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L’argent des migrants ne sert pas toujours au développement

30 janvier 2008 - 16h03 - Marocains du monde

Les transferts de fonds des travailleurs migrants dans leurs pays d’origine restent une affaire de survie. Ils représentent chaque année 180 milliards de dollars dans le monde, 2,5 % du produit intérieur brut de l’Afrique et 5 % de celui de l’Asie, mais ils participent peu à la croissance économique des États dans lesquels ils sont investis.

Une étude de la Banque africaine de développement, rendue publique hier et effectuée auprès de quatre pays d’Afrique, les Comores, le Mali, le Maroc et le Sénégal, montre que dans 60 à 80 % des cas, ces fonds concernent en premier lieu l’alimentation, la santé et l’éducation. Ils sont à 80 % réalisés dans l’urgence et s’adressent majoritairement à des familles proches du seuil de pauvreté (moins de 1 euro par jour et par personne).

Les montants envoyés par les migrants, entre 100 et 160 euros par mois, soit environ 10 à 15 % de leurs revenus, sont relativement stables entre 25 et 40 ans. Ils augmentent au-delà, notamment parce que nombre d’entre eux souhaitent acheter une maison ou un appartement dans le pays où ils sont nés.

Meilleure offre des banques

En revanche, ils ne semblent pas souhaiter s’impliquer dans les affaires de leur région d’origine. Si les transferts réussissent à atteindre entre 9 et 24 % du produit intérieur brut (PIB) des quatre États choisis par l’étude de la banque, à peine 15 à 40 % d’entre eux sont investis dans des activités économiques hors immobilier.

La manière même dont est acheminé l’argent ne s’y prête pas. Exception faite du Maroc, les fonds des migrants, dans 70 à 80 % des cas, ne transitent pas par le système bancaire. Ils font les beaux jours d’une poignée de sociétés de transferts qui, comme Western Union et Money Gram, font payer leurs services très chers. Elles profitent de leur simplicité d’utilisation et de leur rapidité. Mais elles ne s’intéressent pas aux pays où les fonds sont transférés.

C’est pour cette raison que la Banque africaine estime qu’il est nécessaire de mieux canaliser les ressources des migrants vers des « projets productifs entrant dans le cadre de programmes de codéveloppement ». Une initiative qui suppose une meilleure offre des services bancaires et la mise en place de « dispositifs d’accompagnement financiers et non financiers aux porteurs de création d’entreprises très petites, petites ou moyennes ». Les institutions de microfinance , dont certaines envisagent de lancer leur propre plate-forme de transferts de fonds, devraient avoir un rôle important à jouer.

Le Figaro - Arnaud Rodier

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