Maroc : #TaAnaMeToo, pour qu’aucune femme violée ne se taise (vidéo)

9 mars 2021 - 15h20 - Maroc - Ecrit par : G.A

En plus d’avoir été brisées physiquement et psychologiquement, les victimes de viol au Maroc, sont susceptibles d’être accusées d’avoir eu une relation sexuelle hors mariage et courent le risque d’être emprisonnées en vertu de l’article 490. C’est donc pour sensibiliser les victimes de viol à s’extérioriser que le cinéaste marocain Nabil Ayouch a produit une websérie animée dénommée #TaAnaMeToo, et dans laquelle des femmes violées livrent des témoignages poignants sur le pire jour de leur vie.

Produite par le studio créatif Jawjab, filiale d’Ali’n Productions fondée par le cinéaste marocain, cette websérie est une première dans le monde arabe.#TaAnaMeToo (moi aussi #meetoo) visent à briser le silence qui entoure les agressions sexuelles. Au Maroc 6,6 % de femmes violées osent porter plainte, alors qu’une femme marocaine sur deux déclare avoir été victime de violences, selon une enquête du ministère de la famille datée de 2019.

#TaAnaMeToo est un ensemble de témoignages livrés par des femmes violées et qui se sont tues pendant des années, sous la pression d’une société apte à juger et à condamner. Les victimes ont décidé, pour la première fois donc, de parler dans #TaAnaMeToo.« J’ai signé mon arrêt de mort le jour où je me suis mariée : le viol conjugal est le pire de tous, car il se produit chaque nuit. Dès que la nuit tombait, j’avais la boule au ventre. J’avais peur. Alors je m’arrangeais pour me coucher très tôt, avant qu’il ne rentre du travail. Mais peine perdue : il me réveillait et me forçait pour avoir des rapports sexuels avec lui », confie une femme dans une des vidéos.

« J’avais 10 ans quand mon frère a commencé à me violer. Et ça a duré pendant plusieurs années », souffle une autre, qui confie avoir tenté d’alerter sa famille sur le calvaire qu’elle endurait. « Ma mère m’a accusée d’avoir tout inventé, explique la jeune femme. Quant à mon père, s’il a commencé par être bouleversé quand je lui ai tout raconté et par parler de porter plainte, il a très vite changé d’avis sur ce qu’il fallait faire. Aujourd’hui, douze ans après, mon frère va se marier, il est passé à autre chose, comme si rien ne s’était jamais produit », rapporte Jeune Afrique

La peur du qu’en dira-t-on est si forte que ces quatre femmes ont accepté de livrer leur histoire, en toute franchise et sans détours, mais à la condition que ce soit sous anonymat. « Au Maroc, il reste encore beaucoup de chemin à faire pour qu’un jour ces témoignages puissent se faire à visage découvert », souligne Youssef Ziraoui, producteur de la websérie, et directeur général de Jawjab. « Il en va d’abord de leur sécurité. Car on ne va pas se voiler la face : la peur de l’opprobre, de la hchouma (honte), est encore très forte. C’est d’ailleurs elle qui pousse de nombreuses victimes et leurs familles à étouffer ces drames, en plus de la difficulté pour elles de prouver qu’elles ont été abusées, la charge de la preuve revenant à la plaignante ».

Plusieurs artistes et dessinateurs marocains ont été mis à contributions pour porter le message de ces femmes. Il s’agit de Meryem Aït Aghnia, Oussama Abbassi, Nass Reda-Fathmi, ou encore Zaïnab Fassiki, connue pour son travail en tant « qu’activiste », comme elle aime à se qualifier, qui combat le patriarcat par le dessin. « Notre vocation, en tant que média, n’est pas tant d’initier un mouvement, mais simplement de donner un maximum de résonance à celles qui ont fait le choix de parler, de faire en sorte qu’elles soient désormais écoutées par la société marocaine », martèle le cinéaste marocain Nabil Ayouch.

Bladi.net Google News Suivez bladi.net sur Google News

Bladi.net sur WhatsApp Suivez bladi.net sur WhatsApp

Sujets associés : Femme marocaine - Vidéos - Violences conjugales - Témoignage

Aller plus loin

Deux interpellations après le viol d’une femme à Rabat

À Rabat, les éléments de la police judiciaire relevant du 3ᵉ arrondissement ont interpellé deux repris de justice soupçonnés d’avoir violé et fait chanter une jeune femme à...

Une majorité de Marocaines victimes de violence

Plus de la moitié des Marocaines âgées entre 15 et 74 ans ont été victimes de violences. C’est ce qu’a indiqué le président du Conseil économique social et environnemental...

La « hchouma », ou la honte, à travers une série de portraits de jeunes arabophones

Le photographe marocain Hamza Abouelouafaa et son collègue Soukayna se sont inspirés de l’expression « hchouma », qui renvoie à la honte pour proposer une série de portraits...

La danseuse Maya Dbaich se moque des femmes violées

Après avoir fait le buzz sur les réseaux sociaux en s’attaquant aux Marocains, la célèbre danseuse Maya Dbaich revient au-devant de la scène dans des vidéos où elle...

Ces articles devraient vous intéresser :

Maroc : crise du célibat féminin

Au Maroc, le nombre de femmes célibataires ne cesse d’accroître, avec pour conséquence la chute du taux de natalité. Quelles en sont les causes ?

Ramadan et menstrues : le tabou du jeûne brisé

Chaque Ramadan, la question du jeûne pendant les menstrues revient hanter les femmes musulmanes. La réponse n’est jamais claire, noyée dans un tabou tenace.

Maroc : pas de congé menstruel pour les femmes fonctionnaires

La proposition de loi visant à instaurer un congé menstruel, d’une durée ne dépassant pas deux jours par mois, en faveur des femmes fonctionnaires n’a pas reçu l’assentiment du gouvernement.

L’actrice Malika El Omari en maison de retraite ?

Malika El Omari n’a pas été placée dans une maison de retraite, a affirmé une source proche de l’actrice marocaine, démentant les rumeurs qui ont circulé récemment sur les réseaux sociaux à son sujet.

Vers une révolution des droits des femmes au Maroc ?

Le gouvernement marocain s’apprête à modifier le Code de la famille ou Moudawana pour promouvoir une égalité entre l’homme et la femme et davantage garantir les droits des femmes et des enfants.

Youssra Zouaghi, Maroco-néerlandaise, raconte l’inceste dans un livre

Victime d’abus sexuels et de négligence émotionnelle pendant son enfance, Youssra Zouaghi, 31 ans, raconte son histoire dans son ouvrage titré « Freed from Silence ». Une manière pour elle d’encourager d’autres victimes à briser le silence.

Maroc : les femmes divorcées appellent à la levée de la tutelle du père

Avant l’établissement de tout document administratif pour leurs enfants, y compris la carte d’identité nationale, les femmes divorcées au Maroc doivent avoir l’autorisation du père. Elles appellent à la levée de cette exigence dans la réforme du Code...

Maroc : présenter un acte de mariage dans les hôtels c’est fini

L’obligation de présenter un contrat de mariage lors de la réservation de chambres d’hôtel au Maroc pour les couples aurait été annulée. Cette décision survient après la colère du ministre de la Justice, Adellatif Ouahbi.

L’humoriste Taliss s’excuse après avoir insulté la femme marocaine

L’humoriste Taliss de son vrai nom Abdelali Lamhar s’est excusé pour la blague misogyne qu’il a faite lors d’une cérémonie organisée en hommage aux Lions de l’Atlas qui ont atteint le dernier carré de la coupe du monde Qatar 2022. Il assure n’avoir pas...

« Tu mourras dans la douleur » : des féministes marocaines menacées de mort

Au Maroc, plusieurs féministes, dont des journalistes et des artistes, font l’objet d’intimidations et de menaces de mort sur les réseaux sociaux, après avoir appelé à plus d’égalité entre l’homme et la femme dans le cadre de la réforme du Code de la...