », expression d’« un projet politique totalitaire » -, personne, en dehors de quelques spécialistes, ne se penche vraiment sur le fond du dossier. Nouveau président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohamed Moussaoui regrette pour sa part, du bout des lèvres, que l’arrêt du Conseil soit motivé par le concept « ambigu » de la « pratique radicale de la religion ». « Ce qui est étonnant, ajoute-t-il néanmoins, c’est que ça soit mis en exergue parce que ça concerne des musulmans. »

En confirmant le décret gouvernemental du 16 mai 2005 refusant l’octroi de la nationalité à Faiza Silmi pour « défaut d’assimilation », le Conseil d’État a pourtant pris bien soin de préciser qu’il ne cherchait pas à « porter atteinte à la liberté religieuse ». Ce qui n’empêche pas Patrick Beaudoin, l’avocat de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), de juger ces précautions suspectes. « Le Conseil, explique-t-il, a visiblement cherché à contourner le problème que lui posait la religion en liant sa décision à la soumission supposée de cette femme. Cela signifie qu’en raison de cette soumission, elle subit une double peine : celle de son entourage et celle de la société française qui l’exclut au lieu de l’accueillir comme de droit. Elle a toutes ses chances devant la Cour européenne des droits de l’homme. » De fait, Faiza admet avoir déjà été « contactée par un avocat danois » pour attaquer la décision française au niveau européen. Mais, redoutant les conséquences d’une publicité excessive, elle hésite à se porter à une telle extrémité.

Aînée d’une famille originaire de Ouarzazate, à 200 km au sud-est de Marrakech, Faiza Silmi a fait deux ans d’études au lycée avant d’apprendre la couture et la broderie, métier qu’elle a pratiqué pendant quatre ans. Ouvrier du bâtiment installé en France depuis 1973, son père ne voyait sa famille que pendant ses vacances au pays. En 1978, grâce à la nouvelle politique française de « regroupement familial », les quatre frères et sœurs de Faiza s’installent chez lui à Aulnay-sous-Bois, en région parisienne. Pour sa part, Faiza ne rejoindra la France que beaucoup plus tard, en 2000, après son mariage avec Karim, un Français dont la famille est originaire d’Agadir. « Je cherchais un mari et lui une femme. C’est la famille qui nous a présentés. Nous nous sommes mariés assez vite », raconte-t-elle avec pudeur.

Petits boulots

Ledit Karim est un enfant du 15e arrondissement de Paris. Après avoir travaillé dans les mines de charbon du nord de la France, son père est ouvrier spécialisé chez Renault, à Boulogne-Billancourt. Sa mère, tunisienne, est femme au foyer. Après l’emménagement de sa famille à La Verrière, dans les Yvelines, Karim apprend le métier de pizzaïolo, puis ouvre une pizzeria qui, faute de clients, fait rapidement faillite. Il devient alors agent de médiation, chargé d’apaiser les conflits dans les bus municipaux, puis travaille comme chauffeur de bus pour la mairie. Las, au bout de six mois, son contrat n’est pas renouvelé. « Depuis que je porte la barbe, explique-t-il, j’ai beau m’habiller en costume, je n’arrive plus à trouver un travail sérieux. Alors, je vis de petits boulots… »

Évasif sur l’origine de ses revenus, Karim se montre plus disert concernant la religion. « On aurait pu comprendre la décision du Conseil d’État, commente-t-il d’une voix douce, si nous étions des salafistes prônant la violence. Or ce n’est pas le cas. Nous pratiquons un islam orthodoxe, certes, mais totalement pacifiste. »

Faiza conteste quant à elle les attendus de la décision, qu’elle juge humiliante pour elle, du Conseil d’État : « Tout est faux ! Je ne suis pas soumise aux hommes de ma famille, ne mène pas une vie de recluse et sors quand il me plaît. Quand je conduis ma voiture, j’enlève mon niqab. C’est moi seule qui ai décidé de le porter, après la lecture de certains livres. Je respecte la loi et mon mari respecte mes décisions. » L’intéressé confirme, en riant : « Vous avez déjà vu une Marocaine soumise ? » Puis, conclut sur une boutade : « En ce moment, je n’ai qu’un rêve : m’installer en Arabie saoudite avec ma famille. Mais, ça, c’est plus difficile que de devenir français ! ».

Source : Jeune Afrique - Pierre François Naudé

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