Paris : Morad, le « prince charmant » qui a brisé la vie de six femmes
Morad R., 39 ans, un habitué des clubs parisiens, est accusé par six ex-compagnes de vols, violences et manipulations. Ces dernières racontent comment elles ont été piégées par cet homme et lancent un appel à témoins.
« Ce n’est pas Brad Pitt, mais il a un sacré charisme. Il prend soin de lui et il en jette », confie Iris, 40 ans, au Parisien. La quadragénaire décrit un beau parleur au physique avantageux, balafré, avec des « yeux de biche » et des « belles lèvres ». Elle, ainsi que les cinq autres, sont tombées sous le charme du « prince charmant » qu’elles ont « toujours attendu ». Mais elles ont été désillusionnées. Selon une amie d’Iris, Morad entretenait jusqu’à quatre relations en même temps. « Il nous a collectionnées, utilisées, volées et brisées », dénonce Brune, 40 ans.
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Parmi ces six femmes, quatre ont porté plainte contre Morad pour vols et escroqueries, violences physiques extrêmes avec étranglements, coups de poing et morsures, menaces de mort, harcèlement et destructions de biens. L’homme est connu de la justice pour avoir été condamné en mai 2022 à Nanterre à quatre mois de prison avec sursis probatoire. La plainte d’Iris, déposée en juin 2024 à Biarritz où elle vit, a été transférée au commissariat du Xᵉ arrondissement de Paris, là où Morad serait domicilié. Brune, elle, l’a assigné devant le tribunal de Bobigny après que sa plainte s’est perdue lors d’un transfert. L’affaire sera examinée en janvier 2026. Son avocate demande à la justice à mesurer « la dangerosité » de cet homme au casier déjà lourd. Il compte au total 9 condamnations. « Au-delà de trois victimes, avec un mode opératoire similaire, il y a sérialité », explique Me Vanessa Zencker, spécialisée dans les violences conjugales.
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Les six femmes racontent la même histoire, à savoir qu’elles ont été séduites par Morad qui les arrosait de compliments et de cadeaux. « Vous êtes une princesse. Il vous couvre de cadeaux, répond à vos demandes, voire les anticipe. C’est un serpent, vous êtes hypnotisée », explique Claudia, ingénieure commerciale de 40 ans. Morad s’installe rapidement chez elle, mais s’absente souvent. Des absences toujours justifiées par des raisons familiales. « Dans son ordinateur, j’ai vu la photo d’une femme sur une plage, avec écrit : En souvenir de nos vacances en Sicile. Il était censé être au Maroc, chez son père », raconte Brune, dépitée. Le jeune homme s’arrange pour que chaque femme n’ait accès qu’à une partie de ses publications. « Une semaine après avoir passé Noël chez ma famille, il est parti au Japon avec une autre. Tout le monde voyait ses stories japonaises, sauf moi », s’indigne Brune, photographe retoucheuse dans la haute couture. Le charmeur se serait même rendu à un festival de musiques électroniques accompagné de deux femmes. « Il passait de toi à moi de scène en scène », a confié l’une d’elles à Brune.
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D’après les victimes, Morad vivait à leur crochet. « Dès le premier rencard, il m’a fait le coup de la carte bleue bloquée », se rappelle Kiko, commerciale japonaise. Au début, les sommes seraient modestes. « Billets d’avion, hammam, nourriture… Je payais tout », confesse Iris. Puis les montants grimpent. Il volerait des cartes bancaires, des chèques, détournerait des comptes sur internet. Iris a même clôturé l’assurance-vie de sa mère, pensant investir dans le « kebab de luxe » que Morad montait : 25 000 euros virés directement sur son compte. Depuis, le commerce a fait faillite. Iris n’a gardé qu’une reconnaissance de dette, jamais remboursée à ce jour. Morad s’est ensuite volatilisé. « Je t’ai baisée, tu as été un pion », avouera-t-il à une autre femme lors d’un appel qu’elle a enregistré. Un juge aux affaires familiales de Bayonne l’a condamné à rembourser 11 500 euros à Brune. Mais Morad « est insaisissable. Nous ne savons pas où il vit. Il veut échapper à ses responsabilités », déclare Me Vanessa Zencker. « Un sentiment d’impunité totale », dénonce Fadila, qui aurait perdu plus de 4 300 euros en trois mois de relation.
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L’homme commence à les violenter dès les débuts de la relation. « La première gifle ? J’avais acquiescé quand une amie, agente de mannequin, avait dit au pote de Morad qu’il pourrait être lui-même mannequin », raconte Brune. Elle garde un mauvais souvenir d’un voyage au Mexique. « Il m’a étranglée plusieurs fois, rouée de coups devant son ami, arraché des cheveux. Je me suis enfuie de la chambre d’hôtel en soutif. » Morad serait un homme très jaloux qui ne supporterait pas que ses compagnes ne répondent pas immédiatement à ses appels. « Il exigeait un appel visio pour prouver avec qui j’étais », explique Brune qui montre 40 notifications d’appels manqués de Morad en une heure. Il les bombarderait d’insultes et de menaces de mort : « Je vais te tuer sale pute […] t’auras plus de gueule », « je vais te détruire, je suis vicieux ». Claudia a même reçu des insultes par microvirements bancaires, les injures glissées dans le motif du virement, après l’avoir bloqué. Une psychologue des unités médico-judiciaires a évalué ses traumatismes à 15 jours d’ITT.
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Trois victimes auraient vu leur appartement saccagé. Brune a découvert le message « Je vais te niquer », gravé sur sa porte d’entrée. Le téléviseur de Johanne aurait été jeté depuis le 5ᵉ étage. « Il aurait pu tuer quelqu’un », avoue-t-elle. Des années après la fin de leur relation, ces femmes restent terrorisées. Un psychiatre a diagnostiqué chez Brune un « syndrome post-traumatique […] sévère ». Les six ex-compagnes de Morad espèrent que la justice les entendra. Elles lancent aussi un appel à témoins pour identifier d’autres victimes potentielles.