48 400 euros sur son compte au Maroc : la justice lui rend quand même 95 % de son aide sociale

- 07h00 - Monde - Ecrit par : Said A.

Une femme privée d’aide sociale aux Pays-Bas affirme ne posséder aucun appartement au Maroc. Son compte marocain a pourtant accueilli 48 400 euros en 2025. Malgré ces zones d’ombre, le juge ordonne à l’administration de lui verser provisoirement 95 % de son allocation.

La femme et son ancien mari percevaient l’aide sociale néerlandaise depuis 2011. Après leur divorce, les versements ont pris fin le 17 avril 2025. Lorsqu’elle a demandé une allocation à son nom, un signalement anonyme est venu compliquer son dossier.

La dénonciation, accompagnée d’enregistrements et de vidéos, affirmait qu’elle possédait de nombreux bijoux en or, de l’argent liquide et un appartement au Maroc. Elle se rendrait régulièrement dans le royaume pour y vendre ses bijoux et rembourser son logement.

Lors de sa première demande, en mai 2025, la bénéficiaire a déclaré disposer d’un appartement encore inachevé au Maroc, financé avec son père. Les vérifications ont également révélé l’existence d’un compte bancaire marocain jusque-là inconnu de l’administration.

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Sa version a ensuite évolué. Elle a assuré ne pas être propriétaire de l’appartement, celui-ci ne devant être enregistré à son nom qu’après son paiement intégral. Environ 20 000 euros avaient néanmoins été transférés à l’entrepreneur chargé des travaux. Selon elle, ce dernier aurait ensuite restitué l’argent à son père, sans qu’aucun document ne permette de le confirmer.

48 400 euros disponibles sur son compte marocain

Les relevés montrent qu’elle a déposé l’équivalent de 23 950 euros sur son compte marocain en 2025. En ajoutant la somme déjà présente au 1er janvier, 48 400 euros y ont été disponibles durant l’année. Environ 29 200 euros ont par ailleurs été retirés.

La femme affirme avoir remis l’essentiel de ces retraits à son père. Celui-ci aurait alimenté le compte entre 2011 et 2024 afin de financer des dépenses liées aux décès de membres de la famille. Aucun justificatif ne permet toutefois d’établir ces mouvements d’argent.

Pour prouver qu’elle ne possède aucun logement, elle a également produit une déclaration de non-inscription délivrée par le cadastre marocain. L’administration a relevé qu’il ne s’agissait pas du document original et que cette attestation ne permettait pas de savoir si elle avait possédé un bien auparavant. Une enquête patrimoniale de l’Internationaal Bureau Fraude-informatie était encore en cours au Maroc.

WerkSaam Westfriesland a donc rejeté sa troisième demande le 23 décembre 2025, considérant que son patrimoine demeurait impossible à déterminer. Dans sa décision rendue le 2 février 2026, le tribunal de Hollande-Septentrionale reconnaît que les doutes de l’administration sont justifiés et que la demanderesse n’a pas fourni d’explications suffisamment vérifiables.

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Le juge a cependant constaté une urgence financière majeure. La femme avait 1 627,67 euros de loyers impayés, faisait l’objet d’un jugement autorisant la résiliation de son bail et risquait une coupure d’énergie pour une dette de 1 938,61 euros. Elle vivait en outre avec trois de ses enfants, dont le plus jeune était âgé de 12 ans.

L’intérêt de la famille a finalement prévalu. WerkSaam doit lui verser, depuis le 29 décembre 2025 et jusqu’à six semaines après la décision sur son recours, des avances correspondant à 95 % de son allocation. La mesure reste provisoire : contrairement au cas d’un couple contraint de rembourser 24 738 euros pour des biens détenus au Maroc, le tribunal n’a pas encore tranché définitivement la question de son patrimoine ni son droit à l’aide sociale.