France : des médecins Maghrébins ciblés par un tweet raciste

- 15h00 - France - Ecrit par : S.A

Les médecins d’origine maghrébine sont visés par un tweet raciste dont l’auteur est un candidat malheureux aux élections législatives. Ils n’écartent pas l’idée de déposer une plainte.

Guillaume Bensoussan, candidat malheureux aux élections législatives sous la bannière Reconquête, s’est fâcheusement fait remarquer vendredi 18 avril 2025 en postant la photo d’une liste de noms de médecins de Creil à consonance maghrébine. Il l’accompagne d’un message : « Le Grand-Remplacement est une théorie raciste et complotiste d’extrême-droite, épisode XXXVIII ». Cette publication devenue virale en moins de quatre jours – visionné près de 16 millions de fois, aimé par 14 000 personnes et repartagé 7 000 fois sur le réseau social – a choqué plusieurs élus et médecins de l’Oise. Haissam Chaker, un des médecins généralistes visés, se dit « choqué parce qu’on n’attendait pas du tout une affaire pareille. Tous ces médecins-là, chez nous, sont des médecins français, diplômés de l’État français, qui ont travaillé dans les universités, dans les hôpitaux français », rapporte franceinfo.

Aux yeux du praticien, ce post est synonyme de campagne politique « raciste, diffamatoire et discriminatoire » contre un groupe de médecins qui pratiquent dans l’Oise depuis 35 ans. L’année dernière, 150 000 malades ont été soignés grâce à Urgence Médecins Oise. Près de 50 000 régulations téléphoniques ont été également effectuées pour conseiller des patients qui ne pouvaient pas se déplacer. La structure a pu aider ou soigner plus de 200 000 personnes. « Que les médecins viennent de Mars ou de Jupiter, ce n’est pas mon problème. L’essentiel, c’est qu’ils soient agréés par les instances du Conseil de l’Ordre des médecins qui sont notre garant », s’agace Massinissa Berghout, également praticien au sein de la structure, soulignant que lui et ses collègues sont avant tout médecins et ne sont là que pour « soigner les gens », et non pas faire de la politique.

À lire :Propos sur les Maghrébins : Bernard Casoni condamné

En colère, la maire de Creil, Sophie Dhoury-Lehner dit ne pas comprendre « cette tendance à vouloir s’en prendre à des individus de par leur nom et leur potentielle origine ». La municipalité accompagne les médecins « dans le sens qu’ils souhaitent », assure-t-elle, notant que le racisme n’est pas une opinion, mais un délit. « Cette ville regorge de talents, la preuve en est, on a des médecins et Creil, c’est la ville du vivre-ensemble », décrit l’édile. Et d’ajouter : « ces propos-là, qui tendent à instrumentaliser Creil, sont portés par des gens qui ne connaissent pas Creil, qui n’ont pas envie de connaître Creil ».

Malgré la polémique, Guillaume Bensoussan ne recule pas. Selon ses explications, la théorie du « grand remplacement » ne serait pas « raciste », ni « complotiste », mais bien « réelle ». Le candidat malheureux explique avoir trouvé la photo qu’il a publiée sur le réseau social X : « J’ai été surpris que 100 % des patronymes qui étaient sur cette image étaient à consonance maghrébine ». Toutefois, il assure ne rien avoir contre ces médecins qui auraient « toute [sa] sympathie ». Sans manquer de pointer aussi du doigt « un numerus clausus qui est délirant du fait de sa toute petite taille depuis 20 ou 30 ans » qui pousse à « chercher des médecins étrangers » pour pallier les déserts médicaux.

À lire :Des tags racistes visant les Maghrébins à Hyères (Var)

Selon Haissam Chaker, les médecins d’Urgence Médecins Oise n’entendent pas s’arrêter aux dénonciations. Ils attendent le retour de leurs référents du Conseil de l’Ordre des médecins pour voir « quels sont les conseils et quelle est la conduite à tenir. Donc en fonction de leurs conseils, on verra comment les choses évoluent », ajoutera-t-il. Un dépôt de plainte est envisagé.

  • Le Maroc perd ses talents année après année

    Le Maroc fait face à une grave pénurie de médecins. En cause : l'exode médical, qui prive le pays de centaines de professionnels chaque année. Malgré une réforme législative, les médecins étrangers restent peu nombreux à vouloir s'installer dans le royaume.

  • Des médecins maghrébins enchaînent les gardes en France, leur salaire tombe à 1 100 € net

    Des hôpitaux de Seine-et-Marne exigent d'une cinquantaine de médecins étrangers dont des Marocains le remboursement d'une « prime différentielle » dont ils ont bénéficié pendant plusieurs années.

  • Des médecins maghrébins en France arnaqués ?

    En Seine-et-Marne, 50 médecins dont 30 sont étrangers sont sommés de rembourser des primes versées par leur employeur, le Grand hôpital d'Est francilien (Ghef), qui gère les hôpitaux de Meaux, Jossigny et Coulommiers.

  • Ces médecins maghrébins qui font le bonheur de la France

    Les pays développés font face à des pénuries croissantes de personnel de santé. Un nouveau rapport de l'OCDE, publié ce lundi 3 novembre, révèle que pour combler leurs besoins, ces États ont massivement recours à des médecins et infirmiers formés à l'étranger, une tendance qui s'est fortement accélérée.

  • Le Maroc contraint de recruter des médecins étrangers

    Face au manque structurel de médecins et d'infirmiers, le gouvernement marocain a dû adopter une stratégie globale : ouverture aux praticiens étrangers, plus de formations, nouvelles primes et réforme statutaire.

  • Médecins maghrébins en France : l'exil comme solution ?

    Après une percée au premier tour des législatives françaises, la perspective de voir le Rassemblement national (RN) présidé par Jordan Bardella, qui place l'immigration au cœur de la campagne électorale, remporter la majorité absolue le 7 juillet, inquiète les médecins d'origine maghrébine. Certains envisagent de quitter la France.

  • Des médecins radiés en Suisse exercent au Maroc

    Quelque 18 médecins se sont vu retirer leur autorisation de pratiquer en Suisse romande au cours des cinq dernières années. Certains continuent d'exercer légalement dans d'autres régions, et même à l'étranger comme au Maroc.

  • Maroc : hausse des salaires pour les médecins

    Au Maroc, des décisions ont été prises à l'issue de la dernière réunion entre la commission nationale des médecins internes et résidents et le ministère de la Santé et de la Protection.

  • « Vous, les Arabes... » : un médecin angevin devant la justice

    Accusé de propos racistes et de violences physiques envers une patiente marocaine, un médecin généraliste exerçant à Angers est visé par une plainte pénale pour racisme. Il comparaît également devant la chambre disciplinaire de l'ordre régional des médecins des Pays de la Loire à Nantes, soutenue par le conseil départemental de l'ordre des médecins de Maine-et-Loire.

  • Médecins marocains : au Canada, l'anglais devient indispensable

    Grâce au programme Préparation à la pratique médicale en Ontario (PRO), financé par le ministère de la Santé et délivré par le Touchstone Institute, quelque 28 médecins étrangers exercent dans la province canadienne. Mais le programme n'est accessible qu'en anglais. Seul un médecin francophone, d'origine marocaine, a fait partie du lot.