Affaire « Hay Cuba » : un scandale immobilier à 50 milliards de dirhams qui dure depuis 70 ans

- 22h00 - Maroc - Ecrit par : S.A

Des décennies après, l’affaire « Hay Cuba » du nom du vaste patrimoine immobilier appartenant à un riche homme d’origine cubaine installé au Maroc depuis 1927, est loin de connaître son épilogue.

À quand la fin du feuilleton judiciaire “Hay Cuba”, patrimoine considérable estimé à plus de 50 milliards ? Difficile de le dire. Après des jugements validés en 1982 puis confirmés en 1989, l’affaire est toujours en cours devant la justice marocaine. Bien avant le décès de son propriétaire, un riche Cubain en 1982, les deux petites-filles de celui-ci avaient en 1955 sollicité des mesures conservatoires concernant les biens hérités. Le tribunal civil de Casablanca rend une décision judiciaire en leur faveur. Décision confirmée en appel quelques années plus tard. L’avocat qui prend leur défense deviendra l’un des principaux accusés.

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Après le décès du propriétaire cubain, un Français entre en scène. Il est présenté comme gestionnaire désigné des biens par le grand-père défunt. Il décède en 1997. Son fils s’était entre-temps vu confier un testament et était chargé d’exécuter ses volontés. À en croire les héritières, un accord avait été conclu afin de garantir leur avenir une fois adultes. Mais l’affaire connait un rebondissement en 2005. Les petites-filles apprennent qu’une autorisation aurait été délivrée à l’avocat français pour céder 50 % du patrimoine en échange de 35 millions de dirhams. Elles assurent qu’elles n’en avaient pas connaissance. De multiples opérations sont menées pendant plusieurs décennies : signature de contrats contestés, ventes accomplies via des notaires, mandats transférés d’une administration à une autre, mais aussi transactions conclues pour le compte d’intermédiaires.

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La municipalité de Rabat se trouve elle aussi au banc des accusés. Selon les enquêteurs, elle a reçu une cession effectuée par le Français. La municipalité est soupçonnée d’avoir délivré une procuration au fils de l’avocat lui permettant d’opérer à son tour. Celui-ci aurait vendu un bien d’un milliard signé à Mohammédia au profit d’un investisseur casablancais. La somme aurait été remise au père, lui aussi mis en cause, révèle l’enquête.

Par la suite, le dossier connaît un nouveau rebondissement. Le nom d’une Française, propriétaire d’une société immobilière à Marrakech, faisant l’objet d’un mandat de recherche pour émission de chèques sans provision, est cité dans l’affaire. L’avocat est soupçonné d’avoir réglé ses dettes, en contrepartie d’avantages liés à des biens du patrimoine spolié. Ces transactions servaient à couvrir des « commissions importantes » versées dans l’ombre, parfois régularisées par des décisions judiciaires, affirment les héritières.

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Depuis 2018, le juge d’instruction est saisi du dossier. Il poursuit les auditions. Plusieurs prévenus brillent par leur absence aux sessions d’écoute détaillée. De quoi retarder les investigations. Avec des documents originaux datant des décennies passées, les héritières espèrent obtenir gain de cause.