La microfinance se penche sur les réfugiés

- 22h45 - Maroc - Ecrit par : L.A

Mini-révolution dans le monde de la microfinance marocaine. Malgré la précarité de leur statut juridique, les réfugiés porteurs de projets peuvent décrocher des fonds. « Il ne s’agit pas de prêts mais de dons. Ce n’est pas non plus de l’assistanat », note Anne Balenghein, vice-président de l’Association marocaine d’appui à la promotion de petite entreprise (AMAPPE). Elle veille, « bénévolement », avec trois autres salariés sur ce dossier.

Les bénéficiaires n’ont pas donc d’obligation de remboursement. Le financement est couplé à un suivi et une formation. Créée en 1991, l’AMPPE est depuis septembre dernier l’un des partenaires sociaux du Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (UNHCR). L’instance onusienne injecte les fonds et son « associé » en effectue le suivi. Auparavant, c’était l’Association départ pour l’éducation, la communication et les oeuvres sociales (ADECOS) qui s’en occupait. Elle fait toujours partie des partenaires du HCR. Elle se focalise surtout sur un service d’écoute et d’orientation…

Pour « des raisons d’expertise, l’AMPPE a repris la relève dans la microfinance pour réfugiés », précise-t-on au HCR. On parle pour l’instant de phase transitoire. Le parrainage est à son stade embryonnaire. L’année qui s’annonce sera décisive.

Depuis deux ans, 200 demandes ont été déposées par des réfugiés porteurs de projets. Un peu plus de la moitié a été traitée. « Le dépôt des candidatures est actuellement suspendu afin de gérer le passif », précise Anne Balenghein. Une trentaine d’études de faisabilité sont déjà prêtes. Et 17 autres microprojets de réfugiés ont démarré. Le montant global du budget alloué aux microprojets n’a pas été divulgué. Mais il sera « proportionnel à leur nombre ». Le financement moyen est de 5.500 DH par projet. De plus, 500 DH par personne sont accordés pour les frais.

Comme c’est le cas pour le microcrédit, les candidats sont soumis à des critères d’éligibilité. Ils doivent être majeurs et réfugiés politiques (reconnus par le HCR). Leurs microprojets doivent cibler des secteurs porteurs. « La vente de poissons salés, par exemple, n’est pas automatiquement retenue », souligne la représentante de l’AMAPPE. Parmi les propositions, il n’y a pas que la vente (produits cosmétiques, artisanat…). Les services figurent aussi : massage de rééducation, installation de parabole, télécoms… Il va de soi que les « prétendants » doivent avoir un minimum de compétence.

La notation des projets se base également sur des critères éthiques. « Les sujets fragiles, femme enceinte ou mère, ont une bonification », précise Anne Balenghein. La date du dépôt joue aussi. C’est surtout le profil des candidats qui est surprenant. On y déniche souvent des bac+4 voire plus (informaticien, économiste, psychologue…). Un profil aussi pointu que celui des crédits pour jeunes promoteurs. Une commission, composée de l’AMAPPE et du HCR, valide finalement les projets.
Mais tout n’est pas rose. Sans oublier les rafles de police, la « vision étroite du marché local des réfugiés » menace la viabilité de leurs projets.

« Le programme à lui seul ne peut résoudre leur survie économique », affirme Paulin-Kuanzanbi. Il est réfugié angolais depuis mars 2003 et cameraman de profession. Jusqu’à présent, Rabat n’a pas de procédure d’asile. Une précarité juridique qui accentue la précarité économique… des réfugiés !

Brèche

Des dons pour les réfugiés porteurs de microprojets. L’initiative est prometteuse. Car elle atténue l’amalgame fait entre réfugié politique et économique. Si cette démarche poursuit sa lancée, elle va ouvrir une brèche. Les microprojets des réfugiés « ayant fait leur preuve bénéficieront de prêts cette fois-ci », indique le HCR. L’idée fait son chemin. La fondation Zakoura fera-t-elle le pas ? Il est encore tôt pour se prononcer.

Durant ces deux dernières années, le HCR a traité 3.250 demandes d’asile. Ils sont actuellement 770 réfugiés a avoir obtenu un statut.

L’Economiste - Faiçal Faquihi

  • Les subsahariens au Maroc subissent la lois du plus fort

    La Police marocaine a procédé le lundi 28 janvier 2008 à des arrestations de migrants subsahariens, suite au match de football opposant le Maroc au Ghana et qui s'est soldé par l'élimination de l'équipe nationale marocaine.

  • Un centre d'assistance aux réfugiés et demandeurs d'Asile bientôt au Maroc

    Un centre d'assistance juridique aux réfugiés et demandeurs d'asile sera mis en place bientôt au Maroc, a t-on appris lundi à Rabat au cours d'un colloque sur la protection des réfugiés dans les flux migratoires mixtes.

  • Réfugiés au Maroc, une situation précaire malgré des papiers en règle

    Rabat, vendredi 4 avril. Après quatre décennies de présence au Maroc, le Haut commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) inaugure enfin le siège de sa représentation diplomatique, en présence du Haut commissaire adjoint, Craig Johnston, en tournée dans la région.

  • KfW octroie un prêt de 10 millions d'euros au FONDEP

    Doris Köhn, Senior vice-president de la KfW et Zine El Abidine Otmani, directeur de la FONDEP, ont signé récemment à Rabat un accord de partenariat relatif à un prêt de 10 millions d'euros, prêt remboursable sur huit ans avec un différé de 2 ans. Très active dans la microfinance dans le monde, cette opération est la première concrétisée par la KfW directement avec une AMC au Maroc. La banque de développement allemande vise par cet accord à accompagner l'institution marocaine dans le développement de son activité d'appui financier aux populations défavorisées.

  • Maroc Entrepreneurs lance la 2e édition de Tremplin

    Coup d'envoi pour la 2e édition de Tremplin Maroc. Le programme visant l'accompagnement des créateurs d'entreprise en herbe, initié par l'association Maroc Entrepreneurs, est en phase de recrutement de candidatures. Les intéressés ont jusqu'au 2 février pour postuler. A la clé, des sessions de formation personnalisées, dispensées par des professionnels spécialisés en création d'entreprise.

  • Réfugiés africains au Maroc, le provisoire qui dure longtemps

    Selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), la majorité des réfugiés africains au Maroc sont issus de Côte d'Ivoire, de République démocratique du Congo et d'Irak.

  • L'UNHCR va signer un accord de siège avec le gouvernement marocain

    L'agence des Nations Unies pour les réfugiés annonce aujourd'hui la signature prochaine d'un accord de siège avec le Maroc, grâce auquel son bureau à Rabat deviendra une Représentation à part entière.

  • Microcrédit, les Marocains champions

    Le MIX (Microfinance information exchange) a publié son premier classement mondial des institutions de microfinance pour 2007, compilant les données de 820 institutions à travers le monde.

  • Un premier centre d'aide aux réfugiés à Rabat

    Un tout premier centre d'accueil pour les immigrés a été inauguré à Rabat mardi 15 juin. Son but principal : venir en aide aux réfugiés installés au Maroc.

  • Droits de l'Homme : Peine de mort, libertés publiques et droits des pauvres...

    A quelques jours du vote prévu le 16 décembre de la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU instaurant un moratoire de la peine de mort, le Parlement marocain soulève le débat sur la position du Maroc. Interpellé par le groupe de l'alliance socialiste à la Chambre des conseillers, le ministre de la Justice, Abdelouahed Radi, a déclaré que le Maroc ne votera pas ce moratoire. « Il y a débat au Maroc entre les abolitionnistes et les partisans du maintien de la peine de mort. Nous nous abstiendrons car nous ne sommes pas encore arrivés à trancher », a-t-il déclaré. Et d'ajouter : « on ne peut pas improviser des positions du jour au lendemain sur ce genre de questions ».