Le henné, un arbre hautement symbolique

- 02h56 - Maroc - Ecrit par :

Le henné ou lawsonia inermes est cette petite plante odoriférante qui s’est révélée avoir une place importante dans la culture et les traditions marocaines.
Il n’y a pas de cérémonies, de fêtes religieuses ou profanes sans henné, utilisé pour les soins et la parure corporels, révélant le sens profond des croyances qui remontent même à la période ante islamique.

Cet arbrisseau de la famille des lythaiees, est ramifié de feuilles simples de couleur vert brillant et de feuilles blanches à quatre pétales disposées en bouquets odorants fournissant une teinture jaune-orange ou rouge ardent.
Le henné est l’héritage ancestral de toute la communauté inspirant même un mouvement artistique qui a trouvé place dans l’art contemporain. Au-delà de son aspect utilitaire, le henné a valeur de symbole et renvoie à une signification bien définie.
De fait, on constate que les rites et coutumes entourant le henné sont toujours aussi vivaces. Quant aux idéogrammes traditionnels, tels la khamsa, les allégories zoomorphes et la représentation géométrique, ils se retrouvent, de nos jours, dans les compositions des hennayates contemporaines, remarque un anthropologue marocain de l’Université Mohammed V.
L’observation attentive du nakch marocain, -ou sculpture du corps au henné- reflète l’importance picturale du graphisme hennétial, si particulier et omniprésent dans notre société.
Etant donné la place importante qu’occupe le henné dans la vie quotidienne de chacun, il est nécessaire de donner l’explication des principaux idéogrammes qui ont une charge spirituelle particulière.
Il y a tout d’abord la khamsa (à 4 à grenouille, à balance,
à 4 étoiles) qui est une composition très suggestive occupant une place dans les contes populaires.
La représentation anthropomorphique est le plus souvent limitée à l’œil et à la main, largement diffusée jusque dans les demeures. La main est amplement représentée dans les bijoux, elle est sensée protéger contre le mauvais œil.
Pour ce qui est des chiffres,
le 5, qui glorifie la sainteté, représente par excellence le symbole de l’élan vital.
Le 7 symbolise la totalité de l’univers en mouvement et correspond notamment aux 7 jours de la semaine, 7 degrés de la perfection, 7 cieux alors que le 3, très utilisé, correspond aux trilogies, telles : sagesse-force-beauté, passé-présent-avenir, naissance-maturité-mort.
Le graphisme zoomorphe où certains animaux représentés dans l’art traditionnel sont porteurs de sens, apparaît également sur les poteries, les broderies, les tapis et les bijoux. Les formes du bélier, du serpent, du lézard et du poisson symbolisent la fécondité, l’harmonie, l’abondance et la sérénité.
Concernant la représentation géométrique, le trait vertical représente un éperon planté en terre, objet que les hommes ont adoré dans les temps anciens alors que les deux traits symbolisent le dualisme qui anime chaque être (bien et mal, vie et mort etc.).
On retrouve également le croissant lunaire, le carré, le point au milieu du carré, le 3 à l’envers, la croix, les deux carrés superposés, le cercle, symbole de l’absolu, les rosaces, qui forment des triangles dont la pointe en haut symbolise le feu, la virilité et la pointe en bas évoque l’eau et symbolise la féminité. Le point signifie le centre, l’origine et le foyer.
Quant à la succession de points, elle symbolise une poussée de l’intérieur vers l’extérieur.
Pour ce qui est des rites et coutumes, la mariée reçoit une application de henné, ses cheveux sont tressés, enserrés dans un anneau d’argent, symbole de la pureté. La hennaya casse un œuf sur sa tête, symbole de la fécondité. En nouant les cheveux, elle y introduit deux dattes enduites de miel, symbole du bonheur. Les plateaux garnis, où trônait la plante de henné en maîtresse inconditionnelle, étaient apportés, avec d’autres cadeaux, à la famille de la mariée.
Concernant, les rites, ceux de la naissance, du baptême et de la circoncision, la cérémonie du henné se perpétue puisque la mère du petit circoncis tresse ses cheveux enduits de henné et les attache avec un bracelet et une loubana, contre le mauvais œil.
A la naissance, les femmes perpétuent un rituel magique sensé protéger la mère et l’enfant. Les ingrédients utilisés pour ce rituel sont les poudres composées de henné et de harmel qui accompagnent l’enfant jusqu’au quarantième jour. Lorsque le nouveau-né apparaît, on dépose sur la ligature du cordon, un baume composé de farine et de henné afin qu’il soit riche et bon.
Après l’avoir purifié, on le roule dans la poudre de henné.
Ainsi, le jour de la pose du henné est sacré, c’est une bénédiction divine qui prélude à la circoncision.
Cette cérémonie revêt, certes, moins d’importance chez les jeunes générations, cependant les coutumes se perpétuent selon un syncrétisme mêlant des apports de traditions exogènes.
Aujourd’hui, l’utilisation du henné demeure pour l’embellissement nuptial, pour le baptême et pour la circoncision.
Cela démontre qu’au Maroc, l’art du henné, parfaitement intégré au patrimoine culturel, est un mode de transmission des cultures dans les sociétés traditionnelles. Les principales confréries religieuses du Maroc telles les Gnaouas, Darquawas et Aïssaouas entretiennent avec le henné des liens intimes.
Le body-art qui faisait fureur en Occident, dès la fin des années 60 est pratiqué au Maroc, depuis des siècles, grâce au henné. Les différents tatouages peints sur les corps sont toujours très in dans les sociétés occidentales.
La pureté du graphisme, aux superbes motifs géométriques, habilement exécuté à même la peau, est chargé d’une signification séculaire, dont le sens s’est malheureusement, peu à peu perdu, pour les utilisatrices.

Source : MAP

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