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29 décembre 2007 - 23h40 - Marocains du monde

L’essor des Investissements Directs Etrangers (IDE) au cours des dernières années a eu un impact positif certain sur la conjoncture économique du Maroc. Pour continuer sur cette lancée, les pouvoirs publics cherchent à mobiliser la communauté marocaine à l’étranger, en particulier les MRE qui ont le mieux réussi dans les pays d’accueil, pour promouvoir l’image de marque du Maroc.

Seulement, les attentes de cette diaspora même, ont-elles été suffisamment prises en considération ? Au contact de membres de cette communauté intéressés par la question de l’investissement, il se dégage une impression de profonde incompréhension de ce que veulent les uns des autres. Ce qui est certain, c’est qu’il est une question de confiance à rétablir et de liens à renouer, sur de nouvelles bases. Si les autorités marocaines tardent à le faire, des solutions pourraient survenir d’ailleurs, la nature ayant horreur du vide.

L’année qui s’achève a été bonne en terme d’investissements directs étrangers (IDE) au Maroc : 3 milliards d’euros, sans privatisations. Les responsables politiques ont de quoi être fiers en la matière. Depuis le début de l’actuelle décennie, année après année, le Maroc se confirme comme une destination privilégiée pour les investisseurs étrangers. Dans le rapport mondial 2006 sur les IDE, le Maroc occupe la 4ème place africaine. Mais, si l’on devait tenir compte de la diversité des secteurs d’activités ayant reçu ses IDE, le Maroc serait encore mieux placé que certains pays qui le devancent. Au Nigeria, par exemple, l’essentiel des IDE sont orientés vers le seul secteur des hydrocarbures, ce qui, en ces temps de disette en ressources pétrolières, s’explique amplement.

Sans pétrole, le Maroc s’en sort plutôt bien, les secteurs investis par les opérateurs étrangers vont du tourisme à l’agroalimentaire en passant par l’immobilier, les centres d’appels et la sous-traitance industrielle. Un diplomate européen en poste à Rabat explique cet essor des investissements étrangers et, donc, de la confiance qu’inspire le Maroc, par l’unanimité des acteurs politiques marocains à ce sujet. Le capital national étant insuffisant pour financer le développement économique escompté, d’importants efforts ont été déployés pour faciliter l’investissement, en particulier des capitaux venant de l’étranger. Le diplomate européen précise toutefois, qu’environ les deux tiers de ces investissements sont le fait de marocains expatriés.

Les 13 et 14 décembre derniers, Skhirat (banlieue de la capitale) a accueilli la 5éme édition des Intégrales de l’investissement, le thème de l’année étant « Les investisseurs marocains du monde, acteurs de la diplomatie économique ». Une manière claire pour les responsables politiques d’exprimer la conscience qu’ils ont de l’importance et de la diversité du rôle que peut remplir la diaspora marocaine dans l’essor socio-économique du pays. M Hassan Abouyoub, ambassadeur itinérant et président du comité scientifique de ladite conférence dira que le Maroc a atteint « un degré de maturité économique qui exige davantage de compétences et d’expériences qu’incarnent les compétences marocaines qui ont intégré les grands systèmes économiques mondiaux ».

Nouvelle conception des choses

Les MRE, diplomates économiques au service de leur pays d’origine ? L’idée ne semble pas nouvelle. « Nous menons déjà toutes les démarches nécessaires pour que les Marocains de la diaspora soient les ambassadeurs de leur pays à l’étranger en ce qui concerne l’investissement. Nous travaillons bénévolement, personne ne nous a jamais donné un sou pour ce faire. C’est avec notre propre argent que nous menons des missions de prospection à l’étranger, que nous organisons des caravanes de prospection et de promotion et nous en sommes à la cinquième du genre. Nous en avons envoyé aux Emirats Arabes Unis, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre et en Suisse » indique M Bouchaïb Rami, président du club des investisseurs marocains de l’étranger et du Conseil mondial de la communauté marocaine à l’étranger. « Notre club a été créé il y a dix ans et il est constitué de 500 associations de marocains installés à travers le monde. Ce club ne s’occupe que de la question des investissements des MRE au Maroc ».

Rencontré lors des Intégrales de l’investissement, M Rami ne cache pas un certain écoeurement. « Maintenant, je vois se développer une nouvelle conception des choses. Notre pays s’est, enfin, mis à s’intéresser aux immigrés. Pourquoi ne s’y intéressait-il pas auparavant ? » « En Europe aussi, il y a un nouveau discours sur l’immigration. On parle beaucoup d’immigrés choisis. Et nous alors ? s’insurge M Rami. Nous ne servons plus à rien ? Ils ont oublié quand ils sont venus nous chercher dans nos pays ? ».

Dans les pays d’accueil, il est vrai, le discours envers les populations immigrées a connu maintes évolutions. Au début, quand les besoins de reconstruction de l’Europe d’après-guerre l’exigeaient, c’était « venez travailler chez nous, vous y serez payés mieux que chez vous ». Ensuite, après les deux chocs pétroliers et la fin des “trente glorieuses”, c’est devenu : « Cessez de venir, rentrez chez-vous, nous n’avons plus besoin de vous ».

Maintenant, dépopulation de l’Europe exige, le nouveau discours est : « Nous sommes prêts à accueillir les meilleurs d’entre vous, ceux pour lesquels vos Etats ont le plus dépensé en formation, ceux-là même grâce auxquels vos pays escomptent sortir du sous-développement ».

Que fait-on avec les milliards transférés ?

« Les ‘têtes’ doivent rester sur place pour construire ce pays et nous, nous travaillons à l’étranger et nous envoyons de l’argent à notre pays, argumente M. Rami. Avec cet argent, on devrait faire des investissements et à nos compétences nationales de les fructifier. Nous envoyons 47 milliards (de centimes) par an au Maroc, qu’est ce qui est fait avec cet argent ? Au lieu que ce soit d’autres pays qui profitent de ces compétences, c’est à nous de les recruter et d’exploiter leurs capacités. Ils partent en France, par exemple, où on leur accordent une carte de séjour de trois ans, mais soyez certains que dans leur majorité, ils ne reviendront jamais ».

En fait, M. Rami souligne un phénomène déjà relevé par l’ONU. Dans un rapport du conseil économique et social des Nations Unies consacré à la question « Migrations internationales et développement », daté de décembre 2005, il est, en effet écrit : « Les migrants se recrutent généralement parmi les travailleurs les plus qualifiés, dont le profil professionnel peut intéresser les pays d’accueil (…) La demande de migrants qualifiés de la part des pays d’accueil conjuguée à des facteurs déclenchants dans les pays d’origine poussent un nombre croissant de diplômés et de travailleurs hautement qualifiés à s’expatrier. L’émigration nuit sérieusement aux efforts de développement du pays d’origine (…) parce qu’elle l’empêche d’atteindre la masse critique de ressources humaines pour stimuler le développement économique ».

Le même rapport onusien indique, cependant, qu’« on a de plus en plus conscience du rôle important qu’une diaspora hautement qualifiée peut jouer dans la promotion du développement et le changement social, économique et politique dans le pays d’origine ». D’autre part, « l’ampleur et la portée accrues des migrations internationales a entraîné une multiplication des réseaux sociaux qui lient les pays d’origine et les pays d’accueil de manière plus solide et plus intime qu’auparavant (…). C’est aussi par l’intermédiaire (de ces réseaux) que l’argent, l’information, les biens et les idées circulent.

Mais, ce qui a changé, c’est que les technologies modernes de l’information et des communications (NTIC) ont permis le maintien de contacts réguliers et étroits entre les diasporas et les pays d’origine. Qui plus est, l’existence de moyens de transports plus rapide et moins cher a permis aux gens de devenir transnationaux et de voyager facilement d’un pays à un autre, de conserver une forte présence dans plusieurs pays et d’avoir des intérêts considérables à la fois dans le pays d’origine et le pays d’émigration ».

Elitisme et tapis rouge

Tout milite, donc, en faveur d’un resserrement des liens entre le Maroc et sa communauté expatriée, en particulier ‘ceux qui ont le mieux réussi. « Le Maroc dispose, à travers sa diaspora, d’un outil de promotion et de développement extrêmement important. Il ne faut pas oublier qu’il y a trois millions de marocains à l’étranger, qui sont pour la plupart des gens solvables, pleins d’idées et de savoir-faire*. Il faudrait exploiter tout ce potentiel. Aujourd’hui, dans le monde entier le travail se fait en réseau. Et notre diaspora à l’étranger est un excellent réseau, qui peut effectivement amener beaucoup de choses, que ce soit au niveau des corporations dont ils font partie dans les pays où ils se trouvent ou dans les entreprises dans lesquelles ils travaillent. “ Nous avons là des ambassadeurs bénévoles et bien motivés, qu’il faut juste savoir mobiliser et activer “ estime M Idrissi Jawad, conseiller en investissement. « Le Maroc est entrain de déployer le tapis rouge à cette communauté marocaine expatriée pour qu’elle revienne dans le pays et y amène le savoir-faire acquis à l’étranger et les réseaux qu’elle s’y est constitué, et contribue à ce que le Maroc devienne un pays d’accueil des investissements et des projets plus qu’il ne l’est aujourd’hui ».

« Nous ne devons pas nous adresser aux seuls MRE qui ont fait des études supérieures. Ceux-là sont utiles, il est certain, mais ils peuvent, à la limite, se débrouiller, estime Mme Rachida Ouriaghli, assistante sociale, ex-députée au Bundestag (parlement allemand), membre du Conseil municipal de la ville d’ Offenbach, présidente de l’Association marocaine pour la Culture et les Oeuvres sociales, membre et porte-parole du comité exécutif du Parti des Verts à Mannheim. Il y a aussi ceux qui ont de l’argent et qui sont peu ou pas instruits. Croyez-vous que ces gens là vont lire la charte des investissements, même si elle devait être traduite en allemand, pour savoir tout ce qu’offre le Maroc en la matière ? De plus, il faut être juriste pour comprendre le jargon dans lequel elle est écrite. Il y a des membres de la communauté marocaine en Allemagne, des rifains, qui ont des fortunes colossales. Ils ne vont pas toujours venir pour acheter seulement des maisons. Investir dans l’immobilier, c’est geler son capital. Si l’on veut vraiment promouvoir les investissements des MRE au Maroc, ce sont ces gens que nous devons convaincre et attirer ».

Ces riches MRE illettrés

Ces riches MRE peu ou pas instruits dont parle Mme Ouriaghli, on ne les voit pas dans les émissions de télévision consacrées aux success story, mais ils existent, ont réussi, en effet, à se constituer d’importants capitaux dans les pays d’accueil, mais gardent la mentalité du pays et n’ont qu’une confiance très limitée dans le ‘Makhzen’. Mme Ouriaghli a mis l’accent sur une tare congénitale des responsables politiques marocains : l’élitisme. Maintenant que le Maroc veut exploiter au mieux le potentiel de sa communauté expatriée, après de longues années pendant lesquels les « zmagrias » n’étaient perçus que comme une simple source de devises, les décideurs ne cherchent maintenant à attirer, au sein de cette population immigrée, que certains ‘profils’, les plus instruits, les mieux placés, mais aussi les mieux intégrés. C’est-à-dire ceux qui souffrent généralement le moins du racisme, que même les pays d’accueil veulent garder, voire en accueillir davantage, au moment où ils crient à qui veut les entendre qu’ils ne peuvent plus vouloir plus d’immigrés. Imaginez les sentiments des immigrés « ordinaires », que plus personne ne courtise, ni leurs pays d’accueil, ni leurs pays d’origine. Les deux parties, pays émetteurs et récepteurs, n’ont plus d’yeux que pour les « compétences ». Mohamed, né en France et résidant au Luxembourg est chef d’entreprise, membre et porte-parole de l’Alliance des Marocains à l’étranger. Rencontré également lors des Intégrales de l’investissement, il ne cache pas son étonnement. « Si j’ai une remarque à faire à propos de cette conférence, c’est que les vrais investisseurs, les promoteurs économiques marocains de l’étranger, ne sont pas là. Je suis dans les affaires depuis de longues années et je voyage un peu partout à travers le monde. Sur les 1.500 personnes qui participent à cette conférence, les vrais promoteurs marocains de l’étranger ne sont pas plus d’une dizaine à être présents ». Et les autres, qui sont-ils ?

Beaucoup de progrès, mais…

Forçant un peu sur le trait, M Rami considère que « le Maroc n’est pas prêt pour recevoir les MRE qui veulent investir dans leur pays d’origine. Il y a beaucoup de difficultés, d’entraves administratives, la justice qui ne fait pas son travail…S’il n’y a pas de justice dans un pays, comment voulez-vous que les gens y investissent ?

Pour M Idrissi, amener des capitaux au Maroc est une profession. « Je suis consultant à la fois pour les marocains et les étrangers qui veulent investir au Maroc ». Que pense t-il donc à ce sujet ? « A mon avis, nous avons fait beaucoup de progrès, cette dernière décennie, en matière d’encouragement des investissements. Nous avons un héritage extrêmement lourd et négatif dans ce sens. Les décideurs politiques sont entrain, maintenant, d’essayer de le surmonter. Je pense qu’ils y arrivent, petit à petit, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire pour faciliter et baliser le chemin aux investisseurs.

Il faut faciliter la tâche aux MRE, qui ne sont pas forcément des professionnels, des gens de métier en ce qui concerne les investissements. Une bonne partie de la diaspora marocaine est désireuse de venir investir au Maroc, d’y monter des projets. Mais il faut en faire plus pour les accompagner dans leurs démarches, plus encore que ce que l’on fait aujourd’hui ».

Des marocains qui veulent venir investir au Maroc, il y en a et nous en avons rencontré. Mohammed Baedida est entrepreneur et président des associations marocaines du Danemark, où il réside depuis 21 ans. « Je suis intéressé par l’investissement au Maroc depuis que j’ai trouvé une opportunité, grâce à l’aide de notre ambassadrice à Copenhague, Mme El Kabbaj Aicha, qui fait de son mieux pour inciter marocains et danois à investir au Maroc. Mon projet portera sur le tourisme dans la région de Taounat et de Ouarzazate. En fait, nous sommes un groupe d’investisseurs et notre projet est en cours d’étude depuis presque une année ».

Donc, vous avez étudié le climat de l’investissement au Maroc avant d’y venir ? « Nous nous référons au discours de SM le Roi à ce sujet et nous avons des statistiques, mais nous attendons l’accord des responsables ici au Maroc. Nous avons déjà déposé notre dossier au CRI ».

Le téléphone marocain

Y a-t-il beaucoup de marocains du Danemark qui sont intéressés par l’investissement au Maroc ? « Je ne peux pas donner de chiffres exacts, mais je peux vous dire qu’il y a beaucoup de marocains, dont des juifs, ainsi que des étrangers, qui sont intéressés par l’investissement au Maroc ».

Certains MRE demeurent toutefois hésitants. Mohamed Fouad Ghandari vit depuis17 ans en Europe, passant d’un pays à l’autre, entre autres l’Italie et la Belgique. « Je travaille dans le domaine de la construction, plus précisément dans le domaine de la conception et du dessein du béton armé.

Je souhaite investir au Maroc, mais il faudrait d’abord une terre solide sur laquelle bâtir un projet. Je me suis renseigné dans différents ministères, mais apparemment, les choses se déroulent encore très lentement. Les difficultés rencontrées sont au niveau de l’administration. Pour monter toute la structure de l’entreprise, c’est quelque chose d’effrayant ».

« Je peux me rendre à Frankfurt et m’adresser à de riches marocains que je connaît pour les convaincre d’aller investir au Maroc, déclare Mme Ouriaghli. Mais ces gens là ont besoin de savoir où est-ce qu’ils mettent les pieds pour qu’ils se décident à venir ».

« Si les responsables politiques marocains veulent que les promoteurs économiques marocains à l’étranger viennent investir au Maroc, il doivent instaurer un climat de confiance. Pour que cette confiance puisse exister, il faudrait créer un organisme indépendant qui regroupe les investisseurs marocains de l’étranger, pour qu’ils puissent amener leur argent sans crainte, mais aussi leurs compétences. Les Marocains expatriés aiment leur pays. Nombre d’entre-eux aimeraient bien revenir au pays pour y lancer des affaires et y demeurer » soutien Mohammed, le franco-marocain du Luxembourg.

« La principale difficulté est l’absence de confiance. Il y a eu de mauvaises expériences de MRE qui ont investi au Maroc et qui se sont fait arnaquer. Le téléphone arabe, marocain dans le cas de figure, a très bien fonctionné et cela a eu un effet dissuasif. Nombre de MRE sont réticents à l’idée d’investir au Maroc, surtout les MRE des 2ème, 3ème, voire maintenant de 4ème générations » ajoute franchement Mohammed.

Le foncier ? « Ca n’a rien à voir ! »

Des MRE qui ont investi au Maroc et dont l’aventure entrepreneuriale a mal tourné, nous en avons aussi rencontrés. Jeff Skalli, résidant en France raconte sa mésaventure. « Mon expérience remonte à 1993. c’était à Kelaat Sraghna. C’était la première usine industrielle dans cette région. Un projet raté. Une erreur de jeunesse. Il fallait vraiment vouloir investir et habiter dans ce petit village. Franchement, j’ai payé les pots cassés. L’un des facteurs majeurs de mon échec, c’est surtout les taux d’intérêts bancaires élevés qui atteignaient, à l’époque, jusqu’à 20%. Il ne restait, donc, pas beaucoup de marge. C’était une difficulté majeure. Du moment que vous n’êtes pas rentable, ce n’est pas viable et ce n’est pas la peine d’investir davantage ».

Depuis lors, M. Skalli a-t-il changé d’avis ? « Il paraît que les choses ont beaucoup changé au Maroc ». Donc, prêt à tenter une nouvelle expérience ?

« Franchement, je ne peux pas payer les pots cassés deux fois de suite. C’est le tour d’un autre marocain de s’y essayer. Mais on m’a dit que les choses avaient beaucoup changé ». Pas très convaincant !

« Le diagnostic des difficultés rencontrées par les investisseurs a déjà été établi. Tout le monde sait aujourd’hui que nous avons des handicaps majeurs en matière d’administration, de justice, de formation, de foncier et de financement. Mais des solutions existent. Il faut prendre le taureau par les cornes et essayer de faire sauter tous ces verrous » explique, optimiste M. Idrissi.

Ce volontarisme et la prise de conscience dont il découle, sont-ils largement partagés par les responsables publics ? A une banale question sur l’importance accordée, dans ces ‘Intégrales de l’investissement’, aux solutions à apporter aux problèmes du foncier, le président du comité scientifique de la conférence, M Abouyoub, s’est contenté d’une réponse plutôt sibylline : « Ca n’a rien à voir » !

Tel n’est pas l’avis de tout le monde. « Concernant la question du foncier, le Maroc dispose d’un régime des plus complexes au monde, précise M Idrissi. Ca nous a plombé, effectivement, pendant longtemps un certain nombre de projets. Avant, on disait que pour lancer un projet, il faut une idée et de l’argent. Maintenant, il faut toujours une idée, des ressources financières, mai aussi une équipe et un terrain. Il faut qu’au Maroc, ce problème ne se pose plus ».

Terrains cachés…

« Maintenant, le Maroc est cartographié et numérisé. Mais il ne faut pas s’arrêter là, il faut continuer, souhaite M Idrissi. Il faut que justement, cette base de données sur les terrains puisse être exploitable et servir aux investisseurs qui ont besoin d’un terrain pour réaliser leurs projets. En 2001, des accords ont été signés dans le cadre des Assises du tourisme et de la vision 2010, pour que le Maroc devienne une sorte de supermarché de terrains. Les investisseurs qui viennent au Maroc doivent pouvoir rapidement trouver des terrains qui conviennent à leurs projets ».

« Moi, je vais vous dire où sont les terrains, affirme, sûr de lui, M Rami. Je suis venu pour aider des MRE qui veulent investir au Maroc dans leurs démarches, mais j’en ai également profité pour prospecter. J’ai trouvé des terrains qui appartiennent à l’Etat et que nous allons demander. Ce sont des terrains au sujet desquels règne une grande discrétion…Je me suis bien renseigné à ce sujet et je sais également à quels organismes publics, qui ne font rien avec, appartiennent ces terrains. Certains organismes laissent des terrains leur appartenant à l’abandon, sans que l’on sache vraiment qui en sont les propriétaires. Ils les font oublier et après, des courtiers se chargent de leur trouver preneurs dans des conditions à propos desquels le moins que l’on puisse dire est qu’elles sont floues… C’est à ce genre de terrains que je fais référence et j’en ai trouvé à Rabat, par exemple, entre la plage des ‘Sables d’or’ et Skhirat, qui appartiennent au département de l’Intérieur, mais aussi à Casablanca, Mekhnès, Tanger, Fès, … ».

Mais il n’y a pas que les problèmes du foncier. Les administrations publiques suscitent les critiques les plus acerbes. A commencer par le sempiternel problème de corruption…

Nous avons demandé à M Ghandari ce qu’il attendait de l’Etat marocain comme aide pour faciliter sa démarche pour investir.

« C’est quelque chose de très… (hésitations !)… Peut- être que ce sont des choses politiques ?… Je ne sais pas ! ».

Mais encore ?

« Il y a encore des gens qui en demandent trop ! »

Des demandes de corruption auprès de toutes les administrations par lesquelles vous êtes passé ?

« Oui, toutes ! »

Marre de « graisser les pattes » !

Les MRE qui veulent venir investir au Maroc, quelque soit leur détermination à y faire des affaires, ne supportent pas de se faire racketter par des fonctionnaires véreux et ne se contentent pas, non plus des promesses des responsables politiques de lutter contre ce phénomène. Ils veulent pouvoir traiter leurs affaires sans avoir à « graisser la patte ». Ils ne veulent pas non plus du clientélisme et du népotisme, mais pouvoir traiter leurs affaires sans avoir ni de connaissances ni d’intermédiaires pour accomplir les démarches nécessaires.

Il ne faut pas oublier, non plus, que des études ont montré que les fameuses 2ème et 3ème générations de MRE se sont mises à investir hors de leurs pays d’accueil, mais pas au Maroc. Pour les convaincre de venir, on ne peut plus se contenter de jouer sur la fibre patriotique comme on le faisait avec la 1ére génération, plus habituée aux ‘mœurs’ de l’administration marocaine.

« En ce qui concerne les Marocains d’Allemagne, indique Mme Ouriaghli, il se pose le problème de la langue. La communauté marocaine d’Allemagne est composée majoritairement de migrants originaires du Rif. Les jeunes des deuxième et troisième générations qui ont fait leurs études en Allemagne sont devenus des compétences qui peuvent être utiles à leur pays d’origine et auxquels il faut faire appel. Ceux-là ont un problème quand ils viennent au Maroc, qui demeure un pays exclusivement francophone. Quand ils viennent, eux qui ne parlent la plupart du temps que le rifain et l’allemand, ils ont de la difficulté à communiquer, surtout en ce qui concerne leurs démarches auprès des administrations. Ils ne trouvent pas de médiateurs pour leur faciliter la tâche.

La gêne ainsi créée et les craintes qu’elle suscite les pousse à reculer. Je demande aux responsables, qui souhaitent maintenant attirer les investissements des Marocains d’Allemagne, de désigner dans les administrations concernées, pas seulement des traducteurs, mais de véritables médiateurs qui aident les émigrés désirant investir au Maroc dans les différentes démarches. Les MRE d’Allemagne veulent participer au développement de leur pays d’origine mais ils ne savent pas comment s’y prendre.

Parlez-vous français ?

« En fait, il devrait y avoir des médiateurs non seulement dans les administrations, ici au Maroc, mais aussi dans les ambassades, ajoute Mme Ouriaghli.

Maintenant que les nouvelles générations de MRE, qui sont nées, ont grandi en Allemagne et y ont fait leurs études, sont aptes à jouer un rôle d’intermédiation, pourquoi ne pas les recruter à l’ambassade du Maroc ? Ils connaissent aussi bien la communauté marocaine d’Allemagne que le pays d’accueil. Nous ne voulons plus de ces gens qui débarquent à l’ambassade et traitent les affaires de la communauté marocaine sans rien savoir sur cette communauté. De ce fait, les MRE d’Allemagne ne se rendent à l’ambassade que pour les documents administratifs dont ils ont besoin. L’ambassade n’arrive pas, dans ces conditions à remplir un rôle plus important.

Quand un de ces riches rifains d’Allemagne vient au Maroc pour investir, entre dans une administration pour obtenir un document et se fait dire en français, langue qu’il ne comprend pas, qu’il lui manque tel ou tel document, dîtes-vous bien qu’il va se sentir vexé et humilié, donc pas prêt de pousser plus loin. C’est le cas des marocains d’Allemagne et de Hollande. Ils disent toujours qu’au Maroc, ils ne comprennent pas la langue ! Ils ne trouvent personne pour traiter avec eux, pas d’accompagnateurs pour les aider et faciliter leurs démarches, et se sentent délaissés. Il faut trouver une solution à ce problème. Il faudrait aussi se dire que ces gens commencent par investir un petit capital avant de s’engager dans de plus gros investissements. Une bonne première expérience est le gage d’apports en capitaux plus importants. C’est aussi un encouragement pour les indécis et autres partenaires allemands qui seraient tentés par un investissement au Maroc ». Le plus risible, pour ne pas dire le plus triste, et qui révèle à quel point il n’y a pas que les MRE qui vivent un problème d’acculturation, c’est cette histoire de langue. Imaginez ces vieux marocains d’Allemagne et de Hollande, la plupart d’entre eux sans instruction à leur départ du Maroc, quand des fonctionnaires marocains leur parlent en français !

Manque de professionnalisme

Le Maroc, depuis longtemps déjà, dispose d’une importante communauté marocaine expatriée, que l’on retrouve un peu partout dans le monde, parlant différentes langues, imprégnée de différentes cultures. Les Marocains sont, en outre, réputés apprendre facilement les langues étrangères. Les pouvoirs publics auraient dû en profiter, en formant des fonctionnaires polyglottes, aussi bien pour mieux communiquer avec les MRE des 2ème et 3ème générations, qui souvent, ne parlent pas l’arabe, que pour communiquer avec les autres peuples et savoir traiter avec eux.

« Autre problème qu’il faudrait traiter, insiste Mme Ouriaghli, le manque de professionnalisme de certains fonctionnaires et employés, qui peut aussi être dissuasif en matière de prise de décision d’investissement.

Je vous raconte une anecdote qui m’est arrivée au Maroc et qui est symbolique à cet égard. Je me suis adressé à l’agence d’une compagnie de télécommunications pour l’installation d’une ligne Internet de 8 mégabits pour les besoins professionnels de l’entreprise que nous sommes entrain de monter, mon mari et moi, au Maroc. Je m’entends répondre par un employé : « Madame, qu’allait vous faire de 8 mégabits puisque vous êtes une femme au foyer et que ce n’est que pour chatter avec vos amies. Contentez-vous de 2 mégabits » ! Je lui réponds alors que je ne suis pas une femme au foyer et que la ligne Internet était pour mon entreprise.

Mais il n’en avait pas fini avec ses bêtises et je n’étais pas au bout de mes peines. « Quelle entreprise avez-vous ? Si ce n’est qu’un salon de coiffure, vous pouvez quand même vous contenter de 2 mégabits » !

Pour obtenir une simple ligne de connexion Internet, nous avons dû ‘galérer’ en va-et-vient ! Que croyez-vous que vont penser les amis de mon mari, qui est allemand, des lenteurs rencontrées pour l’obtention d’une simple ligne de connexion Internet ? Ca n’a rien à voir avec ce qu’on dit aux gens à la télévision ».

L’objectif de cette enquête n’est point de passer en revu l’ensemble des entraves que rencontrent les MRE et étrangers qui veulent investir au Maroc, sujet déjà à plusieurs reprises décortiqué par les médias, mais plutôt de mettre l’accent sur le retard culturel qui reste à combler pour faire du Maroc le ‘paradis’ des investisseurs.

Ainsi en est-il du fonctionnement de l’appareil judiciaire, autre handicap majeur dénoncé par les opérateurs.

Arsenal juridique à améliorer

« Les promoteurs économiques n’aiment plus s’adresser à la justice étatique. Ils cherchent d’autres moyens, d’autres mécanismes, des mécanismes alternatifs, de leur choix, par l’insertion de clauses de compromis dans les contrats pour régler leurs litiges », explique M Mounir Oukhlifa, spécialiste en mode de règlement alternatif des conflits.

L’arbitrage, la médiation et les modes de résolution des conflits, en dehors du circuit de l’appareil judiciaire, offrent aux investisseurs un climat de confiance. C’est pourquoi le législateur marocain a voté, dernièrement, une réforme de l’arbitrage commercial et a intégré, pour la première fois, l’arbitrage commercial international.

Pourquoi l’arbitrage, parmi les différents mécanismes qui existent ? Parce que, contrairement à la médiation, qui est une simple recherche d’un terrain d’entente entre les parties sur la base de leurs propres propositions, l’arbitrage est proche de la justice étatique. Un arbitre, avec des connaissances des procédures judiciaires et une expertise, tranche dans un litige, comme un juge. On obtient alors des sentences d’une meilleure qualité que celles prononcées par la justice ». Il est intéressant de souligner à ce sujet que lors d’un colloque tenu dernièrement à l’Académie du Royaume, à l’occasion du cinquantenaire de la Cour suprême, la question des modes alternatifs de résolution des conflits a été soulevée, les intervenants regrettant son absence dans la culture juridique marocaine.

Plus globalement, quels sont les aspects sur lesquels la justice marocaine doit évoluer pour que le Maroc soit plus attractif pour les investisseurs marocains et étrangers ?

« L’arsenal juridique marocain doit être amélioré en ce qui concerne le Droit du travail et le Droit commercial, soutien M Oukhlifa. En matière de Droit commercial, je citerai, par exemple, le chapitre 5 du code de commerce marocain, relatif aux procédures de redressement judiciaire des entreprises en difficultés. Il y a beaucoup de problèmes avec ce chapitre, dont ceux des délais, qui sont soit trop courts, soit trop longs ».

D’autres experts de la question des investissements, dont un juriste qui a préparé sa thèse de doctorat sur ce sujet, insistent aussi sur la réglementation des investissements, la charte actuelle devant être réformée.

Diplomates économiques, dîtes-vous ?

Il est un malentendu constaté dans le discours des responsables publics marocains et des MRE qui est fort révélateur. Alors que pour les premiers, il est question de faire des MRE, du moins ceux qui ont le mieux réussi d’entre eux, les diplomates économiques du Maroc dans leurs pays d’accueil, c’est d’un autre genre de diplomates économiques dont les MRE sont demandeurs.

« L’Etat doit disposer d’ambassadeurs économiques et pas seulement des attachés commerciaux dans les ambassades. Les MRE qui peuvent jouer ce rôle, ne peuvent le faire que de manière occasionnelle, pas tout le temps. Ils ont leurs propres occupations. Si le Maroc veut vraiment convaincre les promoteurs économiques marocains installés à l’étranger et leurs partenaires dans les pays de résidence, il faut faire comme les Algériens et les Tunisiens.

Il faut recruter des équipes et louer des locaux spécialement dédiés à cet effet et ne pas les nicher dans les ambassades » propose M Rami.

Mme Ouriaghli va dans le même sens d’idées. « Nous avons besoin d’ambassadeurs économiques pour entrer en contact avec les MRE qui peuvent venir investir au Maroc, des personnalités indépendantes qui n’auraient aucun lien avec les ambassades et dont les services seraient installés hors des bâtiments de ces institutions. Le problème est que nombre de MRE se sont fait une idée très négative des ambassades et consulats et veulent éviter de traiter avec ».

Comme l’a si bien souligné Mohamed, du Luxembourg, « Le mot clé est la confiance. Vous pouvez organiser plusieurs conférences comme celle-ci (les ‘Intégrales de l’investissement), s’il n’y a pas de confiance, il n’y a pas d’investissement ».

Il faut avouer que le problème de manque de confiance des MRE envers les institutions publiques est allé assez loin, au point que ces derniers font maintenant appel à des organismes étrangers pour les aider à investir au Maroc !

« Avec des membres de l’Alliance (des marocains de l’étranger), nous avons rencontrés, cette année, le chef de la délégation de la commission européenne à Rabat, précise Mohamed, le franco-marocain du Luxembourg.

Nous voulons créer un organisme indépendant avec le soutien de la commission européenne, pour que les investisseurs marocains de l’étranger puissent avoir confiance » !

Comment faire, donc, pour obtenir la confiance des MRE qui sont prêts à venir investir au Maroc celle-ci ce est rétablie ? La solution est contenue dans toutes les déclarations des MRE concernant l’outil le plus approprié pour les aider à engager leur épargne au Maroc ; un organisme indépendant.

Crise de confiance ?

« Je viens de proposer à d’autres marocains expatriés, que je viens de rencontrer, la création d’un forum ou d’un club, indique Mme Ouriaghli. Avant de conseiller les MRE sur les facilités mises à leur disposition pour investir au Maroc, nous devons d’abord nous informer. Même si on nous a dit beaucoup de choses sur les facilités qui seraient désormais accordés aux MRE qui voudraient investir au Maroc, nous préférons nous renseigner nous-mêmes, en savoir plus de la réalité sur le terrain. Comme ça, si nous conseillons aux gens de venir placer leurs économies au Maroc, nous ne risquons pas un jour de se faire dire que nous les avons trompés.

Actuellement, il y a beaucoup de gens qui veulent aider dans ce sens.

Seulement, il y a aussi des escrocs qui se présentent aux MRE et leur proposent de les aider à réaliser leurs investissements au Maroc grâce à leurs réseaux de connaissances. Quand il y aurait un organisme spécialisé auquel s’adresser, les choses deviendront plus claires et les MRE seront plus confiants ».

M Rami a une idée encore plus précise pour promouvoir les investissements des MRE au Maroc. « Je lance un appel au ministre des finances. Il faut créer un fonds d’investissement pour les MRE. Et ce n’est ni la Caisse d’épargne française, ni les banques qui doivent nous faire ce fonds. Nous voulons un fonds qui soit directement lié au Trésor public.

Nous devons gérer nos fonds nous-mêmes. On n’a besoin ni des Français, ni de personne pour nous donner des leçons. Il faut, aussi, une nouvelle politique des transferts. Il faut revoir la politique des transferts d’argent des MRE. Le fonds que nous voulons créer, c’est justement pour que l’on puisse y envoyer de l’argent, sans passer ni par la caisse d’épargne française, ni par qui que se soit.

Créer ce fonds, c’est dire aux Marocains de l’étranger que, par le biais de leurs banques à l’étranger, ils peuvent y participer. Le jour où ils veulent rentrer définitivement au Maroc, ils trouveront ce fonds pour les aider à lancer leurs propres activités, sur la base de leurs apports personnels et d’un crédit accordé de droit aux participants, à des taux préférentiels. C’est de ce genre d’initiatives et d’encouragements dont les MRE ont besoin. Si l’Etat lance un appel aux MRE pour la participation à ce fonds, croyez-moi, ils vont tous affluer.

Cherche 1,25%, désespérément !

Au moment où il est de plus en plus question de ces jeunes marocains qui risquent leurs vies dans la traversée du détroit pour aller tenter leur chance à l’étranger, les MRE peuvent, grâce à leurs investissements, créer des emplois pour leurs proches au Maroc » espère M Rami.

Les MRE, ne disposent-ils pas déjà d’un tel outil, Bank Alâmal ?

« Bank Alâmal a été créée par feu Hassan II, sur demande de la communauté marocaine installée à l’étranger, quand Il était en visite, en France, en 1986. Il nous avait dit qu’il allait créer un fonds de solidarité nationale des travailleurs et commerçants marocains à l’étranger. Après quoi a été crée Bank Alâmal, Dar Eddamane et la Fondation Hassan II. Bank Alâmal a reçu 74% du fonds, la Fondation 0,28%, le Fonds de soutien 0,01%, le Fonds de garantie 0,04%. En gros, cela fait 1,25% et on ne sait toujours pas, jusqu’à présent, où est passée une part de 1,25% ! Allahou aâlem ! Cela fait dix ans que l’on cherche ce 1,25% ! C’est l’argent des MRE et on voudrait bien savoir où est-ce qu’il est passé.

Bank Alâmal a été créée et accomplit sa mission normalement. Mais il y a des escrocs de ‘bonnes familles’, qui ont des parents influents, qui empruntent de l’argent et déclarent ensuite des faillites frauduleuses, privant les MRE de leur apports.

Je suis membre du conseil d’administration de cet établissement bancaire et je peux vous dire ce qu’il en est. Bank Alâmal est passée par des moments difficiles, mais nous sommes parvenus à redresser la situation.

Feu Hassan II avait pour ambition de faire de Bank Alâmal, en deux ans, le premier établissement bancaire du Royaume. Cela fait maintenant dix ans ».

M Rami semble avoir plein d’idées en tête et la volonté de parvenir à les concrétiser. « Nous travaillons actuellement sur le projet de création d’une unité spécialement dédiée aux familles des MRE au Maroc. Au lieu qu’un MRE envoie 50.000 Dhs à son frère pour payer le passeur et risquer sa vie dans la traversée du détroit, avec ces mêmes 50.000 Dhs, on lui ouvre un kiosque et on lui avance la marchandise pour lancer un commerce. Il arriverait, ainsi, non seulement à s’auto- employer, et cesser de rêver d’eldorado, mais aussi recruter une ou deux autres personnes et les sauver également du chômage.

« Maison pour tous »

Je milite autant que faire se peut pour l’arrêt de l’immigration clandestine.

Beaucoup de jeunes marocains meurent en voulant se rendre clandestinement en Europe ou il n’y a plus rien à faire.

Nous avons engagé une réflexion à ce sujet avec le ministère de l’Intérieur pour installer 1.000 kiosques à travers le Maroc. Cela fait déjà longtemps que j’attends de voir cette idée voir le jour. J’ai demandé audience auprès du Premier ministre pour discuter de ce sujet et c’est de lui que j’attends un coup de pouce à ce projet.

Nous sommes, également, entrain de créer une coopérative des MRE, une coopérative nationale qui aurait des antennes régionales. Nous allons demander au gouvernement de nous accorder des terrains pour y construire des maisons. Nous allons appeler cette opération « Maison pour tous ». Tout MRE qui n’a pas de maison au Maroc pourrait en acquérir dans ce cadre à un prix raisonnable et de meilleure qualité que les logements sociaux. Le paiement se fera de manière échelonnée à l’organisme qui se chargera de la réalisation du projet. Nous avons déjà discuté avec de hauts responsables de ce sujet qui nous ont assuré de leur soutien ».

Que faut-il conclure ?

D’abord que « le discours que tiennent toujours certains responsables politiques marocains aux immigrés, lors de leurs visites dans les pays d’accueil, est dépassé, surtout quand ils s’adressent aux jeunes des 2ème et 3ème générations. Les widadiates, leurs animateurs et leur mode de fonctionnement, aussi, sont dépassés », comme l’indique Mme Ouriaghli.

Ensuite, viser l’élite des MRE pour promouvoir dans les pays d’accueil l’image de marque du Maroc, dont « les atouts s’accumuleraient plus vite que l’on n’arrive à les faire connaître » (dixit M Hassan Bernoussi, directeur des investissements), est indéniablement une bonne stratégie. Ce serait, cependant, une erreur de délaisser les MRE « ordinaires ». Si, pris individuellement, ils ne pèsent pas lourds, ensemble, ils sont d’un poids certain en terme d’influence. Leurs pays d’accueil en savent quelque chose.

Enfin, pour faire des MRE des ‘diplomates économiques’, il faudrait d’abord parvenir à les convaincre, eux-mêmes. Et pour les convaincre de ramener leur propre épargne pour l’investir au Maroc, les décideurs doivent se rendre compte que les temps ont changé, que leurs ‘bonnes vielles méthodes’ sont devenues anachroniques, même si elles prennent des allures plus modernes, et qu’ils leur faudrait lâcher du lest en termes de mainmise sur les institutions capables de redonner confiance aux MRE.

L’Opinion - Ahmed Naji et Asmâa Rhlalou

Mots clés: Investissement , Administration , Transferts des MRE , Corruption

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