Crise Maroc-Algérie : « le Maghreb est le grand perdant »

27 septembre 2021 - 19h00 - Maroc - Ecrit par : S.A

Les tensions entre le Maroc et l’Algérie continuent de susciter des commentaires. Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine du Maghreb à l’université Paris I estime que le Maghreb est le grand perdant de cette crise.

« Le Maghreb est le grand perdant de cette histoire : il devient progressivement une coquille vide, a déclaré Pierre Vermeren dans une interview accordée à France 24. Il fait observer que l’Algérie pousse de plus en plus le Maroc à renoncer au Maghreb et à trouver des solutions plus loin : en Afrique, en Russie, en Chine et au Moyen-Orient. « Aujourd’hui, Rabat semble avoir complètement abandonné l’idée d’une politique régionale pour se tourner vers l’international et c’est vraiment dommage pour l’équilibre de la région », analyse le professeur d’histoire contemporaine du Maghreb.

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S’agissant des réactions internationales, il fait remarquer que la communauté internationale reste, pour l’instant, majoritairement mutique. « Israël a réagi pour apporter son soutien au Maroc, mais les partenaires directs des deux pays ne se sont pas exprimés. Pour la France, c’est très compliqué. Le Maghreb est la zone où elle est la plus influente en dehors de l’Europe, et là, elle voit la région se fracturer sous ses yeux », commente Pierre Vermeren. Selon lui, la France est dans l’impasse. « Elle est obligée de constamment composer avec les deux puissances, car elle ne peut pas se permettre de se brouiller avec l’une ou l’autre », dit-il.

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Le spécialiste explique en outre qu’une confrontation militaire n’arrangerait personne. « Les deux pays n’ont pas pris directement les armes l’un contre l’autre depuis 1963. Si la situation continue à s’envenimer, c’est quelque chose qui pourrait arriver, mais cela serait tragique. Et surtout, personne ne veut en arriver là. Cela ne servirait ni les intérêts d’Alger, ni ceux de Rabat, ni ceux de leurs partenaires économiques. Cela dit, des rumeurs circulent sur des incidents frontaliers, toujours possibles, que ce soit près de Figuig ou au Sahara », ajoute-t-il.

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