Un an après la ’moudawana’ demeure peu appliquée

- 20h40 - Maroc - Ecrit par :

Depuis un an, la femme marocaine peut choisir librement son époux, sans avoir besoin de l’autorisation d’un tuteur, qu’il soit père ou grand frère. L’âge légal du mariage pour les filles a été aligné sur celui des garçons, c’est-à-dire 18 ans, au lieu de 15. Les droits de la femme mariée ont également changé. Le code de la famille nouvelle version reconnaît la responsabilité partagée du père et de la mère au sein de la famille. Il est désormais possible d’établir un contrat de partage des biens acquis pendant le mariage. Surtout, la femme marocaine a obtenu le droit de demander le divorce sans perdre la garde de ses enfants ou être de facto expulsée du domicile conjugal.

Cette réforme du code de la famille marocain, qualifiée au moment de son adoption de "révolution pour la femme" par plusieurs associations féministes, pose également de sévères conditions à la répudiation comme à la polygamie, sans toutefois les interdire... Ce qui pose certains problèmes concrets d’application et de dérogations.

C’est en janvier 2004 que la réforme de la moudawana, le code de la famille marocain, a été adoptée à l’unanimité par le Parlement. Ce changement, voulu par le roi Mohammed VI, ne coulait pas de source. Après l’abandon du projet de réforme pendant quelques années face à l’ampleur de l’opposition islamiste, l’adoption du texte s’est faite à un moment où les islamistes, après les attentats de Casablanca de mai 2003, n’avaient guère le vent en poupe et gardaient profil bas.

Des magistrats réticents

Un an plus tard, à l’heure d’un premier bilan, les traditions d’un pays marqué par la tutelle des hommes et de la religion se heurtent à l’égalité des hommes et des femmes professée par la loi et aux nouveaux droits établis. Les associations féministes se disent majoritairement déçues.

Selon elles, l’application du code de la famille est défaillante et laisse trop de pouvoir d’appréciation aux juges. En ce qui concerne l’âge légal du mariage, la pratique n’a pas cessé : selon l’hebdomadaire Jeune Afrique/L’Intelligent qui a récemment consacré un dossier à l’application de cette réforme, entre février et juillet 2004, le tribunal de la famille de Rabat a autorisé l’union de 227 mineures.

Même constat pour la polygamie, que la moudawana est censée restreindre : sur les 71 dossiers de mariage polygame déposés au tribunal de Rabat sur la même période, 60 ont reçu l’approbation du juge. La protection de la femme en cas de divorce ? Sur les 576 demandes déposées au tribunal de la famille de Rabat entre février et juillet 2004, 300 étaient des divorces à l’initiative d’épouses qui renoncent à leurs droits. Le nouveau code était censé protéger les droits de ces femmes.

Conscient de ces lacunes et des réticences des juges, le ministère de la justice a prévu des campagnes d’explication et d’information à destination des magistrats, mais aussi des populations afin de garantir l’application de la moudawana nouvelle version.

Marie-Hélène Towhill - Le Monde

  • Moudawana : vers la fin de la polygamie ?

    Le nouveau code marocain de la famille s'est traduit, un an après son adoption, par un recul de 10% des nouveaux cas de polygamie, a annoncé le ministre marocain de la Justice, dans des propos rapportés mardi.

  • La Moudawana tarde à s'imposer

    Adopté il y a un an, le code marocain de la famille qui a réformé en profondeur le droit des femmes fait face à des difficultés de mise en œuvre, des associations féminines dénonçant notamment le "conservatisme" des juges.

  • Moudawana : Quelle application en Europe ?

    Faut-il espérer une bonne application de la Moudawana en Europe, alors que les juristes européens se plaignent de l'absence même d'une traduction officielle du nouveau code de la famille dans leurs tribunaux ? En attendant que les autorités marocaines se décident à leur en soumettre, les Marocains résident à l'étranger restent partagés entre deux systèmes juridiques complètement opposés.

  • Baisse de la polygamie au Maroc

    Le code de la famille au Maroc, instauré en 2004, a enregistré des résultats "positifs" en 2005 avec notamment la baisse des cas de mariages polygamiques de 6,97%, a déclaré le ministre marocain de la Justice Mohamed Bouzoubaâ.

  • Moudawana, quatre ans pour rien ?

    Entré en application en février 2004, le nouveau Code de la famille souffle sa quatrième bougie. L'occasion de revenir sur le bilan de cette réforme emblématique.

  • Maroc-Allemagne : entretien sur la situation des femmes au Maroc

    Le Premier ministre marocain, M. Driss Jettou a reçu, mercredi à Rabat, une délégation de parlementaires allemandes, conduite par Mme Dagmar Schmidt, vice- présidente du Parlement allemand et actuellement en visite au Maroc.

  • Wall Street Journal parle du code de la famille au Maroc

    Le Maroc a adopté, l'année dernière, une réforme qui confère un statut égalitaire aux femmes au sein de la famille, écrit The Wall Street Journal, dans un commentaire publié vendredi sous le titre "Lever le voile".

  • Code de la famille : une révolution à venir pour les Marocaines des deux rives

    Le nouveau code de la famille marocain représente une vraie révolution pour les femmes marocaines des deux rives de la Méditerranée, mais son application devrait prendre du temps, selon les participants d'un colloque franco-marocain qui se tient mercredi et jeudi à Rabat.

  • Nouvelle Moudawana : Forte augmentation des mariages

    En dépit de difficultés relatives à son application, le Code de la famille a enregistré depuis son entrée en vigueur en 2004 un bilan satisfaisant et les résultats dégagés dans tous les domaines en témoignent. C'est ce qu'a déclaré mercredi dernier Mohamed Bouzoubâa ministre de la Justice, devant la Chambre des représentants.

  • Moudawana contre codes civils étrangers

    LES changements introduits par le code de la famille a permis de répondre en partie à des situations parfois ubuesques que vivaient les Marocains résidents à l'étranger (MRE). Malika Hafid, vice-présidente au tribunal de première instance de Casablanca, division Droit de la famille, souligne d'incontestables acquis même si le texte reste améliorable. « Le législateur s'est préoccupé de trouver des solutions aux nombreux problèmes que vit cette population que ce soit au niveau du pays d'accueil ou de retour au Maroc ».