Le spectacle de Benkirane

- 10h46 - Maroc - Ecrit par :

Pour la première fois à ma connaissance, un chef du gouvernement fait appel aux chaînes publiques et au direct pour s’expliquer sur sa politique et les décisions prises par son gouvernement. Le catalyseur de cette initiative étant la récente hausse des prix du carburant.

Il faudrait avouer que c’est une initiative à louer : que l’on soit partisan ou non du gouvernement et de ses décisions, on a attendu le rendez-vous avec impatience. Cela a revigoré l’intérêt du marocain à la chose politique. On recommence à discuter, à critiquer, à argumenter et à suivre les réactions du gouvernement et de l’opposition. Tant mieux, l’intérêt pour la politique a toujours été l’un des préceptes du civisme.

Venons-en au contenu. Un blâme est à adresser en premier lieu aux journalistes. Leur prestation était fade et ils ont été facilement dépassés par Benkirane. Les questions posées étaient rares, sans pertinence et annoncées avec une telle lassitude … À un certain moment, on commençait même à complimenter et à cajoler le chef du gouvernement ! C’était une tirade et non une émission politique.

Comme à l’accoutumée, on a retrouvé Benkirane avec son style incontestable. Après une vulgarisation de la caisse de la compensation et de ses mécanismes, le chef du gouvernement s’est mis dans une scène mythique à annoncer les prix des bananes, tomates et autres légumes au sein d’une région du pays. Cela sera suivi de quelques coups par-ci et par-là pour les journalistes et des spéculations sur l’avenir politique du Maroc. En résumé son discours est un mélange subtil de populisme, d’arguments crus et de cavalcades en dialecte marocain. Une fonte dont le résultat dépend de l’objectif auquel elle reste déployée …

Le contenu, c’est là où le bât blesse. Benkirane s’est mis encore une fois à chanter la chanson de l’exception marocaine, de printemps arabe avec la nouvelle constitution et de secours de la nation par le souverain. Le discours reflète une confiance « aveugle » dans la monarchie et sa volonté présumée de réforme. Attitude que l’Histoire du Maroc a montré erronée à toutes les occasions. Le deuxième point est un manque sévère de vision à long et à moyen terme. On est loin du discours politique basé sur des statistiques et des prévisions. Les seules statistiques présentées sont celles établies après une telle ou telle étude sur la situation actuelle. Aucun chiffre cité ne concerne une anticipation d’une décision envisagée.

Il est bon de compter sur la volonté divine, mais il est encore meilleur d’élaborer des plans, d’avoir des programmes bien rodés et de posséder une vision claire pour la durée de son mandat. Ce n’est pas seulement meilleur, c’est une nécessité quand on est le chef du gouvernement. Autre reproche : dans sa méthodologie, Benkirane ne s’attaque pas aux grands chantiers. Si l’on recherche des fonds pour la caisse de l’état, il est nécessaire de récolter les impôts et de réduire les dépenses de l’état. N’empêche que l’on oublie par cela les grands rentiers, les fonctionnaires-fantômes, la taxe sur la richesse délaissée … Durant ces temps de crise, parait-il normal à l’honorable chef du gouvernement que le budget alloué au palais et à son protocole reste si énorme que cela ? Parait-il normal à l’honorable chef du gouvernement que des hauts fonctionnaires puissent encore toucher des primes exorbitantes au détriment du contribuable marocain ?

Le discours des poches de résistances et de la progression dans le réformisme commence à s’épuiser. Si l’on doit mener une réforme, cette dernière devrait être globale et s’attaquer au fond et à la source du problème que sont les prérogatives de la monarchie, l’étendue du pouvoir du gouvernement et les bonne gens du makhzen. Rester à justifier des décisions prises au détriment des citoyens ne fera que perdre la crédibilité au PJD et le tournera en une risée devant le peuple. Le discours de Benkirane pourrait être utile, pourrait lui servir pour l’instant, pourrait avoir un effet soporifique et divertissant pour le marocain. Mais durant ce temps-là, n’oublions pas que nous aurons raté le printemps arabe et l’occasion de déclencher des réformes bien plus audacieuses qu’une réforme biaisée de la caisse de compensation.

Mahdi Zahraoui

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