Un parti politique veut interdire à l’Aïd al-adha à Sebta (Espagne)
Le parti d’extrême droite Vox a présenté mercredi une motion à la commission de la Culture du Sénat pour demander l’interdiction de la fête de l’Aïd al-Adha. Une initiative qualifiée de « honteuse » par le parti socialiste (PSOE) qui y voit une dérive xénophobe contraire aux valeurs de coexistence en Espagne.
Le sénateur de Vox, Fernando Carbonell, a assuré que cette motion, loin d’être « xénophobe, rétrograde ou raciste », est une « initiative de cohésion sociale face au déracinement et visant à exercer le droit de protéger ce qui nous définit en tant que peuple ». Selon lui, cette célébration musulmane constitue « une pratique culturelle étrangère à l’Espagne ». Les autres groupes parlementaires ont exprimé leur indignation suite à la présentation de cette motion de Vox qui sera finalement rejetée, relaie El Faro de Ceuta.
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La réaction du Parti socialiste (PSOE) a été particulièrement virulente. La sénatrice Marta Saavedra a qualifié cette proposition de « la plus honteuse » jamais débattue au sein de cette commission. Elle a rappelé que la fête de l’Aïd El Kébir célébrée chaque année dans le cadre légal et dans le respect de la liberté de culte. « Il est désolant que nous devions débattre ici de ce type de motions, car leurs arguments contribuent à propager l’idéologie xénophobe de M. Abascal et des petits groupes qui le soutiennent en diffusant des rumeurs sur l’immigration », a-t-elle déclaré. La sénatrice socialiste a également souligné que la culture espagnole est le résultat du métissage des peuples et de l’héritage musulman, juif et chrétien.
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Le Parti populaire (PP) a adopté une position plus nuancée. Son sénateur Juan Manuel González a reconnu que la préoccupation de Vox relative à la préservation des coutumes était « légitime » et que son parti partageait la nécessité de défendre les traditions espagnoles. Il a toutefois admis que « la défense de ce qui nous appartient ne doit pas se faire par la confrontation ou le rejet de l’autre ». Cette position ambiguë du PP a suscité des interrogations, notamment à Ceuta où le PSOE a demandé au parti conservateur de clarifier la nature de ses relations avec Vox.
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Cette motion de Vox contre la fête de l’Aïd n’est pas une première. Cet été, à Jumilla dans la région de Murcie, le PP et Vox ont approuvé un amendement du règlement sur l’utilisation des installations municipales, interdisant ainsi la célébration de deux prières collectives, dont celle correspondant à l’Aïd al Adha et la fin du ramadan. En 2023, Vox Ceuta avait également saisi le Tribunal supérieur de justice d’Andalousie (TSJA) pour contester le statut de jour férié accordé à cette fête dans le calendrier du travail, arguant qu’elle n’avait pas « d’enracinement et de tradition » dans la ville autonome. Le recours avait été rejeté par la chambre administrative du TSJA.