Les Marocains sont-ils les plus malhonnêtes du monde ?
Une étude publiée dans la revue Science classe le Maroc parmi les pays les moins honnêtes en matière de restitution d’objets perdus. Les chercheurs révèlent toutefois que la probabilité de retour augmente paradoxalement avec le montant d’argent contenu.
Des chercheurs des universités de Zurich, du Michigan et de l’Utah ont mené une enquête d’envergure mondiale sur la moralité, portant sur 355 villes dans 40 pays. L’expérience, dont le coût s’est élevé à 600 000 dollars, a consisté à remettre plus de 17 000 portefeuilles "perdus" à des employés de diverses institutions comme des banques ou des commissariats.
Chaque portefeuille transparent contenait trois cartes de visite, une liste de courses, une clé et, dans certains cas, l’équivalent de 13,45 dollars. Les résultats montrent une tendance globale surprenante : plus le montant d’argent présent dans le portefeuille est élevé, plus les citoyens ont tendance à contacter le propriétaire.
Civisme mondial : pourquoi les Marocains rendent peu les portefeuilles perdus
Les conclusions de l’enquête placent le Maroc au bas du classement, aux côtés de la Chine, du Kazakhstan et du Pérou. Dans le royaume, moins de 10 % des portefeuilles vides ont été restitués, contre un peu plus de 20 % pour ceux contenant de l’argent. Ce chiffre contraste fortement avec la Suisse ou la Norvège, où le taux de retour dépasse les 70 %.
Les chercheurs expliquent ce comportement par le rôle moteur de l’image de soi. « Quand il y a de l’argent, les gens ont soudain l’impression de voler, et l’impression est encore plus forte quand le montant augmente », souligne Christian Zünd, doctorant à l’université de Zurich. L’altruisme et la peur de se percevoir comme un voleur l’emportent ainsi sur l’intérêt matériel.
L’étude précise que la richesse relative d’une nation n’est pas le seul facteur explicatif. Selon Alain Cohn, professeur à l’Université du Michigan, « la richesse ou pauvreté relative ne suffit pas à expliquer les différences entre pays ». Le système politique et les valeurs culturelles locales jouent un rôle déterminant dans l’acte de restitution.
Enfin, les auteurs notent une corrélation entre les structures sociales et l’honnêteté envers les inconnus. Plus les liens familiaux sont historiquement forts au sein d’une société, moins les portefeuilles ont été rendus. Ce facteur culturel semble influer sur la perception de la responsabilité civile et du civisme vis-à-vis des membres extérieurs au cercle familial.
Pourquoi le Maroc est-il en bas du classement de l’honnêteté ?
Avec moins de 10 % de portefeuilles vides rendus, le Maroc figure parmi les derniers. L’étude de Science explique ce résultat par des structures sociales aux liens familiaux très forts, qui limitent parfois la responsabilité civile envers les inconnus.
L’argent présent dans un portefeuille favorise-t-il sa restitution ?
Oui, paradoxalement. Le taux de retour au Maroc grimpe à 20 % lorsqu’il contient de l’argent. Plus la somme est élevée, plus l’individu craint de se percevoir comme un voleur, privilégiant son image de soi à l’intérêt matériel.
La richesse d’un pays explique-t-elle son civisme ?
Non, la pauvreté n’est pas le facteur clé. Si la Suisse dépasse les 70 % de retours, les chercheurs précisent que ce sont surtout les valeurs culturelles et le système politique qui dictent l’honnêteté publique, bien plus que le niveau de vie.