20 000 personnes à Ceuta et Melilla pour mettre l’Espagne dans l’impossibilité de répondre militairement

- 13h00 - Espagne - Ecrit par : L.A

Près d’un an avant les passages massifs de juillet à Ceuta, une étude publiée dans le cadre du ministère espagnol de la Défense décrivait un scénario où des milliers de personnes entreraient simultanément dans l’enclave, sans intervention militaire directe du Maroc.

Le document a été remis en lumière le 16 septembre par SUR. Il rassemble des travaux présentés lors du XXXIIe Cours international de défense, organisé à Jaca du 15 au 19 septembre 2025 par l’Académie générale militaire et l’Université de Saragosse.

Dans un chapitre intitulé « Le Maroc remet en cause notre souveraineté : nos territoires d’Afrique en danger constant », Marina Arnau Segura et David Espinosa Pérez examinent l’hypothèse d’une crise autour de Ceuta et Melilla qui ne prendrait pas la forme d’un affrontement militaire classique.

Sur Bladi.net : Ceuta : l’Espagne prépare ses scénarios face à une possible « arme migratoire »

Selon le scénario étudié, l’intérêt de Rabat serait d’éviter un conflit armé et de présenter la situation comme une arrivée « spontanée et massive » de migrants. Le parallèle est aujourd’hui établi en Espagne avec les événements des 30 et 31 juillet 2026, lorsque 72 000 entrées depuis le Maroc ont été comptabilisées.

Une arrivée destinée à dépasser les capacités espagnoles

Les auteurs imaginaient une situation plus grave encore que celle vécue à Ceuta en mai 2021. Une arrivée prolongée de personnes par voie terrestre et maritime pourrait, selon eux, provoquer un état de chaos et laisser les autorités espagnoles sans effectifs policiers suffisants pour maintenir l’ordre.

Le scénario repose sur le principe d’une menace hybride : employer des civils, la pression migratoire, l’information et la diplomatie pour atteindre un objectif politique sans engager directement les forces armées. Une telle configuration compliquerait fortement toute réponse militaire espagnole.

Le chapitre reprend également le récit de l’ancien agent espagnol Fernando San Agustín concernant un projet présenté sous le nom de « Maroc 2030 ». Celui-ci décrivait une entrée simultanée de 20 000 personnes à Ceuta et Melilla, par terre et par mer, afin de placer l’Espagne devant une crise impossible à traiter comme une attaque militaire conventionnelle.

Sur Bladi.net : Le CNI avait repéré 2 000 personnes près de Ceuta, 72 000 ont finalement franchi la frontière

Le travail figure dans un ouvrage édité par le ministère espagnol de la Défense et consacré aux communications du Cours international de défense. L’Académie générale militaire confirme que l’édition 2025 portait notamment sur l’immigration irrégulière, l’instabilité en Afrique et les régions présentant un intérêt particulier pour la sécurité espagnole, dont le Maghreb.

Il s’agit d’un travail prospectif présenté dans un cadre académique lié à la Défense, et non d’une note opérationnelle des services de renseignement. Sa réapparition nourrit néanmoins le débat en Espagne sur les alertes reçues avant la crise de juillet et sur la réponse apportée par les autorités.