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Pendant 20 ans au bureau, Mohamed Amghar a été Antoine (vidéo)

Mohamed « Antoine » Amghar

17 décembre 2019 - 09h00 - Monde

Mohamed Amghar demande réparation aux prud’hommes pour discrimination et harcèlement moral. Pendant 20 ans, ses employeurs l’ont contraint à se faire appeler Antoine.

Entre 1997 et 2017, l’ingénieur s’est trouvé confronté à une situation gênante. Personne ne savait quel prénom lui donner. Mohamed ou Antoine ? Aujourd’hui âgé de 63 ans, ce Franco-Algérien accuse la direction d’Intergraph France, une entreprise de logiciels basée à Rungis (Val-de-Marne), de lui avoir imposé ce prénom d’emprunt, à la consonance plus hexagonale, rapporte Le Parisien.

« Au-dessus de moi, il y avait des gens pas très malins, qui ne pouvaient pas concevoir qu’un Arabe travaille dans la haute technologie et traite avec des boîtes comme EDF ou Areva. Ces gens me méprisaient », déplore-t-il dans les colonnes du journal. Il a reçu le soutien de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA).

Mais que dit la société sur la plainte de Mohamed Amghar ? Aujourd’hui Hexagon PPM, les responsables estiment n’avoir « influencé » personne et jugent ces « accusations injustifiées ». Sur ses cartes de visite, sur ses récompenses internes, dans des mails qu’il échange avec la direction, on retrouve en effet le prénom « Antoine ». Alors que pour les démarches officielles, comme des demandes d’accès à des sites sécurisés, c’est son prénom à l’état civil, Mohamed, qui est indiqué. Même ses fiches de paie sont établies au nom de ’’Mohamed-Antoine’’.

Son avocate, Me Galina Elbaz, juge ce cas « emblématique » des discriminations raciales au travail. Elle se réjouit des nombreuses preuves qui existent et donnent de la solidité au dossier. Mais la partie est loin d’être gagnée. Dès 2018, l’avocate, déléguée à la lutte contre les discriminations de la LICRA, avait mis en demeure la société Intergraph pour une réparation à l’amiable. « On ne peut pas exclure que M. Amghar ait pu être à l’origine de ce prénom », lui avait rétorqué la direction, affirmant ignorer les raisons de ce changement de prénom, et renvoie vers le PDG de la société, décédé.

Mohamed Amghar rassure qu’il ne fait pas tout ceci pour de l’argent. « C’est un combat pour la dignité. Dès le premier jour, je savais que je demanderais réparation. », a-t-il déclaré.

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