Le sésame à 3 euros : Comment un document ouvre les portes de la légalité aux Marocains en Espagne

- 13h00 - Espagne - Ecrit par : P. A

Pour bénéficier de la régularisation massive approuvée par Madrid, des milliers de Marocains affluent au consulat de Barcelone. Leur objectif : obtenir le certificat de casier judiciaire vierge, document indispensable pour sortir de la précarité.

Le certificat de casier judiciaire est l’exigence majeure du récent processus de régularisation extraordinaire lancé par le gouvernement de Pedro Sánchez, qui devrait profiter à plus d’un demi-million d’étrangers. Si la lenteur administrative de certaines ambassades suscite l’inquiétude, ce n’est pas le cas pour la communauté marocaine, la plus nombreuse du pays avec 1,1 million de ressortissants inscrits, devant la Colombie et le Venezuela.

Selon le quotidien El Pais, le consulat du Maroc à Barcelone délivre ce précieux document officiel en l’espace de deux semaines à un mois, pour la somme dérisoire de trois euros. Ce délai raisonnable permet d’éviter l’alternative légale, qui consiste à autoriser le ministère de la Justice espagnol à formuler une requête diplomatique, figeant ainsi le dossier pendant trois mois.

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Pour de nombreux travailleurs clandestins, ce document actant l’absence de condamnations sur les cinq dernières années représente un véritable espoir. Youness, un livreur de 23 ans travaillant dans des conditions précaires, a enfin obtenu le sien après une demande initiée en février : « Je suis content.

Maintenant, je vais le faire traduire et avec ça, je crois que j’aurai tout ». Le jeune homme espère pouvoir enfin exercer comme « mécanicien de vélos et motos ». De son côté, Hassan, boucher non déclaré à Granollers, a choisi de débourser 25 euros de traduction et 300 euros de frais d’avocat pour sécuriser ses démarches. « Je préfère payer, pour ne pas risquer d’oublier un papier à présenter », justifie-t-il, tandis que son accompagnateur souligne qu’un titre de séjour évitera les abus « d’Espagnols, mais aussi de Marocains qui asphyxient leurs compatriotes ».

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À l’approche de la date limite de dépôt fixée au 30 juin, les procédures s’accélèrent. Pour garantir que personne ne reste sur la touche, la représentation consulaire ouvre désormais ses portes le week-end, évitant ainsi les files d’attente dans la rue du quartier de Poblenou. Fátima, qui cumule deux emplois dans la restauration et l’aide aux personnes âgées, vient d’y déposer sa demande dans l’espoir de redevenir « professeure pour personnes handicapées ».

Si le délai d’obtention de ce sésame rassure la majorité des requérants, d’autres angoisses demeurent pour les nouveaux arrivants. À l’image d’Omar, installé depuis moins d’un an en Espagne, dont la principale préoccupation n’est plus le volet pénal, mais la difficulté administrative d’attester de son état de vulnérabilité.