Le rêve canadien brisé : Ces Marocains qui choisissent de rentrer au pays face au durcissement des lois
Après l’annonce de la démission du premier ministre François Legault, Samira Laouni, femme d’origine marocaine installée à Montréal depuis 1998, envisage de retourner vivre dans son pays natal. Les politiques de laïcité et les réformes linguistiques adoptées sous son mandat ont créé, selon plusieurs témoignages, un climat d’exclusion pour les minorités religieuses et linguistiques au Québec.
Samira Laouni s’était installée au Canada pour échapper au racisme qu’elle subissait en France et offrir un environnement serein à sa fille. Professeure de marketing à la Sorbonne lors de son départ, elle avait été assurée par les services d’immigration qu’elle serait la bienvenue dans la province. Cependant, l’adoption de la loi 21, interdisant le port de symboles religieux aux employés de l’État en position d’autorité, a marqué un tournant. Bien qu’elle ne travaille pas dans le secteur public, Mme Laouni décrit le climat d’opinion généré par cette législation comme étant tout simplement « infernal ».
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Le gouvernement Legault a également instauré la loi 96, durcissant les règles sur l’usage du français dans les entreprises et les services publics, tout en étendant l’interdiction des symboles religieux aux travailleurs des écoles publiques en interaction avec les élèves. Ces mesures ont été justifiées par le premier ministre comme un rempart pour défendre la langue française et la laïcité. Néanmoins, pour des organisations comme l’Association canadienne des libertés civiles, cette orientation s’apparente aux « premières étapes d’une dérive autoritaire », dénonçant notamment l’usage de la clause dérogatoire pour protéger ces lois contre les contestations judiciaires, relate The Globe and Mail.
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Les conséquences de ces politiques touchent directement la cellule familiale de Mme Laouni. Sa fille adulte a choisi de quitter la province pour exercer la psychologie à Ottawa car « elle ne supporte plus le discours ici ». Son fils, étudiant en biomédecine, prévoit de quitter définitivement le Canada après l’obtention de son diplôme. Mme Laouni exprime son amertume face à cette situation : « On travaille comme des chiens pour payer des impôts, on contribue à la société, et on finit par être rejetés. Émotionnellement, c’est très, très dur. »
L’avocat constitutionnaliste Julius Grey, qui conteste ces lois devant les tribunaux, estime que le Québec est « totalement contre-productif en aliénant ses minorités en essayant d’arracher des hijabs ». Selon lui, l’idée que les aspirations collectives priment sur les droits individuels crée un sentiment de martyre. Ce sentiment d’aliénation est partagé par Jack Jedwab, président de l’Association d’études canadiennes, qui s’interroge sur son statut de citoyen après avoir été traité comme une menace en raison de son désaccord avec l’approche linguistique du gouvernement.
Face au départ annoncé de François Legault, Samira Laouni a déclaré : « Bon débarras. Mais on n’est pas encore sortis d’affaire. » Ayant atteint un point de saturation, elle envisage désormais de vendre sa maison pour retourner au Maroc. Malgré un parcours d’immigrante modèle, elle estime que l’atmosphère s’est durablement détériorée pour les minorités au sein de la province.