Comment les trafiquants drogue blanchissent l’argent grâce aux « Sarafs »

19 avril 2021 - 21h20 - Maroc - Ecrit par : S.A

La commissaire divisionnaire, Anne-Sophie Coulbois, cheffe de l’Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) affirme que les trafiquants ont recours aux banquiers occultes, notamment les «  sarafs  » qui vivent au Maroc pour blanchir l’argent de la drogue.

« Les trafiquants font appel à des banquiers occultes, les “sarafs” ou brokers, qui assurent la collecte de l’argent de la drogue et son injection dans l’économie légale. Ils sont notamment en contact avec des chefs d’entreprise malhonnêtes. Ils ont besoin d’argent liquide pour payer des employés au noir ou pour leur verser des primes non déclarées. Ces entrepreneurs achètent ces espèces contre des virements justifiés par de fausses factures », a déclaré Anne-Sophie Coulbois dans une interview accordée au journal Le Parisien.

« Et finalement, l’argent arrive dans la poche du trafiquant par virement bancaire, après de multiples rebonds. On les trouve, par exemple, dans le bâtiment et les travaux publics ou dans la sécurité privée qui sont des secteurs d’activité ayant grand besoin d’une main-d’œuvre peu qualifiée », a-t-elle poursuivi, ajoutant que ces entreprises peu scrupuleuses utilisent aussi cet argent liquide pour acheter des matériaux en tirant les prix vers le bas.

Selon les explications de la cheffe de l’OCRGDF, derrière les trafiquants se cache un véritable système bancaire occulte qui fonctionne sur l’hawala, la parole donnée. « C’est un système de transfert d’argent par compensation qui offre des possibilités sans limite. Tout le monde y trouve son intérêt, les malfaiteurs mais aussi les gens ordinaires qui veulent éviter les formalités », a-t-elle indiqué, faisant savoir que ces Sarafs vivent plutôt au Maroc, où se trouvent aussi les producteurs de cannabis. « Aujourd’hui, nombre d’entre eux se sont déplacés à Dubaï. En fait, il y a toujours un contrat de blanchiment qui est passé entre le trafiquant ayant besoin de transformer des millions d’euros en liquide en argent légal et ces spécialistes du blanchiment. »

Le travail des sarafs consiste, a-t-elle expliqué, à organiser les collectes et à trouver des débouchés pour l’argent, grâce à des contacts avec la communauté chinoise dans le commerce de vêtements ou avec des patrons du BTP. Quid des autres moyens de blanchiment ? « Le trafic de voitures est aussi une solution pour blanchir l’argent de la drogue. Certains trafiquants vont en Allemagne pour acheter de belles berlines en liquide qui sont revendues à l’étranger, comme en Algérie », a fait savoir encore la responsable, assurant que l’OCRGDF réussit tout de même à capter les biens mal acquis des malfaiteurs, même à l’étranger. « Nous parvenons à les identifier avec quelques points noirs à Dubaï, en Asie du Sud-Est ou au Maghreb. Et nous répondons aux demandes des polices étrangères, c’est un échange », a-t-elle dit.

Sujets associés : Drogues - Trafic - Blanchiment d’argent - Cannabis

Aller plus loin

Marrakech : des Français arrêtés pour blanchiment d’argent

Un réseau de trafic de devises et de drogue, qui excelle dans le blanchiment d’argent, a été démantelé par les éléments de la police de Marrakech. Parmi les membres de cette...

Comment un Marocain a réussi à blanchir plusieurs millions d’euros en France

Les policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) ont démantelé un vaste réseau de blanchiment d’argent entre la France et le...

Maroc : des trafiquants de drogue blanchissent de l’argent via la culture de l’avocat

À Kenitra, les trafiquants de drogue ont trouvé une nouvelle astuce pour blanchir l’argent sale. Ils prennent possession de centaines d’hectares et s’investissent dans la...

Interpellations massives pour blanchiment d’argent et fraude entre la France et le Maroc

Une enquête sur la fraude et le blanchiment d’argent sale entre la France et le Maroc s’est soldée par l’interpellation d’une quarantaine de suspects à Sète et à Frontignan.

Ces articles devraient vous intéresser :

Boufa, la drogue qui terrifie le Maroc

Le Maroc mène des actions de lutte contre les drogues dont la « Boufa », une nouvelle drogue, « considérée comme l’une des plus dangereuses », qui « envahit certaines zones des villes marocaines, en particulier les quartiers marginaux et défavorisés. »

Maroc : des biens et des comptes bancaires de parlementaires saisis

Au Maroc, les parquets des tribunaux de première instance ont commencé à transmettre aux nouvelles chambres chargées des crimes de blanchiment d’argent les dossiers des présidents de commune et des parlementaires condamnés pour dilapidation et...

"L’boufa", la nouvelle menace pour la société marocaine

Le Maroc pourrait faire face à une grave crise sanitaire et à une augmentation des incidents de violence et de criminalité, en raison de la propagation rapide de la drogue «  l’boufa  » qui détruit les jeunes marocains en silence.

Rabat-Salé-Kénitra : plus de 20 tonnes de drogue partent en fumée

Depuis le début de l’année, les services régionaux des douanes de Rabat-Salé-Kénitra ont déjà détruit plus de 20 tonnes de drogues saisies lors des différents contrôles effectués dans la région.

Maroc : des barons de la drogue profitent de la légalisation de la culture du cannabis

La récente légalisation de la culture du cannabis à usage thérapeutique au Maroc serait déjà source de malaise. Des observateurs alertent sur la survie de la filière, évoquant des craintes de blanchiment d’argent par des barons de la drogue.

Blachiment d’argent : le Maroc sort de la liste grise (GAFI)

Après évaluation des dispositifs mis en place par le Maroc pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, le groupe d’action financière (GAFI) a décidé de sortir le royaume de la liste grise.

Accord fiscal Maroc-OCDE : Le gouvernement rassure les MRE

Le porte-parole du gouvernement marocain, Mustapha Baïtas, a voulu rassurer les Marocains résidant à l’étranger (MRE) au sujet de l’échange automatique d’informations financières et fiscales, signé par le royaume avec l’OCDE à Paris le 25 juin 2019.

Blanchiment d’argent : le Maroc attend toujours la décision du GAFI

Le Groupe d’action financière (GAFI), organisme international de lutte contre le blanchiment d’argent a annoncé que la décision de faire sortir le Maroc de la liste grise n’est pas encore prise. Les bonds qualitatifs du pays ont, affirme-t-on, été...

Au Maroc, la lutte contre le blanchiment d’argent rapporte

Le Maroc mène efficacement la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. En tout, près de 11 milliards de dirhams ont été saisis en 2022.

« L’Escobar du désert » fait tomber Saïd Naciri et Abdenbi Bioui

Plusieurs personnalités connues au Maroc ont été présentées aujourd’hui devant le procureur dans le cadre de liens avec un gros trafiquant de drogue. Parmi ces individus, un président de club de football.