Chèques sans provision : Le Maroc met fin à l’ère de la prison automatique
Le Maroc a officialisé l’entrée en vigueur de la loi modifiant le Code de commerce. Cette réforme majeure des chèques sans provision allège les peines de prison, dépénalise les litiges familiaux et privilégie le remboursement pour désengorger les tribunaux.
La publication au Bulletin officiel de la nouvelle législation marque un tournant dans le traitement pénal des impayés au Maroc. Sous la pression d’un contentieux de masse qui asphyxiait les juridictions, le législateur abandonne l’approche purement répressive pour favoriser la régularisation financière. Le principe est désormais clair : le paiement intégral du montant du chèque éteint immédiatement l’action publique, que ce soit avant le jugement ou même en cours d’exécution de peine, permettant la libération immédiate du condamné.
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L’arsenal punitif est considérablement assoupli. Les peines d’emprisonnement, qui oscillaient auparavant entre un et cinq ans, sont ramenées à une fourchette de six mois à trois ans. Par ailleurs, une dépénalisation ciblée est introduite pour la sphère privée : les chèques émis entre époux ou entre parents et enfants sortent du champ pénal pour devenir de simples litiges civils, le législateur estimant que ces conflits familiaux ne nécessitent pas l’intervention du procureur.
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Sur le plan procédural, la réforme abolit l’arrestation automatique dès le dépôt de plainte. Les autorités judiciaires sont tenues d’accorder un délai de grâce d’un mois, renouvelable une fois à la demande du plaignant, pour permettre au tireur d’honorer sa dette. Pour sécuriser ce processus, le recours au bracelet électronique est prévu. Incitation supplémentaire à la régularisation, l’amende pénale en cas de paiement tardif chute spectaculairement de 25 % à 2 % du montant du chèque.
Cette refonte pragmatique répond à une urgence statistique. Selon Bank Al-Maghrib, près d’un million d’incidents de paiement ont été recensés en 2024, dont plus de 55 % pour provision insuffisante. Entre 2022 et mi-2025, ce contentieux avait entraîné la détention effective de 58 000 personnes. Avec ce nouveau texte, l’État entend désamorcer cette bombe sociale en priorisant le recouvrement des créances sur l’incarcération.