Régularisation pour « bravoure » : la France protégera-t-elle enfin Majda ?
Grièvement blessée en s’interposant pour sauver sa tante d’une attaque mortelle en juin 2025 à Gagny, Majda, étudiante marocaine sans papiers, vit aujourd’hui dans une précarité extrême. Des associations réclament sa régularisation au titre de la « bravoure » lors d’un rendez-vous décisif en préfecture prévu ce jeudi.
C’est le paradoxe d’une héroïne devenue invisible aux yeux de l’administration. Majda, 21 ans, a rendez-vous ce jeudi 5 février à la sous-préfecture du Raincy (Seine-Saint-Denis). L’enjeu est vital : obtenir des papiers pour pouvoir se soigner et se reconstruire, huit mois après avoir survécu à l’horreur, rapporte le journal L’Humanité.
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Le 20 juin 2025, sur le parvis de la gare RER de Gagny, la vie de cette jeune Marocaine a basculé. Alors qu’elle accompagnait sa tante Fdila, 55 ans, pour la protéger d’un ex-conjoint menaçant, l’homme a surgi armé d’une hache. Fdila a succombé à ses blessures. Majda, elle, s’est interposée. Frappée à la tête, elle a subi deux opérations cérébrales en urgence et vit désormais avec une plaque métallique dans le crâne et de lourdes séquelles motrices et psychologiques.
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Arrivée en France au printemps 2024 pour passer des concours d’ingénieur, Majda est restée sur le territoire après l’expiration de son visa touristique, hébergée par sa tante qu’elle considérait comme sa mère. Aujourd’hui, son statut de sans-papiers entrave sa convalescence. Son Aide Médicale de l’État (AME) est partielle : elle ne couvre ni la totalité des médicaments, ni les scanners, ni la rééducation indispensable pour qu’elle puisse remarcher correctement.
« Elle a besoin d’une prise en charge globale », alerte Amandine Maraval, directrice de l’association Pow’Her qui l’héberge temporairement. Sans revenus, incapable de travailler, la jeune femme survit grâce à la solidarité associative, tandis que l’agresseur a été mis en examen pour meurtre par conjoint et tentative d’assassinat.
Face à ce que son avocate, Me Pauline Rongier, qualifie de « violences institutionnelles », une mobilisation s’organise. La Fondation des Femmes et l’association Pow’Her ont lancé une pétition et sollicitent l’État pour une régularisation exceptionnelle « sur le fondement de la bravoure », un dispositif qui a déjà permis de naturaliser des étrangers ayant risqué leur vie pour autrui.
« Majda a tenté de protéger une femme. La France doit maintenant protéger Majda », plaide Laura Slimani, de la Fondation des femmes. Le rendez-vous de ce jeudi à la sous-préfecture fera office de test pour la reconnaissance du statut des co-victimes de féminicides, souvent les grands oubliés des drames familiaux.