Santé, tout est à revoir !

- 23h48 - Maroc - Ecrit par : L.A

Yasmina Baddou a présenté hier devant le conseil de gouvernement sa stratégie dans le domaine de la santé pour 2008-2012. Avant d’en dévoiler les grands axes, elle a dressé un constat alarmant de son secteur. Déjà, les indicateurs donnent le vertige. Le taux de mortalité maternelle est de 227 pour 100.000 naissances. Le PNUD aggrave la situation en avançant le chiffre de 240. Le taux de mortalité infantile est de 40 pour 1000. Dans ce contexte, le déséquilibre entre les régions et entre les milieux rural et urbain est immense.

C’est dire que les dysfonctionnements du système de santé sont profonds. La ministre de la Santé les énumère devant le conseil de gouvernement. En effet, les difficultés d’accès aux soins pour les plus démunis et la population rurale ne surprennent personne.

Pis, l’offre est en dessous des besoins pour certaines maladies de longue durée comme le cancer, l’insuffisance rénale, les maladies cardiovasculaires et la santé mentale. Yasmina Baddou n’est pas contente de la gestion des hôpitaux publics qui souffrent de multiples carences : manque de compétence managériale pour les directeurs, absence d’utilisation des outils modernes de gestion et de contrôle. Les arriérés auprès des entreprises spécialisées dans le gaz à oxygène, à eux seuls, s’élèvent à 50 millions de DH. Les griefs de la ministre s’étendent aux défaillances dans l’organisation et la coordination avec les centres de soins de base. Elle tire d’autres tiroirs encrassés : mauvaise qualité d’accueil et de prise en charge, inadéquation entre le plateau technique et les ressources humaines chargées de le faire fonctionner...

Autre défaillance de taille, les médicaments. Sur ce chapitre, le constat de la ministre est accablant : absence de référentiel de soins, manque de clarté dans les procédures de fixation des prix et des taux de remboursement de certains médicaments, non prise en compte des médicaments génériques... Baddou aboutit à l’inexistence d’une véritable politique relative aux médicaments.

Elle a également abordé les carences en matière de politique de partenariat avec la société civile et le privé. Les ONG sont devenues des acteurs incontournables dans le développement humain. « Quant au privé, il agit en marge du système de santé sans aucune participation dans l’effort de formation et de moralisation », a martelé la ministre.

Au niveau des ressources humaines, Mme Baddou n’est pas allée de main morte. D’abord, les programmes de formation continue n’existent pas. Ensuite, les avantages pécuniaires pour la garde et l’astreinte, la responsabilité et pour l’exercice dans certaines régions font défaut.
Elle a également soulevé « l’existence des phénomènes d’absentéisme, de corruption et du manque de sens de responsabilité chez certains professionnels de santé ». Pour elle, la gestion des ressources humaines est loin d’être transparente et est, par conséquent, source de conflits sociaux.

L’Economiste - Mohamed Chaoui

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